C’est le récit de son deuxième voyage au Maroc, en Novembre 1949. On commence par quelques cartes postales dans lesquelles il donne ses premières impressions de son arrivée au Maroc.
D’abord son arrivée à Casablanca
Et puis ces deux cartes qui disent sa rencontre avec Safi.
Le 26 octobre Roger fait le récit de son voyage, en train, en bateau, en car de Palais à Safi. Ça n’est pas triste. Ça n’était pas non plus un littéraire, ni dans le style, ni pour l’orthographe. Et il a été instituteur !!!
Quelques jours plus tard, il envoie un courrier à ses parents pour leur dire comment il est installé à Safi, précise que le directeur et les collègues sont sympathiques. On y apprend que Jo et Niquette avaient eux aussi envisagé de partir pour le Maroc.
Les canots de sauvetageLe Cap Saint-VincentSon logement.La cour de l’école du Plateau à SafiSur le pont du bateau
À ces lettres et cartes postales s’ajoutent quelques photos qu’il a envoyées à sa famille à Belle-Île, pour la plupart malheureusement floues.
Notre père n’a pas la qualité de conteur de son beau-père Georges Blanchard. Je ne mettrai en copie ici que quelques courriers remarquables, ou anecdotiques, c’est selon le point de vue. A noter que s’il avait une qualité remarquable (pour ne pas dire qu’il était maniaque), le rangement, elle ne transparait pas dans la mise en page de ses lettres. Sa gestion de l’espace y est calamiteuse.
A N G L E T E R R E : 18 AVRIL 1944 – 21 JUILLET 1944
…Un premier test révélateur de la réalité de l’amalgame des esprits et des coeurs se présenta avec le mouvement de la DIVISION vers l’ANGLETERRE. Les organigrammes éclatèrent. Des unités, des cadres, embarquèrent sur des paquebots à ORAN et à ARZEW. D’autres, particulièrement les convoyeurs de blindés et les chars, mélangés selon les nécessités du transport, prirent la voie de L’ATLANTIQUE, à CASABLANCA, à bord de plusieurs LST (LANDING SHIP TRANSPORT) pour un long voyage en zigzag. Une tempête continue et un mal de mer général gommèrent pendant le voyage toute velléité de manifester une humeur bonne et mauvaise.
Débarqués près de SWANSEA, sur la côte du PAYS DE GALLES, les blindés gagnèrent le YORKSHIRE par la route. Du haut de leurs tourelles, les équipages, qui n’avaient connu, pendant des années, que le désert ou la sévérité du MOYEN-ORIENT et du MAGHREB, traversaient avec ahurissement un printemps anglais plus vert que nature. La marche du convoi, réglée à la britannique, aurait dû être une promenade bucolique. Du fait des hommes, ce fut une série d’incidents, de coups de gueule, de réactions frisant la désobéissance. Les convois ne respectaient pas la spécificité des petites unités et mélangeaient les deux bords. Le tout ne pouvait que se trouver sous le commandement d’un seul CHEF, appartenant forcément à l’une des parties. Il se révéla insuffisant qu’il fût homme de qualité. Ceux des capitaines qui n’auraient pas su leur métier, placés en tampon entre le commandement et les hommes, eurent, au cours des kilomètres, largement le temps de l’apprendre. Certains convinrent que c’était tout de même beau, une GRANDE UNITÉ passionnelle.
Sur l’herbe pauvre et sous les hautes frondaisons du YORKSHIRE, chacun délimita à nouveau son territoire, le piqueta de tentes. La vie normale, façon TÉMARA, reprit. Le travail aussi. Avec la mer en fond de tableau de l’éternelle butte de tir, les tirs à distance réelle sur des cibles mobiles purent enfin être exécutés. Les tireurs se sentirent sûrs d’eux, et les radios et les chefs de chars ou de véhicules aussi. Les unités reçurent leurs insignes, leur drapeau.
La guerre était là. Chacun voulait en être, attendait impatiemment d’en être. Nuit tombée, un immense bourdonnement la rendait présente. Les escadres de la ROYAL AIR FORCE prenaient à tâtons, en tournoyant longuement, leur formation de combat au-dessus des bivouacs. Au petit matin, on pouvait les voir regagner leurs bases. Les premiers en stricte formation de vol. Suivaient les éclopés. Derrière, les derniers, en lambeaux, s’écrasaient, après que l’on eut vu s’ouvrir les parachutes. Vivement l’occasion, pour la Division, de parachever au sol le travail.
Fin juillet, arriva enfin l’ordre de départ. (Pour Bournemouth, sur la Manche, mais alors personne ne connaissait cette destination.)
Quelques photos liées à cette période, qu’il évoque dans ces lettres et où l’on retrouve entre autres sa chasse au faisan et la famille de Brasseurs qui l’héberge, ainsi que deux photos prises à quarante ans d’intervalle au même endroit, à Strasbourg..
