Un drôle de bonhomme

Charles Miroux était mon arrière-grand-père, je ne l’ai pas connu.

Né en 1856 à Quimperlé, il épouse, le 16 juillet 1884, Jeannie Mercy, de huit ans sa cadette. Ils auront quatre enfants : Charles, Eugène, ma grand-mère Blanche et Jeanne.

À vingt ans, il est boulanger. Tiré au sort avec le numéro un pour la conscription, il choisit d’anticiper son service.

En février 1877, il s’engage pour cinq ans dans la Marine. Il reste d’abord en Bretagne (Lorient, Brest), puis est affecté, en 1878, à un bataillon de fusiliers. En 1881, il rejoint Toulon et embarque sur la Revanche.

Il participe alors à la Campagne de Tunisie, dans le contexte de l’établissement du protectorat français, et à la Prise de Sfax le 16 juillet 1881, dont il rapporte une médaille commémorative.

De son mariage avec Jeanne Mercy, tous deux domiciliés à Rosporden, on apprend qu’en 1883, il est ferblantier, son épouse fille de menuisier. Entre le 25 décembre 1881 et le 16 juillet 1883, il est passé du statut de fusilier marin à celui de technicien dans l’industrie de la conserve, ce qui marque une reconversion rapide, probablement volontaire, vers un secteur en plein essor. Il rejoindra Lagos au Portugal en 1885.

Son registre matricule confirme ces déplacements : Lagos, Olhão (Portugal), ensuite Hôtel Français (Algarve) avant une domiciliation à Audierne notée par la mairie du 5 juin 1896.

L’usine Amieux (en blanc au centre). Document publicitaire Amieux, années 1920.

Il dirige la conserverie Amieux de Saint-Guénolé de 1895 à 1923, comme le relate le récit d’Anne et Joseph Gallard. Il devient alors un notable local. Conseiller municipal de 1900 à 1904, premier adjoint de 1912 à 1919, il est également président du Comité de Sauvetage local de 1914 à 1920. On retrouve sa signature sur des comptes rendus d’intervention de l’époque, comme ici.

Outre la direction de cette conserverie, il construira également un hôtel, l’hôtel du Phare d’Eckmul. Malheureusement, les occupants allemands y établirent leur Feldkommandantur en 1940. Les bâtiments sensibles, dont le phare sont minés par les forces d’occupation après le débarquement de Normandie. Lors de la débâcle, seul l’hôtel sera détruit. Dommage.

Mais le plus amusant est dans cette anecdote que j’ignorais. Il y avait chez les Bretons d’alors une forte propension à l’anticléricalisme, quand ils n’étaient pas calotins. J’ai trouvé une anecdote amusante. L’affaire est rapportée par le recteur de Penmarc’h, François-Marie Le Coz qui nous raconte ce terrible fait divers, à travers ses Éphémérides de la Paroisse de Penmarc’h. :

28 juin 1905 — Madame Frökhen, femme de conduite scandaleuse, meurt dans de tristes circonstances sans que le prêtre soit appelé. C’est une pécheresse publique. Mr le Recteur refuse les honneurs d’une sépulture religieuse et l’immense majorité de la population l’applaudit.

29 juin — Profitant de l’absence du Clergé, occupé au Pardon de Saint-Pierre-Eckmühl, quelques meneurs font entrer le cadavre à l’église. Monseigneur l’Évêque ordonne des prières publiques pour réparer la profanation de l’Église.

Là où je m’amuse, c’est lorsque je lis les noms des meneurs : Lautrédou, instituteur ; Guiziou, ancien maire ; Poirier, maire ; Volant, courrier ; Toulemont, fils du maire de Loctudy ; Miroux, gérant de l’usine Amieux… et d’autres personnes de mœurs douteuses.

Pour résumer, cette dame, propriétaire d’une usine à Saint-Guénolé, a été assassinée par son amant ainsi que le raconte ces deux articles d’un journal local.

Pour l’anecdote, cette histoire se déroule en 1905, au moment de la séparation de l’Église et de l’État, et la chronique qu’en fait ce curé vaut son pesant de cacahuètes !

Une réflexion sur « Un drôle de bonhomme »

  1. Je ne connaissais pas cette histoire..mais pas étonnée d après mes souvenirs certains étaient des amis de mon arrière grand père et même témoins au mariage de ma grand mere..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *