À la conquête de Mamie

(1929-1030)

Lundi, 28 janvier 1929, 15h

Merci beaucoup, Yvonne bien gentille, des instants beaucoup trop courts d’ailleurs, que vous m’avez permis de passer auprès de vous pendant toute la journée d’hier. Grâce à votre présence, j’ai pu passer un bien agréable dimanche et je voudrais que ce dimanche se renouvelle quelqfois.
Aujourd’hui, c’est curieux, je me sens seul et il me semble qu’il me manque qq chose. Je crois bien, mignonne, que vous en êtes involontairement la cause. Pensez-vous seulement un peu à moi aujourd’hui ? Allez, traitez-moi vite de méchant…
Dites-moi que je vous reverrai un de ces jours, mais quand, et où ? Voudrez-vous seulement me revoir ? Il est vrai que si j’insiste et que je vous dise « pour me faire plaisir », vous cèderez, car je vous sens incapable d’être méchante.
Je voudrais bien maintenant tenir votre jolie tête sur mon épaule et vous protéger du froid, tout comme hier, dites. Vous m’avez avoué que vous étiez bien, et moi j’étais heureux de vous « gâter » un peu comme une petite fille, car je ne saurais vous considérer autrement.
Répondez-moi, mignonne, et dites-moi ce que vous voudrez. Votre petite lettre sera la bienvenue. Écrivez-moi à l’EN voulez-vous et n’oubliez pas de me dire quand pourrai-je vous revoir.
Ah puis si vous me permettez de vous revoir je vous dirai qq chose que je n’ose pas vous dire aujourd’hui, de peur de me tromper ou de vous faire de la peine. Ne seriez-vous pas curieuse de le savoir ?
Je voudrais bien être votre grand.
Au revoir Yvonne, mes meilleures pensées.
Georges

xxxxxxxx

Mercredi 30 janvier 1929, 22h

Au moment où vous pensez à moi, je vous fais ce petit mot pour vous prévenir que demain jeudi je ne pourrai pas sortir à 6 heures. J’ai en effet oublié de vous dire que le jeudi j’étais pris à l’EN de 18h à 19h30, ainsi que le dimanche d’ailleurs. Je vous en prie, mignonne adorable, n’en soyez pas fâchée et surtout ne m’en voulez pas. Si vous le voulez bien, ce sera pour vendredi soir à la même heure et au même endroit. Je sais que vous le voulez, et je vous dis donc : « à vendredi soir ».
Ce soir, je voudrais bien vous avoir près de moi : je vous dirais encore que je vous aime beaucoup et que vous êtes ma petite de moi.
J’espère bien vous dire bonjour sur l’Esplanade demain à 2heures, et vendredi à midi et à 2heures.Bonne nuit, petite aimée. Je vais me coucher, et ce soir je ne lirai pas, pour penser à vous…
Laissez-moi vous embrasser bien beaucoup.

Votre Georges

xxxxxxxx

Vendredi 1er février 1929,10h

Petite mignonne je me languis de vous. Hier, j’étais au Teil et je n’ai pas pu vous voir. A 2h aujourd’hui j’ai une heure de cours et ne pourrai vous rencontrer. Venez donc ce soir à 6h au square. Nous ne resterons pas longtemps pour que vous ne soyez pas grondée mais il me semble qu’il y a un mois que je vous ai vue et que j’ai entendu votre petite voix.
Je vous dirai bien de venir demain soir à 6h, mais j’ai un ami qui vient me voir à l’auto d’Aubenas (le mari de Germaine Mille)
A ce soir donc. Je vous aime bien beaucoup.

Votre grand Georges

xxxxxxxx

lundi 10h

Sans blague, je ne vous verrai pas ce soir petite mignonne ? Il me semble que ce n’est pas vrai, car je commençais à prendre l’habitude de vous rencontrer souvent, pas assez souvent à mon avis.
Dites jolie petite fille, savez vous que j’ai rêvé à vous cette nuit. Nous partions tous deux en auto, dans une Amilcar sport et nous ne nous arrêtions jamais. Puis je ne sais plus.
Hier soir nous sommes allés au ciné, mais j’ai bien tellement pensé à vous que je n’ai guère suivi le film, mais qui m’a fait l’effet d’être très bien comme mise en scène surtout et peut être seulement ? Dites Yvonne j’aurais bien voulu vous avoir à côté de moi, à ma gauche, et je crois bien que mon épaule gauche aurait supporté, pendant toute la soirée, une mignonne petite tête blonde, n’est ce pas ?
Ce matin je suis mort de fatigue. Voilà ce que c’est que de jouer au rugby. Chaque fois, il en est ainsi et pourtant je sais que je ne ferai jamais autrement car j’adore ce sport. Ne me défendez pas de le pratiquer, voulez vous ?
Dites moi vite que nous nous verrons mercredi à 6h au square où je vous attendrai. Et si par hasard on pouvait se voir avant faites le moi savoir, sans oublier que le mardi je dois rentrer à 5heures à l’EN, peut être mardi après souper. Enfin voyez vous même mais méfiez vous bien car je ne veux pas qu’à cause de moi vous soyez grondée par votre maman.
Et puis n’ayez plus de chagrin comme samedi soir. Dites vous que votre grand vous aime bien et que vous êtes sa petite de lui, voilà je le veux comme ça moi
Je suis en colère contre la personne qui vous a causé ce chagrin samedi soir et je voudrais bien savoir qui c’est car ce n’est vraiment pas chic de sa part. Enfin passons…

A 2heures je ne vous verrai pas sur l’esplanade car j’ai une heure d’éducation physique avec les Normaliens. Je vous quitte, mignonne qui se fait aimer, peut être recevrais je une petite lettre de vous ? Oui. Pas ?
Je vous serre bien fort dans mes bras et je vous embrasse mille fois. 

