Dans les Boutières, le mariage est davantage une alliance entre familles qu’entre individus. Il est très codifié et structuré par le mécanisme particulier de la dot faite à la femme par son père.
Les sommes sont assez importantes pour cette région où l’argent liquide est rare. La plupart des contrats prévoient un versement le jour du mariage puis un échéancier pouvant s’étaler sur plus d’une dizaine d’années.
Le marié, qui reçoit cette dot, n’en est que le gestionnaire, tout en en percevant les fruits. Elle reste la propriété de son épouse, et devra être transmise à sa descendance. En l’absence d’enfant, et après le décès de la femme, elle devra être reversée à la famille de celle-ci selon les clauses du contrat de mariage.
Plus qu’un versement à un couple, la dot est l’investissement d’une lignée pour aider à la formation d’une nouvelle lignée alliée.
Elle est souvent accompagnée de dons en nature : vêtements, literie, meubles, troupeaux. Quelquefois il peut s’agir de terres : pâtures, jardins, forêt.
Le pendant de la dot, c’est l’augment, une somme promise par contrat à sa femme par le futur mari. Son montant est proportionné à l’apport de la mariée. Contrairement à la dot, cet augment reste acquis à la femme au cas où elle survivrait au mari. C’est une forme « d’assurance vie » garantie par les héritiers du mari.
Ces mécanismes sociaux n’empêchaient toutefois pas les sentiments dans le couple. Le testament de 1629 que fait Clauda Malgoutier en faveur d’un fils de son premier lit en est un exemple.
Entre deux formules juridiques du notaire, on trouve ce don qu’elle fait à son second mari, motivé par les « bons et agréables services et solacement (= réconfort) reçus de lui ». A ce don s’ajoute l’usufruit de leur maison, qu’il y vive veuf ou qu’il se remarie.