Octobre – entre Neufchâteau et MirecourtChasse au faisanGuy et moi dans les Vosges, le 12 décembre 194425 décembre 1944Noël en AlsaceNoël avec une famille alsacienneClifford et moi dans une rue de StrasbourgMême endroit (50e anniversaire de la libération de Strasbourg)L’ancien pont de Kehl est à l’eauMa jeep traversant une rivièrePont casséPont de bateaux sur le Rhin entre Strasbourg et Kehl
Le 1er novembre, « Eugène » est sur le front. Courte lettre qui dit l’inconfort du front « le bruit du canon m’effraie moins que la pluie glaciale.
Le 3 novembre, il décrit sa nouvelle vie, marquée par le bruit du canon, essaie de parler de ses fonctions nouvelles sans fâcher la censure et dit un mot de ses soldats.
Le 6 novembre il est au repos avec son groupe dans un village des Vosges. Il évoque une bataille la veille, bataille où ses blindés auraient progressé de 15km dans les lignes allemandes. Il dit également avoir dû détruire les lettres d’Yvonne et des enfants, car cela faisait un gros paquet, et qu’il ne voulait pas, en cas de malheur, que « d’autres yeux tombent dessus »… C’est donc pourquoi nous n’avons que les lettres qu’il a envoyées.
Le 8 novembre, Georges et ses hommes sont toujours au repos. Il évoque les condition d’hébergement, les dégâts fait par la guerre, en parlant d’Epinal, les difficultés d’Yvonne pour nourrir sa famille.
Le 9 novembre, un courrier nostalgique, il parle de permission sans l’espérer de si tôt, évoque aussi son mauvais caractère (« Tu le sais, toi ») et indique qu’il doit se rendre à Nancy le lendemain.
Décembre 1944
Cette lettre du 1er décembre est importante, car il décrit en détail à Yvonne ses activités dans cette compagnie de commandement.
Dans cette lettre du 3 décembre, outre un petit cours de photographie à destination d’Yvonne, il raconte les combats de novembre et la situation actuelle en Alsace.
Dans cette lettre du 6 décembre, il détaille ses fonctions d’officier de liaison du Gal Leclerc. Il parle aussi du temps, des gens chez qui il dort, des brasseurs qui sont sur une des photos, et des combats en cours.
Le 10 décembre, il raconte la route, le froid, la pluie et la neige. Et puis sa jeep embourbée dans un champ, lui et son chauffeur plantés au bord de la route.
Le 12 décembre, il philosophe sur la guerre et raconte une anecdote liée à une photo où on le voit armé d’une carabine sur le capot de sa jeep.
Le 14 décembre, les opérations continuent dans des conditions très difficiles et harassantes. Il y esquisse un portrait en quelques mots de Leclerc.
Lettre du 16 décembre où il parle de la visite de son ami Clifford et des deux bouteilles de vin blanc du Rhin.
Le 20 décembre, nouveau papier à lettre dont il est très fier, et première évocation d’une permission possible pour les soldats d’Afrique du Nord.
Le 21 décembre, il quitte cette famille alsacienne qui l’a accueilli quelques temps et ses fonctions d’officier de liaison dans la foulée. Lettre assez triste où il pense à sa permission.
Le 24 décembre, lettre triste à sa famille, on a froid rien qu’en la lisant.
Le 29 décembre, dernière lettre de l’année. Il y raconte une chasse à la biche depuis la jeep. La biche s’enfuira, la jeep restera plantée dans un ruisseau.
C’est l’école et le collège que Papi a contribué à créer à partir de 1939, développant la partie collège et surtout collège technique.
Extraits du livre d’or de l’école
Des photos de groupe, en haut à gauche, des professeurs, dont Marcel et Roger, autour du directeur, Marcel et sa classe au centre, l’école maternelle à droite, en bas Roger et Lulu au premier rang, Georges debout. Ci-dessous l’internat en 1950.
Ce sont les films que Georges a tourné à partir de 1953 que je mets ici. Tout le crédit en revient à Guy qui s’est occupé de la numérisation des pellicules, puis du montage, des sous-titres et de la bande son.
Ce sont les films que Roger a tourné entre 1954 et 1978 que je mets ici. Tout le crédit en revient à Guy qui s’est occupé de la numérisation des pellicules, puis du montage, des sous-titres et de la bande son.
Georges va passer un mois à Troyes, en attente d’être envoyé au front. La guerre est loin pendant cette période. Quelques photos et les lettres au-dessous :
Guy, au volant de son GMCLa vieille cathédrale de Troyes31 octobreDu côté de TroyesJe dirigeTroyes, sur un cheminLe Capitaine Blanchard et le Lieutenant LamyCharlot et son capitaine
Le 24 septembre, une courte lettre annonce son arrivée à Troyes, avec des remarques sur le temps et les gens. Il doit aussi participer à une cérémonie religieuse pour les otages fusillés par les allemands, nombreux. Il fait froid. Il utilise pour la première fois un de ces papiers à lettre de récupération improbable.