Votre Georges

Encore un baiser de moi
ci-joint un compte rendu du match de Largentiere que je relève dans un journal mais n’en dites rien, vous serez bien sage

xxxxxxxx

Mardi 5 février 1929, 15h

Pourquoi m’avez-vous dit « je ne sais pas ! » quand je vous ai demandé de venir demain soir à 6h au square ? Petite mignonne, qu’avez-vous ? Vous allez me le dire bien franchement, car j’ai trop de peine. À 2h, j’étais au « jardin » et je n’ai pas voulu sortir comme à l’ordinaire car j’avais peur de vous faire encore de la peine en vous disant que j’étais ennuyé ! Mais maintenant il faut bien que vous sachiez que je souffre et sans savoir bien pourquoi. Voulez-vous savoir ce que je pense, voici : votre maman vous a grondée à plusieurs reprises à cause de nos rencontres et cela vous a déterminé à me quitter. Dites-moi si cela n’est pas vrai ! Je voudrais bien que vous me disiez le contraire, et pourtant je redoute trop qu’il en soit ainsi. Que va m’apprendre votre lettre que j’attends avec impatience ? Quoi qu’elle contienne, je vous demande Yvonne jolie de venir demain mercredi à 6h au square, où je vous attendrai, car il est impossible de s’expliquer par lettre.
Peut-être vous a-t-on dit encore du mal de moi ? C’est possible, car je sais très bien que j’ai beaucoup de défauts, et je ne veux pas les cacher. Mais je vous aime, voyez-vous, et il me faut votre affection. Ce soir, à 6 h, je m’éclipserai un instant pour vous voir et vous remettre cette lettre, tant pis si je me fais « attraper ».
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le pressentiment que nos relations ne tiennent qu’à un fil. Il n’y a pourtant que huit jours que nous nous connaissons, et cela me semble incroyable. Dites-moi vite que je me trompe et je serai bien bien heureux.
Il y a un instant j’ai passé devant la trésorerie et je vous ai aperçue par la fenêtre entrouverte. Vous étiez un peu songeuse, m’a-t-il semblé. Peut-être pensiez-vous un peu à moi ?
Dites, mignonne, ne m’aimez-vous pas un tout petit peu ?
Oh, allez, je sais bien que vous n’êtes pas obligée de m’aimer par le seul fait que je vous aime, moi.
Je ne veux pas être égoïste avec vous comme le sont la plupart des hommes envers les femmes, et si je sais que je dois vous faire souffrir, je préfère vous laisser libre. Mais dites-moi non, car ce serait trop cruel pour moi.
Comme je voudrais pouvoir exprimer par écrit tout ce que je pense. Mais je ne sais pas écrire, moi.
Aussi je vous supplie de ne pas manquer de venir au square demain soir. C’est entendu, n’est-ce pas?
Restez une petite de moi, mignonne adorable, et dites-moi vite que vous m’aimez un tout petit peu.
Moi je vous aime beaucoup beaucoup et je souffre de vous avoir vue ennuyée à midi.
Au revoir petite chérie, à demain soir.
Votre grand.

xxxxxxxx

9h


Petit poulet, votre Georges est bien bien ennuyé parce que sa petite a du chagrin… Il vous envoie ce petit mot pour vous dire qu’il vous aime beaucoup et que, pour ne pas être ennuyée, il faut bien penser à lui. Et puis, si votre maman vous gronde encore dites lui que nous cherchons tous deux « le bon but », le mariage, n’est-ce pas vrai, petite chérie ? En tous cas, voyez-vous, je crois fermement qu’il ne vous faut rien changer de vos habitudes, car votre maman serait contente de cette victoire et en abuserait certainement. Montrez-lui que malgré tout vous m’aimez bien, et je suis persuadé qu’elle s’inclinera.
Vous me demandez de vous voir seulement sur l’esplanade en passant. Mais, petite mignonne, cela m’est impossible : le pouvez-vous vous-même, vous qui m’aimez bien un tout petit peu, pas vrai ?
Je veux toujours causer un peu avec vous, je veux toujours regarder de bien près vos jolis yeux que j’aime tant et serrer dans les miennes vos petites mignonnes mains…
Voyez-vous, tout est là. Si vous m’aimez vraiment, passez sur bien d’autres choses et ayez foi en votre grand qui ne veut que votre bonheur. Je sais qu’à cause de votre maman votre peine est quelquefois un peu trop grande. Mais ayez du courage ma chérie et songez que votre bonheur n’en sera que plus grand lorsque pour toujours, je vous tiendrai bien serrée et que vous vous blottirez dans mes bras.
Je vous aime, mon petit, et puisque vous m’aimez aussi, ayez du courage et ne soyez pas ennuyée.
Votre Georges vous veut bien heureuse.
Si, par hasard, je ne pouvais pas vous rendre heureuse dès maintenant, je préférerai quitter Privas, comme je vous le disais ce matin.
Petite mignonne, ce soir, pendant que je surveillerai mon étude, écrivez-moi un mot et dites-moi que vous m’aimez beaucoup. J’attendrai votre lettre dans ma main, au 1er courrier, avec beaucoup d’impatience. Ou écrivez moi un mot à 1 h aujourd’hui ; vous pouvez me le remettre à 2h sur l’esplanade.
Je vous aime beaucoup et vous embrasse.
Votre Georges
« Il y a, pour tout le monde, un moment difficile pendant lequel on doute de soi, quand ce n’est pas des autres. Le tout est d’éclaircir ses doutes et de les résoudre. Le cœur a quelquefois besoin de dire : je veux! »
« Et que ceux qui aiment ne se laissent persuader par rien! Qu’ils ne s’attardent pas à discuter ! Qu’ils ne laissent pas apprivoiser leur tendresse ! Qu’ils ne se laissent point gagner par la fadeur des raisonnements ! » (Eugène Fromentin, Dominique, ch. XII, 1863.)

xxxxxxxx

lundi 11h

Petite Yvonne, votre chagrin me fait beaucoup de peine et je ne veux pas que vous me preniez pour un méchant. Voulez vous venir ce soir pendant qqs instants avec votre Georges. Je suis persuadé que tu reviendras après plus heureuse et avec de l’espoir, car je t’aime bien va, moi, et je ne peux pas prendre de décisions.
Viens ce soir à 6 heures, je t’attendrai devant l’EN et non devant la trésorerie.
Il faut que je te parle longuement et que je te fasse qqs confidences : après tu jugeras toi même et si nous devons nous quitter, du moins le ferons nous en bons amis et en nous comprenant.
J’aurais bien voulu te voir hier après midi et voyant que tu ne venais pas je suis reparti à Vals mais passons là dessus
Viens ce soir sans faute, devant l’EN
Bien affectueusement

xxxxxxxx

Mercredi 9h

Je viens de recevoir votre lettre d’hier soir. J’en ai pleuré Yvonne! voilà bien longtemps que cela n’était pas arrivé.
Alors c’est fini, je ne vous appellerai plus ma petite fille, vous n’appuierez plus votre mignonne tête sur mon épaule et je ne verrai plus vos jolis yeux de si près… C’est bien dur pour moi de songer à tout cela, et pourtant vous aussi, vous en souffrez : chaque fois que je vous ai rencontrée depuis hier, vous aviez presque les larmes aux yeux en me parlant.
Hier soir en faisant ma lettre, vous avez pleuré, n’est-ce pas vrai ?
Votre décision vous est pénible, et vous la prenez quand même : après cela, ai-je le droit d’insister ?Je ne le crois pas, car insister serait pour vous une source de nouveaux chagrins, et je ne veux pas vous faire de peine. Soyez libre, jolie petite, et soyez toujours heureuse, vous le méritez.
Moi, je reviens en arrière et j’essaierai de vous oublier, mais cela me sera dur, d’oublier que je vous aime, je m’entends, car vous aussi, vous resterez toujours ma grande amie. Pensez quelquefois à moi, je songerai bien souvent à vous, mignonne, et à notre bien courte idylle.
Dès que j’en aurai l’occasion, je quitterai pour toujours Privas et ne vous verrai plus.
Je tâcherai surtout de vite partir aux colonies, comme j’en avais l’intention depuis longtemps.
Là-bas on oublie en s’abrutissant. Peu importe pour moi, j’ai beaucoup trop souffert pour redevenir heureux. Mais que vais-je vous dire là ?
Dites, mignonne, gardez le petit bout de gui que je vous ai donné : je voudrais qu’il vous porte bonheur. Et puis je ne veux pas que vous me disiez que je vous oublierai vite. Me connaissez-vous suffisamment pour affirmer cela ?
Vous voulez que je vous oublie, j’essaierai de vous obéir, mais le pourrai-je ? Je vous le dirai plus tard, voulez-vous ? Pour me faire bien plaisir, venez ce soir me dire adieu au square. Ne me refusez pas cela, dites, faites-le pour moi et pour que nous nous quittions bons amis. Je vous promets d’être sage et de ne pas vous faire de peine. Vous viendrez, n’est-ce pas ? Je vous attendrai au square de 6h à 6h10.
Tenez, je vous donne un petit bout de photo de moi. Je suis bien « moche » mais c’est pour me rappeler à votre bon souvenir. N’en auriez-vous pas une du même genre pour votre Georges ? (je n’aurais pas dû dire votre).

À ce soir, Yvonne.
N’ayez pas trop de peine, vous aussi, et songez que j’aurais bien voulu être toujours votre Georges

xxxxxxxx

Mardi, 23h30

Mon petit poulet de moi, ce soir je veux parler un peu avec vous avant de m’endormir : à 8h moins le ¼, je suis passé devant chez vous avec l’espoir de vous rencontrer mais je ne vous ai pas vu et j’ai été un peu triste ce soir. Après le coucher de mes zèbres, je suis sorti un peu pour rêver à ma petite. Puis, ne sachant pas où aller, et surtout de peur de me trouver bcp trop seul dans ma chambre, je suis allé au café du jardin et j’y ai laissé tous mes amis. Maintenant je suis bien seul ici et mon petit poulet me manque beaucoup. Mais je sais qu’en ce moment ma mignonne pense à moi, et je suis heureux. Heureux du bonheur que j’ai eu de vous connaître, et celui beaucoup plus grand encore de vous aimer et d’être aimée de vous. Vois tu ma petite chère, je suis un être très affectueux et je te rendre heureuse. Laisse moi te redire encore que je t’aime, et qu’en moi même j’ai déjà organisé toute notre vie. Je te vois dans notre petit ménage, toujours souriante toujours caressante, toujours affectueuse pour ton grand. N’est ce pas vrai, Yvonne jolie, que je suis ainsi ? J’ai à côté de moi votre lettre d’aujourd’hui. Je l’ai lue et relue mainte fois déjà et je veux la relire encore avant de m’endormir. Je ne veux pas que vous ayez du chagrin : soyez au contraire bien heureuse puisque je vous aime et que je veux votre bonheur.
Ayez confiance en votre Georges : Bientôt , allez, pour toujours vous serez avec lui ! Le voulez vous aussi ma jolie poupée? 
Je voudrais  bien moi aussi rêver à vous cette nuit. Les rêves ne semblent-ils pas une réalité au moment où ils se passent? Yvonne je t’aime vois-tu et ce soir je te voudrais près de moi, comme tu le seras bientôt…
Je vous embrasse mille fois et je vous serre bien fort dans mes bras.
Georges…
Que je voudrais vous voir dormir sur mon épaule !
Cinq petites minutes à réserver pour demain soir 6h
A demain ma jolie et bonne nuit
Je vous écris au crayon car je suis couché, excusez moi !

xxxxxxxx

Ni lieu ni date

Petit poulet,
je t’ai vu trop ennuyée ce matin et je suis moi-même trop malheureux pour ne pas t’écrire encore un mot qui te tranquillisera. Ce soir à 6 heures, si tu le veux, ou demain après-midi, nous trouverons une solution qui arrangera tout. Tous les deux nous parlerons, nous pèserons tout et nous prendrons une décision. Veux-tu, petite aimée ?
Vois-tu, je t’aime ma chérie, je ne veux pas te faire de la peine, mais j’ai vécu déjà et moi, je ne veux pas séparer la question matérielle et notre idéal.
Je t’en supplie, mon Yvonne, réserve moi qq minutes ce soir. Nous dormirons l’un et l’autre plus tranquilles ensuite.
A ce soir ma chérie et espère en ton Georges qui t’aime…

xxxxxxxx

Sans date

Yvonne. Pourquoi, persistes-tu à me faire autant de peine ?
Pourquoi ne pas consentir à venir qqsinstants avec moi, alors qu’auparavant tu venais si volontiers ? Crois-tu que tu seras davantage compromise en étant avec moi sur la route de Coux plutôt que sur l’Esplanade ? J’avoue ne pas comprendre le but que tu poursuis ainsi?
Je t’ai fait dernièrement une grosse peine. Mais n’était-ce pas pour nous aider à être heureux tous les deux ? Et pouvais-je faire autrement, ou alors j’aurais agi comme un gosse?
Ne plus vouloir venir avec moi, c’est dire que nous faisons mal lorsque nous sommes ensemble, ou alors que c’est pour la galerie.
Mignonne, oui ou non, m’aimes sincèrement et de tout ton cœur?
Ou bien plutôt continues tu  à m’en vouloir de t’avoir fait bien souffrir. Cet après-midi encore je cherchais le moyen de pouvoir plus vite nous revoir. Dis, petite fille, ne crois-tu pas que nous pourrions justement discuter sur ce moyen si nous étions qqfois seuls ?
Réfléchis, mon petit, mais songe que volontairement, tu me fais beaucoup de peine et agis selon ton cœur et non selon ces convenances par trop étroites en ce moment.

Moi je t’aime et je voudrais que tu me comprennes,
Georges

xxxxxxxx

Vendredi matin.


Petit poulet, tu vas lire cette lettre, sans être trop ennuyée. Je ne t’écris qu’après avoir bien souffert hier soir au noir, seul dans ma chambre. Laisse-moi te dire tout d’abord que je t’aime beaucoup beaucoup, et que je ne t’aime pas en égoïste. Je ne veux pas dire : « j’aime Yvonne, donc elle sera ma femme ». Non ma chérie, je dis : « j’aime Yvonne, puis je la rendre heureuse ? » Mon idéal n’est pas fait seulement du bonheur que j’aurai de vivre au côté de ma petite; il est surtout fait du bonheur que j’aurai en rendant heureuse ma petite Yvonne.