Le 27 septembre, lettre pressée, redite de la précédente, le vaguemestre n’attend pas.
Le 28 septembre, un court message pour annoncer son départ pour Privas, où il pourra enfin enfin voir la famille.
Le 30 septembre, il écrit cette longue lettre pour parler de sa visite à la famille, à La Voulte, Vals et Privas. Il y est question de sa famille, mais aussi de la vie sur place, de la route, des résistants rencontrés, jeunes de 16 à 20 ans. C’est l’opinion d’un officier d’une armée régulière qui est donnée là et qui est étonnante.
Le 3 octobre, Georges est de retour à Troyes. Il revient sur son voyage, parle aussi de personnes rencontrées, de ceux qui s’engagent et en veulent, d’un autre qui parle mais ne veut prendre aucun risque, représentatif selon Georges de l’ambiance en France semble-t-il.
Le 5 octobre, Georges revient d’une virée en voiture près du front, sans dire pourquoi bien sûr (raison de service) mais décrit les Vosges, les routes entre Troyes et sa destination, du côté de Mirecourt ou d’Epinal.
Le 8 octobre, donne quelques nouvelles de la guerre. Son bataillon est dissout et va venir en renfort au front, en raison de lourdes pertes. On a aussi une idée des problèmes financiers que rencontre la famille à Safi.
Le 9 octobre, une lettre où Georges raconte un peu sa vie et se livre à des digressions sur l’état de la France, état politique et économiques. Cette fois il est question de sa Citroen 6 cylindres…
Le 11 octobre, c’est un courrier domestique, des colis, des informations pratiques. On y trouve une remarque sur le caractère « pas diplomatique » d’Yvonne, qui a écrit à l’administration militaire, lettre qui est redescendue par la voie hiérarchique à Georges.
Le 16 octobre, c’est l’histoire de deux pieds nickelés, Georges Blanchard et son ami Tim Clifford, qui se retrouvent, déjeunent ensemble et décident d’aller faire un tour à Paris. La pluie (l’alcool?) aidant, la voiture finit sous un camion. Hilarant.
Lettre du 18 octobre d’un convalescent. Peu d’informations, sinon qu’il fume des Camel et qu’il demande à son épouse si elle a repris « goût de fumer », auquel cas il enverrait quelques cartouches. Il parle aussi des deux ardéchois qui l’ont rejoint.
Le 20 octobre, Georges est toujours coincé par sa blessure, il ne pourra pas rencontrer Le Gal de Gaulle qui débarque à Troyes. Il évoque le futur, après la guerre, quitter Safi, pour une grande ville, la Côte d’Azur ou Privas. Et il compte gagner de l’argent !
Le 23 octobre, Georges retourne à Paris avec son ami Clifford. Où on apprend que la guerre, c’est surtout une succession de bons repas, la conduite de belles voitures, et l’attente, toujours, d’un départ pour le front.
Le 25 octobre, le départ se précise. Georges raconte une visite qu’il a fait à son ami américain, parle beaucoup de sa famille, donne des conseils. Il se plaint de l’hiver en France, réclame des chaussettes en laine, et insiste auprès de sa femme pour une installation sur la Côte d’Azur après la guerre.
Le 27 octobre, toujours dans les bagages, quelques remarques au sujet de son frère Lucien, et un repas d’adieu à la Préfecture. Georges a oublié d’embrasser la bague de l’évêque, et a mangé de la glace au chocolat. Toujours froid et pluie.
Quelques photos, qui s’agrandissent au click, suivies des lettres.
Un de la 2eDB sur une route de FranceEn convoi sur la route de ParisSeptembre 44, à BloisQuelque part en FranceAout 44, devant un char Panther allemand détruit sur une route de FranceSur la route d’AlençonUne route qui invite au grand tourisme : Paris-RouenLa cathédrale de Rouen émerge au milieu des décombresParis, place de l’ÉtoileCe qu’il reste d’un quartier de RouenParis, place de la ConcordeDevant notre garage, à St-Germain-en-LayePlace de l’Opéra, la foule écoute le discours du Gal de GaulleEn face de l’Opéra
Le 27 août, à 20km d’Alençon, Georges parle de sa famille, de ses jeunes recrues, de ses espoirs.
Le 31 août, courte lettre, signée Eugène, où il annonce le déplacement de son unité sans autre précision. Une remarque anodine, il était temps que les Alliés arrivent ici… Peut-être plus détails dans la lettre suivante.
Le 1er septembre Georges est à Paris. Il en parle un peu. Il annonce aussi qu’il prend le commandement d’une compagnie automobile.