Pourquoi te dis-je tout cela ? Pour que le poulet ne dise pas après lecture de ma lettre que je suis un méchant.

Eh bien mignonne, ce bonheur que je voudrais te donner, complet et parfait, sans grandeur, je me sens incapable de le faire avec ma situation. Yvonne, je reviens à une question matérielle qui m’a longtemps préoccupé : pour moi, et par expérience, je sais que le bonheur n’est pas fait seulement « d’amour et d’eau fraîche », pardonne moi l’expression. Il faut lorsque l’on a envie d’aller se promener que l’on puisse le faire, lorsqu’on  veut acheter qqs meubles, il faut pouvoir le faire et cela grâce à des économies que l’on prélève sur mon traitement, or je ne gagnerai instituteur que 783F33 (je l’ai calculé) c’est à dire bien moins qu’ici. Et irons nous loin avec cette somme? D’autant plus qu’il faudra attendre quatre ou cinq ans pour avoir de l’avancement. Le poste de St Lager aurait pu nous donner satisfaction. Je n’irai que provisoirement, et en octobre, je n’y serai plus car certain instituteur le demande depuis plus de dix ans, et il sera sûr de l’avoir cette année.

Alors, mignonne, est-ce qu’il est de mon devoir d’épouser une gentille petite si je n’ai pas les moyens de la rendre complètement heureuse et, par suite, je ne suis pas heureux moi-même ? Que faire, ma chérie ? Réfléchis en personne bien raisonnable.
Et ce soir, ou demain après-midi, tu me diras ce que tu penses. Pour moi, je n’ai pas encore d’idée arrêtée, mais je me demande si je ne devrais pas mieux laisser mon poulet choisir qqn qui ait une meilleure situation que moi, et qui sera plus capable que moi de la rendre heureuse !
Et j’en souffre mignonne, car je t’aime  vois-tu, et il me serait  dur de me séparer de toi !  Et pourtant me voilà pris entre ce terrible choix :

  • Ou bien, puisque nous nous aimons, me marier avec mon petit poulet, et de par mes moyens matériels être incapable de la rendre heureuse
  • Ou bien la quitter maintenant ce qui lui fera de la peine et m’en fera à moi, et garder l’espoir qu’elle trouvera peut être beaucoup plus intéressant que son Georges(à 18 ans on peut et on doit espérer ! ) Cette deuxième solution, raisonnablement, ne vaudrait-elle pas mieux?

Ce soir à six heures, nous causerons, ma chérie, toute franchise et demain après-midi aussi. A midi je t’accompagnerai un peu mais pas à 2 heures car j’ai gymnastique.
Donc ce soir à six heures juste.
Et poulet, n’ai pas de la peine. Sois raisonnable et songe que ton Georges t’aime bien  et qu’il voudrait sa petite bien heureuse.
Je souffre beaucoup, vois-tu et il me tarde d’être à ce soir pour me confier à ma petite adorée, je suis sûr qu’elle me consolera

 Mille baisers de moi…

Si tu veux m’écrire un peu à une heure, fais-moi porter une lettre au concierge de l’EN ou porte-la toi même tu ne crains rien.

xxxxxxxx

Vendredi 21h

Petite poulet, je vous écris un peu ce soir pour vous dire encore que je vous aime beaucoup, beaucoup, et que je voudrais bien que vous soyez près de moi en ce moment, et pour toujours.
Que faites-vous en ce moment? J’avais bien envie d’aller vous prendre à la sortie de la prière, mais je craignais que me faire gronder par vous. Je voudrais bien que vous me disiez en ce moment comment vous aimez votre Georges. « Je ne m’en rappelle plus. »
Dites, jolie petite de moi, savez-vous que je suis allé ce soir au café du Jardin prendre un tilleul, dès que je vous ai eu quittée. Ne me grondez pas trop demain: j’étais un peu ennuyé de ne vous avoir pas gardée longtemps avec moi ce soir, et j’avais le cafard de rentrer à l’EN. Petite chérie, j’ai envie de partir d’ici. N’ayez pas peur, et suivez-moi bien : demain vous me direz ce que vous pensez de mon idée. 

A l’EN, je n’ai qu’une apparence de liberté, puisque chaque fois que je veux sortir il faut que je demande la permission à mon directeur, qui est d’ailleurs très chic, mais un peu bizarre parfois. Voici ce que je voudrais faire: à Pâques, Chamontin viendrait à l’EN, et moi j’irais à Saint-Lager-Bressac (par permutation). C’est un joli petit poste, à onze kilomètres d’ici. Chamontin acceptera puisque, au mois de mai,  il doit partir au régiment, et que pour me rendre service, il n’hésiterait pas. Une fois à St Lager et cela, grâce à ma moto, il me sera très très facile de venir à Privas lorsque je le voudrais, plusieurs fois par semaine, pour y voir mon poulet de moi.

Certes, je n’aurais pas le plaisir d’accompagner ma mignonne jusqu’à la Trésorerie aussi souvent que je le fais actuellement, mais aussi le dimanche ou le jeudi je pourrais rester plus longtemps, et puis surtout voici la vraie cause de mon idée. Je vous ai dit que j’avais fait une demande pour le Maroc afin d’avoir une meilleure situation.
Mais il est bien probable que je ne sois pas nommé tout de suite, et alors j’aurais ainsi un poste intéressant, près de Privas, assuré pour octobre prochain, où je pourrais amener ma petite. En disant cela je pense à la condition matérielle. Je ne suis pas tout à fait un gosse, et je sais très bien que l’argent est un élément du bonheur. Comment serais-je un bon mari pour ma petite si je n’en ai pas les moyens ? Le traitement d’un instituteur, s’il est intéressant à partir de 30 ans, est bien un peu faible au début, et le secrétariat  de mairie (200 à 250 francs par mois) qui existe à St Lager apporte là un appoint bien intéressant. N’est-ce pas ce que votre avis mignonne ?

Ne croyez pas surtout après cela que j’aime l’argent, non allez, je ne vise là que le bonheur de ma petite, et notre bonheur à tous les deux. Pourquoi ne pas envisager le sacrifice de se voir un peu moins souvent, si cela nous permet un mariage plus prompt et un bonheur plus complet ensuite ? Réfléchissez à mon projet (qui n’est encore qu’une idée pour l’instant) et dites-moi, ma mignonne, s’il vous convient. Si cela vous ennuie un tout petit peu, je l’abandonne illico et sans aucun remords car moi aussi je serais bien malheureux de ne pas voir ma petite aussi souvent que maintenant.
Et puis zut j’ai bien envie de laisser tomber et pour un peu, je ne vous le dirai pas car j’ai peur de vous faire un peu de peine. Non ma chérie comprenez-moi, c’est parce que je vous aime que je conçois un tel projet et je veux vous rendre heureuse.

Ecrivez-moi un peu à 1 h et donnez moi votre lettre ce soir à 6h car à 1h ½ j’ai gymnastique avec mes zèbres et ne vous verrai pas. Ma petite mienne je vous serre bien bien fort dans mes bras et vous fait un long long baiser et puis je vous dis encore que je vous aime beaucoup et que je vais m’endormir en pensant à vous, car c’est de mon lit que je vous écrit.
Mille baisers de votre grand

Moi

xxxxxxxx

St Lager Bressac, le vendredi 3 mars

Petit poulet, je commence ma lettre à huit heures moins le quart, en attendant l’arrivée de mes gosses. Chamontin roupille encore et je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir dire à mes gosses toute cette journée. 
Et puis mes affaires ne sont pas encore arrivées et Chamontin a fait partir toutes les siennes, si bien que nous avons dû nous coucher sans draps ni couvertures, sur un lit de l’école, et que j’ai bien mal dormi.
Hier soir, il y avait réunion du conseil et nous nous sommes paillotés à minuit. Je suis mort ce matin, et je voudrais bien me laver, mais je n’ai ni serviettes ni savon.

Il me tarde bien d’être à demain pour aller un peu voir mon poulet à Privas. Hier j’ai été bien content de passer un petit moment avec toi.
En venant j’ai attrapé une rincée magistrale que ton petit pépin ne m’a pas évité. Sans doute qu’il ait voulu t’écouter.

10h ¼  Et voilà, je suis dans ma classe et je ne m’en tire pas trop mal.
J’ai 26 gosses (famille nombreuse) le plus jeune a 6 ans et le plus âgé 15 ans. . Ils me paraissent tous bien gentils. Ah ! si ma mignonne était avec moi, comme je serais complètement heureux !
Dis, petite chérie, j’ai peur qu’il fasse mauvais encore et pourtant je voudrais bien voir ma mignonne. Et dimanche, pourrons-nous nous voir ? Iras-tu au ciné demain soir ?
Peut-être que j’aurai une lettre demain, de toi ? Que je le voudrais !
Je t’aime bien, mon poulet, et je veux que tu penses bien à ton Georges. 
À demain. Excuse la saleté de ma lettre, mais ce premier jour je suis assez occupé.
Bien des gros minous de ton grand

Georges

xxxxxxxx

St Lager Bressac le 8 mai 1929

Bonjour Yvonne, quelques mots pendant ma récréation puisque je te l’ai promis hier.
As-tu bien dormi et as-tu bien pensé à ton Georges ? Et ce matin, penses-tu à m’envoyer un petit mot ?
Hier soir, je suis vite parti de Privas sans même souper car Danetti n’était pas chez lui et en arrivant à St Lager l’adjoint au maire m’attendait pour me payer à souper avec Chamontin. Nous nous sommes encore couchés à minuit. Il me tarde que Chamontin soit parti pour que je puisse me reposer un peu.
Allons, entendu pour demain. J’arriverai à Privas vers 1 heure et t’attendrai sur l’Esplanade entre 1 h et 1h½. Fais l’impossible pour venir passer l’après-midi avec ton Georges. Veux-tu, mignonne ?
S’il pleut demain, je viendrai au train de 1h et je t’attendrai et attendrai chez Buffaud jusqu’à 2h moins ¼ ou 2h.
Donc de toutes façon  je te dis à demain…

xxxxxxxx 

Petit poulet de moi
Je reste à Aubenas ce soir et je t’envoie un bien affectueux bonjour.
J’ai attrapé une bonne rincée en venant en moto (et j’ai bien arrosé ma casquette !!)
Beaucoup de baisers de ton Georges
À jeudi.

xxxxxxxx

St Lager Bressac le mardi  14 mai 29 à 2h½ 

Petit poulet, un petit mot pour te dire encore que je t’aime bien et pour que demain matin je te donne encore l’occasion de penser à moi.
Es-tu bien sage à Privas ? Moi, il me tarde d’être à demain pour passer encore quelques minutes avec toi. Et puis samedi prochain, il faut absolument que tu viennes me voir chez moi.
J’irai t’attendre à 7h½  au train, et ou bien je partirai avec toi jusqu’à Meysse comme on l’a décidé l’autre dimanche ou bien je te ferai descendre, tu viens avec moi à l’école, qui est à 3 ou 400 mètres, et nous partirons vers 9h en moto à Meysse ou en auto d’ici, ce n’est qu’à 7 km. Par conséquent pas loin et nous arriverons comme le train là-bas. Choisis, mais je veux que tu viennes me voir soit le samedi, soit le dimanche.

J’ai eu une carte de Boyer ce matin, je te la joins. Tu vois comme il est marrant : il est tout de même bien brave de penser à moi.
As-tu pensé à m’écrire aujourd’hui?
A demain, pas, ma chérie ? Bien des minous de ton grand

Moi

{en marge : Pense à ma commission auprès de M. Buffaud : annonce de 10000F, mixte pour 30 ans.}

xxxxxxxx

St Lager Bressac le 23 mai à 9 heures

Petite chérie, tu vois que je tiens nos promesses. seulement ma lettre ne sera pas bien longue parce que nous venons juste de nous lever, et nous voulons partir d’assez bonne heure à Vals. Mon frère commence déjà à râler parce que je le fais attendre.
Mais à la place, petite mignonne, je te promets une autre lettre demain, que tu auras samedi matin.
Cela ne m’empêche pas de te demander une longue lettre que je veux recevoir demain, dans laquelle je veux que  tu me dises comment tu m’aimes.
Lucien m’a dit que tu avais l’air bien gentille. (je lui ai d’ailleurs dit qu’il se trompait bougrement) et que tu lui rappelais un peu Paulette.
Demain soir je n’irai pas te voir, mon poulet. Ne m’en veux pas : j’ai beaucoup de travail en retard, dans ma classe et à la mairie surtout à cause de l’électrification et je ne veux pas que ça dure.. Je travaillerai de 4h à 8 h.
Et puis samedi nous passerons un moment ensemble. Et surtout dimanche je veux passer l’après-midi avec toi. Fais tout ton possible pour qu’il en soit ainsi et je t’aimerai beaucoup, pas mignonne. Dis, poulet, ton Georges m’a dit de te dire qu’il t’aimait beaucoup. Et toi, dis-lui un peu comment tu l’aimes.
Oh! que je voudrais t’avoir à côté de moi !
Demain à 7h je passerai devant chez toi Et ce soir, pense à m’écrire une longue lettre. Et peut-être une autre demain. Que je le voudrais !
Au revoir, ma chérie. Mille caresses de ton grand de  toi, rien que pour toi.