Le 2 septembre, il parle de Paris, de la foule, mais aussi des difficultés d’approvisionnement, des dégâts dûs aux bombardements alliés sur les voies ferrées.
Le 5 septembre, il raconte sa vie à Paris, et commente les nouvelles de sa famille, et se réjouit de la libération prochaine de l’Ardèche (St-Etienne a été libérée !)
Le 8 septembre, il parle de son boulot, de ses virées à Paris, qu’il commence à connaître. On comprend aussi dans cette lettre d’où vient son goût pour les belles voitures, une Hotchkiss grand sport, rien que ça…
Le 9 septembre, Georges est en mission à Rouen, qui était, selon lui, une belle ville. Où l’on comprend que le Calvados, comme le whisky, aide à la fraternisation entre les officiers alliés.
Le 11 septembre, il est à Paris, a acheté des cadeaux pour sa femmes et ses gosses, parle de l’accueil des parisiens, des difficultés d’approvisionnement. Il a fait des photos, en particulier de sa jeep allemande. Il parle à nouveau de l’Ardèche.
Le 15 septembre, lettre de transition, il est fatigué, donne quelques impressions. Il doit partir en mission le lendemain pour la Normandie, retour le lundi, et annonce un prochain départ pour Troyes.
Le 17 septembre, lettre pour rassurer sa femme qui n’a pas eu de nouvelles depuis plus d’un mois. Il explique ce qu’il fait, ses états d’âme en quelque sorte et se montre rassurant. Il est à l’arrière pour assurer le soutien du front, malgré ses demandes, et en a pris son parti. La guerre sera bientôt finie pense-t-il.
Le 21, dernière lettre de Paris, il part pour Troyes demain. Il se rappelle que sa soeur ainée vit à Paris et qu’il ne l’a pas vue. Il évoque un repas pris dans une guinguette, mais aussi des soldats blessés à ses côtés.
Quelques photos prises en Normandie, et puis les lettres. Comme sur les autres pages, le nom du fichier contient les annotations au dos de la photo. Certaines sont croustillantes.
À table, je donne quelques ordres avant de manger.Dans un village de la région normandeMes soldats en Normandie pendant une revueNotre popote en Normandie. Le Capitaine Blanchard donne ses ordres Le texte au dos de la photo précédenteÀ DuceyEn Normandie
Le 1er aout, il est toujours en Angleterre, profite du moment pour cette longue lettre rassurante, où il décrit son installation, un lave-vaisselle militaire original et une soirée avec des officiers anglais, arrosée par deux bouteilles de whisky!
Le 4 aout, lettre écrite sur le bateau qui convoie son unité, avec d’autres unités américaine vers la France. Il y décrit les conditions de cette traversée.
Le 5 août, lettre écrite de France. Il y décrit longuement son arrivée et le pays qui l’entoure, l’accueil de la population, les dégâts, les morts, les prisonniers.
Le 8 août, assis sur une caisse au milieu d’un pré, il écrit tranquillement que le canon tonne autour de lui, qu’ils seront sans doute bombardés cette nuit, que tout autour de lui n’est que ruine, ponts, maisons, églises, cimetières. Les horreurs de la vraie guerre, mais aussi l’accueil chaleureux des français.
Le 11 aout, ces feuillets racontent son baptême du feu, près de Coutances, semble-t-il. Il y raconte son premier prisonnier, les premiers morts de sa compagnie, mais aussi son premier camembert, sa première andouille française. Et l’incertitude pour les jours à venir, les français qui viennent s’engager comme les paysans qui font la gueule. Ils vivent dans des tranchées sous le feu du canon.
Le 13 août, la situation s’améliore, Georges parle du matériel qui défile, des avions alliés qui passent au dessus, compare le tout à la débacle allemande. Pour le moment il reste sur place, équipe les volontaires, mais commence à en avoir marre du camping.
Le 16 aout, il raconte sa visite au Mont Saint-Michel, et décrit son rôle dans la guerre qui s’éloigne. Il est optimiste, ayant appris le débarquement en Provence. Il voit la guerre finie à Noël. Il y a cinq mois qu’il a vu sa famille pour la dernière fois.
Le 20 août, il revient sur leur 15e anniversaire de mariage, évoque un départ pour Alençon (le pays de la dentelle), la récupération du matériel abandonné par les allemands, et son souci d’avoir une voiture plutôt qu’une jeep. Il signe Eugène.
Le 24 aout, dernière lettre de Normandie, avec de bonnes nouvelles, la libération de Toulon, la prise de Paris, entre autre par la 2eDB, prise à laquelle il regrette de ne pas avoir participé, étant resté à l’arrière pour former et organiser les troupes. Il s’étend aussi sur le cidre, le vin de Loire et espère pouvoir se rendre à Privas.