Georges

xxxxxxxx

St Lager Bressac le vendredi 25 mai à 9h¼ 

Petite chérie, tu vois que je tiens ma promesse et que je viens vite t’écrire encore ce matin en attendant ta lettre d’hier qu’il me tarde bien de recevoir. M’as-tu vu passer ce matin à 7 h moins 5 à Privas ? Ta fenêtre était entrouverte mais je n’ai rien pu voir.
Hier nous sommes partis d’ici à 11h et nous sommes allés dîner à Lachamp-Raphaël avec Lucien. Cela nous a pris entre Privas et l’Escrinet, nous avons décidé d’abord d’aller à Vals par Mezilhac, puis une fois arrivés là-haut nous avons poussé jusqu’à Lachamp-Raphaël.
Nous sommes descendus par Usclade-et-Rieutord, et j’ai revu avec beaucoup d’émotion les endroits où j’ai passé de si doux moments avec ma Paulette et aussi de si cruels. J’ai revu cette école où nous avons habité ensemble de longs mois d’hiver. Il y a un an encore, nous étions ensemble là-haut. Lucien était avec nous et c’est à ce moment-là que nous avons pris les photos que j’ai pu te montrer.
Jeudi prochain, il y aura un an qu’elle est morte. Je veux aller ce jour-là à Vals…
Nous sommes arrivés à Vals à 6h moins le quart. J’ai trouvé ma mère bien changée et cela m’inquiète bien un peu. Elle suit un régime très très sévère, mais je ne sais pas si cela lui fera beaucoup de bien.
Et toi, petite chérie, qu’as-tu fait hier soir à 6 heures ? As-tu pensé à m’envoyer une longue lettre ? Tu sais que je t’aime beaucoup, beaucoup, ma chérie !
Je voudrais bien aller te voir ce soir à Privas. Peut-être qu’au dernier moment je me déciderai ainsi mais vrai, j’ai beaucoup trop de travail à la mairie en ce moment, et il me faudrait bien aller trouver qqs types d’ici pour ce travail. Ne m’en veux pas, ma mignonne ce sera pour demain soir et promis dimanche toute l’après-midi. Tu sais, il faut me la réserver, cette après-midi, ou je ferai les ombres sans cela, pas poulet
Dans quelques instants, la séance de vaccination
va commencer. Ils m’ennuient tous ces gens-là, car ils m’empêchent de préparer mon dîner et de faire la vaisselle de midi qui n’est pas encore faite. Je vois au loin le facteur : vite qu’il me donne ta lettre et je serai bien content, car je sais que tu vas me dire que tu aimes bien ton Georges. 
À demain, ma chérie, peut-être à ce soir, mais je ne le crois pas. 
Mille baisers bien affectueux de ton grand.

xxxxxxxx

Mardi à 9h30 le 28 mai

Petite chérie, pardonne-moi de ne pas t’avoir écrit hier. J’ai eu l’inspecteur tout le matin (ça s’est d’ailleurs très bien passé), et le soir j’ai été dérangé par un gendarme de Vals qui est venu me voir et m’a emmené souper chez lui à Brune. J’étais bien ennuyé à la pensée de la peine que tu allais avoir ce matin, mais vrai je ne pouvais pas. Je te verrai ce soir, ma mignonne, et je suis sûr que tu me pardonneras parce que tu m’aimes bien et que tu sais que je ne veux pas te faire de peine.

Et toi, as-tu pensé à m’écrire hier au soir ? J’attends le facteur avec beaucoup d’impatience pour vite lire la lettre de mon poulet.
Ce matin je me suis levé à 6 heures pour faire subir à ma moto un bon nettoyage. Si tu voyais comme elle brille maintenant ! Elle vaut 4 sous de plus.

Je ne veux pas que tu sois ennuyée aujourd’hui parce que tu n’as pas eu de lettre de ton grand. Je te dis que je t’aime bien beaucoup et voilà. Et toi dis, mignonne. M’aimes tu beaucoup ? Tu me diras comment  ce soir pas ma chérie ? En passant tes 2 jolies pattes autour de mon cou… Dis, ne trouves-tu pas que notre après-midi de dimanche a bien vite passé ? Plus vite que les autres, il me semble même. Donne le bonjour à ta maman en lui faisant bien comprendre pourquoi je ne puis pas encore aller la trouver.

Demain je pars à Vals et je ne reviendrai sans doute que vendredi matin, car j’aurais trop le cafard si je rentrais le même soir. Maintenant il me tarde bien d’être à ce soir 6 heures, quoique j’aie bien peur que tu me grondes un petit peu…
Ta cousine Simone a demandé de mes nouvelles et m’a fait envoyer le bonjour par madame Robert de Meysse.
A quand ce retour à St Lager ? Il faut vite organiser ça pas poulet car nous serons alors trop heureux, n’est-ce pas ton avis, mignonne ? C’est une petite vue que l’on prend pour notre vie de plus tard.
Je te quitte ma chérie, et je te dis à ce soir.
Bons baisers de moi

{en marge : Moi non plus je ne te dirai pas ce soir
que je t’ai écrit, au contraire, comme cela tu seras plus contente…}

xxxxxxxx

St Lager Bressac — mardi à 2h

Petit poulet, il pleut beaucoup aujourd’hui et heureusement que je n’ai pas décidé d’aller te voir ce soir, sans quoi je serais bien ennuyé, tu sais. Mais mes invités viendront-ils seulement ? J’ai reçu une carte de Maurin de La Voulte m’indiquant qu’il ne pouvait pas venir. Il n’y a donc plus que M. et Mme Amand de Freyssenet et leur gosse. Mais pourvu que le mauvais temps ne les empêche pas de descendre. SI encore ils avaient la bonne idée de me prévenir assez tôt je prendrais le train de 5h½ et je coucherais à Privas ce soir, puisque demain c’est jeudi. Mais je ne peux pas le faire, car tu ne vois pas qu’ils se radinent, si je n’étais pas là.

Demain s’il pleut, je ne sais pas trop ce que je ferai. Ou plutôt, si,  je prendrai le train de midi qui arrive à Privas à 1 h ¼, et je repartirai à 6h ½. Tu viendras donc m’attendre à la gare, pas c’est promis ? Mais seulement s’il pleut, car s’il fait beau je n’irai pas à la pêche et j’irai prendre le café chez toi à 1 heure. Tu m’attendras alors, pas poulet? Je t’aime beaucoup, ma petite mignonne, et il me tarde bien que nous soyons réunis pour toujours.

Et toi, dis, ma chérie?  Vois-tu, si tu veux, nous nous marierons au mois de juillet., mais alors il faudra accepter une petite séparation de vingt jours pendant ma période militaire.
C’est pourquoi je crois qu’il vaut mieux attendre qu’on soit libéré de ce petit souci.

Quand même, dis, je pense que j’avais promis à Escouffier de l’aider à vendanger en septembre avec ses parents et qu’à cause de toi… je n’irai pas. Ce matin j’ai écrit à maman. Sans le doute ne tardera-t-elle pas à écrire chez toi car dès qu’elle reçoit une lettre, il faut qu’elle y réponde. Tu me diras ce qu’elle raconte, dis?

Dis petit diable, sais-tu que tu étais jolie toute plein à ton réveil ce matin et que je t’aurais dévorée de minous. Il me tarde bien de te voir dormir à côté de moi tu sais mignonne. Je poserai mon bras sur ton petit cou, comme lorsque nous sommes revenus  de Largentière et tu verre si nous serons bien.

As-tu écrit à Simone ce matin ? Dis donc je pense que dimanche cela ne me sera pas commode de dîner au Ruissol à cause de la réunion du conseil municipal qu’on finira pas avant midi. A moins que nous ne mangions pas avant midi et demi ou 1 heure et alors je monterai là-haut en moto directement. Je te prendrai si tu veux en passant pour que tu me montres la maison, car je ne sais pas où elle se trouve. Évidemment, tout ça dans le cas seulement où Simone et Tatave viendront. Dans le cas contraire,  réunion à St Lager, tu peux en parler déjà aux petites Raphanël. C’est encore, je crois, la solution qui me plairait le plus. et à toi, dis, ma chérie ?

A moins que nous partions tous les deux seuls après midi en moto et que nous venions passer l’après-midi chez moi, tous les deux seuls. Dis qu’en penses tu mignonne de moi ? Ne crois-tu pas que ce serait la meilleure solution de toutes ?

Tu sens, ma chérie, je veux que tu m’aimes toujours beaucoup, beaucoup. Tu verras si nous serons heureux tous les deux, va. Moi, je t’aime. Et même, il faut que je te dise que j’ai connu quelques jeunes filles depuis que je n’ai plus Paulette. Une en particulier que je croyais aimer et qui, j’en suis certain, m’aimait beaucoup, du moins à sa façon. Je l’ai laissée bien de côté, et je sais qu’elle est bien ennuyée de me voir aller vers toi car elle m’aurait voulu pour mari. Mais moi, je veux être tout à ma petite Yvonne, et si c’est elle que j’ai choisie, c’est que je l’aime bien beaucoup, et que je suis certain que nous serons heureux tous les deux malgré quelques petits soucis du début. Aie confiance en ton Georges, ma mignonne. Je suis certain que je t’aimerai comme j’ai aimé Paulette.

Et demain, mon petit poulet, à 1 h moins le quart, avec le train s’il pleut, ou en moto s’il fait beau, évidemment sauf imprévu. Dis, m’as-tu entendu partir ce matin ? J’ai bien passé un petit peu devant le Trésorerie mais la fenêtre était fermée et je crois bien que le poulet n’a rien entendu Que je serai content si j’avais une lettre demain !

Mille baisers bien affectueux de ton grand qui t’aimera toujours beaucoup.

xxxxxxxx

Vals le vendredi matin 7 heures

Petite amie, je voulais bien t’écrire hier au soir à mon retour du Teil mais j’étais trop fatigué et suis allé me coucher de très bonne heure Je me suis donc contenté de mettre à la poste la carte que j’avais oubliée dans mon portefeuille au Teil Petite mignonne après demain j’irai te voir. Je partirai de Vals sans doute le dimanche matin et dînerai chez ma cousine Je pourrai donc te voir à la sortie de la messe. Ne trouves tu pas le temps un peu long cette semaine? Je suis bien sûr que si puisque moi qui me promène, qui passe d’assez agréables journées il me semble qu’il y a un siècle que je ne t’ai vue et il me tarde bien d’être à dimanche. Nous n’irons pas au cinéma, pas mon poulet ?

Nous irons nous promener au bois… Je coucherai à Privas et en repartirai de grand matin pour Bourg Saint Andéol où je dînerai chez Peatier qui m’attend De là je repartirai dans l’après midi chez Escouffier en amenant Pratier avec moi. Nous avons combiné tout cela hier au Teil et nous retournerons à Vallon car toute la famille Escouffier sera réunie ce jour là et on nous y attend sans faute. J’y retourne d’ailleurs avec plaisir car j’ai été vraiment très très heureux chez Escouffier ces jours-ci. Hier au Teil notre journée a été bien remplie par toute une série de discussions sociales bien passionnantes et pour lesquelles je veux m’attacher avec force. Lundi j’aurais bien voulu rester encore à Privas mais cela m’ennuie bien un peu à la pensée que je ne verrai pas mon poulet ce jour là mais Escouffier et Péatier ont tant insisté que j’ai fini par céder. Nous nous rattraperons dimanche, pas mignonne ?

Que fais tu en ce moment : je te vois à la Trésorerie et je voudrais bien passer devant la fenêtre pour que tu te tournes vite afin de dire bonjour à ton Georges.

Les deux petites lettres que tu m’as adressées m’ont fait bien bien grand plaisir. DIs j’en recevrai bien une autre, bien longue, cet après-midi. Il me semble que nous nous parlons beaucoup lorsque je lis une de tes lettres ou lorsque je t’écris et cela fait diminuer un peu la peine que j’éprouve à ne pas être avec toi.

Qu’il me tarde d’être à dimanche, petite chérie, et qu’il me tarde de tenir bien serrée dans mes bras…
Je vais te quitter en pensant à ce dimanche. Pourvu qu’il ne pleuve pas !
A dimanche ! Ton Georges te dit qu’il t’aime beaucoup beaucoup et te fait bien des caresses

{ en PS : Je voudrais bien te passer un des gâteaux ou qqn bouts de chocolat qui se trouvent à côté de moi, pendant que je t’écris. A Vallon j’ai vu Merle !??!!!!
Et attention aux garçons à Privas ( Oh ! Le vilain jaloux!) }

xxxxxxxx

Carte postale sans date

Vallon mercredi

Petit Poulet je pense bien à toi aujourd’hui et je voudrai bien que tu sois avec ton Georges. Il me manque qqchose aujourd’hui, je crois bien que je me languis de ma petite. 

Irais je à Privas vendredi ? Cela dépendra du mot que je recevrai au Teil jeudi. Sinon à dimanche il me tarde d’y être ! Je pars demain matin pour le Teil avec Escoffier qui va mieux maintenant.
Je t’aime beaucoup ma mignonne. Ne te fais pas de souci. Ton Georges va bientôt te voir.
Bien des caresses de moi.

xxxxxxxx

Vals  7h le lundi

Petit poulet, ton Georges t’envoie vite ce petit mot pour te dire qu’il pense bien à toi et qu’il préférerait être à Privas auprès de sa mignonne petite fille, au lieu d’être à Vals. Les vacances nous ennuient, pas poulet? A 6h heures, j’ai bien pensé à ma petite, que j’aurai vu cinq petites minutes si j’étais resté à Privas. 

Parti de Privas à 3h moins 5 j’étais à Vals à 4h moins 20 sans aucun arrêt, même pas chez Paulet. En arrivant, je suis allé faire un tour au cimetière et je suis resté avec ma sainte famille jusqu’à maintenant. Je me suis vite éclipsé cinq minutes pour bavarder un peu avec le poulet.

As-tu bien pensé à ton Georges, mignonne? Et surtout n’as-tu pas oublié de lui envoyer un petit mot ? Ton Georges t’aime beaucoup vois-tu et il voudrait bien tenir sa petite poupée dans ses bras comme hier au soir, t’en souviens tu, ma chérie?
Dis, petite chérie, si tu peux ne pas travailler vendredi après midi, j’irai te voir ce jour là, mais seulement à cette condition, car je ne crois pas qu’il me soit possible de partir de Vals avant 2h et il me faudra rentrer vers 6h 6h½.

Tâche de t’arranger pour ne pas travailler ce jour-là. Dans l’après-midi, et nous pourrons rester de 2 à 5 ½ ensemble. Dis ma chérie, n’est-ce pas possible ? Pour ton Georges, qui t’aime beaucoup. Tâche qu’il en soit ainsi. Afin de pouvoir me prévenir à temps, envoie-moi mercredi matin, sans faute, une carte postale sous enveloppe à l’adresse de 
M.  GB., réunion de l’Enseignement, 
Café Bouton Le Teil 
et dis-moi de venir vendredi, pas ? Que je le voudrais.
Jeudi n’oublie pas la longue  lettre à ton Georges. Et puis sois bien sage, ne parle pas au petit soldat, ni au grand, car ton grand est un vilain jaloux et ça lui fait de la peine.

Le père Blanchard m’appelle pour dîner. Je quitte vite, mon poulet, car je veux que ma lettre parte ce soir. Je te fais beaucoup de caresses et serre bien fort dans mes bras.

Ton grand de toi

xxxxxxxx

St Lager Bressac lundi 4h

Petit poulet de moi, je suis complètement flapi et il me tarde d’être à ce soir pour roupiller un peu. Et toi? tu n’avais pas l’air plus solide que moi ce matin, et une nuit de repos te fera du bien, pas poulet?

Es-tu bien contente de ta journée d’hier? Il faudra me dire quelle  est l’impression que t’ont produit mon papa et ma maman. Tu verras que tu les aimeras bien tous les deux, et qu’ils te gâteront bien. Bientôt va, nous serons mariés. Dis donc et si on se mariait quelques jours avant Simone? Y serai le 21 août, si on se mariait le 24, seulement c’est un mercredi et à cause de cela c’est impossible. Nous en parlerons demain, pas mignonne?

Fais m’y pense, veux-tu? Il faut bien se décider maintenant car nous n’avons que deux jours et ma période n’arrange pas la chose. Voyons. Nous pourrions nous marier le 28 ou le 29 août, de façon que Simone et Gustave puissent assister à notre mariage. Ou alors, la solution la plus simple, qui nous évitera d’inviter du monde, le même jour qu’eux, c’est à dire le 27 août. Réfléchis un peu à cela et nous en reparlerons.

Vers 6 heures, je descendrai à la poste pour souper avec le facteur. J’en profiterai pour poster la lettre au train afin que tu l’aies demain matin. Et toi, pourras tu écrire un peu à ton grand de toi? Je voudrais bien tu sais car j’aime bien avoir une lettre de mon poulet.

Pour le 7 juillet, je crois avoir trouvé une combine pour aller à la pêche avec mon cousin. Je vais écrire à la direction de l’EN qui est mon inspecteur, pour demander de bien vouloir m’autoriser à m’absenter le samedi après midi 6 juillet et le lundi matin 8 juillet pour une raison quelconque, par exemple nos fiançailles à Vals. Et alors je pourrai partir à l’autobus de 4h pour revenir le lundi matin ou le dimanche à l’autobus de Valence. Tu viendras avec moi le samedi soir et tu coucheras à l’hôtel à Vals, car nous n’avons pas de chambre disponible à cause des ouvriers de mon père. Nous passerons la soirée à Vals le samedi et celle du dimanche. Moi, je me sauverai toute la journée du dimanche avec mon cousin, et je regrette que tu ne puisses pas venir, mais son auto est bien trop petite et nous serons quatre, à moins que Gustave veuille venir avec nous. Parles à Simone en lui écrivant. On « rigolerait » un peu, tu sais.

Sinon tu restera avec maman et tu lui aideras à servir au magasin. Tu verras si elle sera contente de toi, et vous vous en raconterez des choses… Je vois cela d’ici. 
Heureusement  que les vacances approchent vite. Je commence à avoir assez de faire la classe : encore, si quelqu’un ??? était avec moi, tout irait bien. Vivement le mois d’octobre, pas poulet?

Dis à ta maman de ne pas se déranger pour faire ma chambre. Je la ferai moi-même va. Non plus, je ne veux pas qu’elle m’achète une chemise ou alors elle serait trop brave avec moi. Et M. Gay lui as-tu parlé du vélo ? Je voudrais bien pouvoir m’en servir mercredi matin, car Chanteperdrix ne doit pas être bien content que je lui prenne le sien.  Pense un peu à mon cousin Eugène ! Si tu voyais quel bon vivant il est. On ne s’en fait pas tous les deux tu sais.
Et demain soir, petit poulet, viens m’attendre à la gare, tu me feras plaisir. Il me tarde bien d’y être et de te faire beaucoup beaucoup de minous. 

Je t’aime bien, ma chérie, et je te serre bien fort dans les bras.
Ton grand de toi.

As-tu pensé à écrire à notre maman de Vals?

xxxxxxxx

St Lager Bressac le vendredi 10H

Petit poulet, ton Georges est bien content de la soirée que nous avons passée hier ensemble. J’en garde d’ailleurs un souvenir… au pied. Figure-toi que ce matin, en me levant, je ne pouvais pas poser le pied à terre tellement il me faisait mal. En marchant, cela va un peu mieux, mais je ne sais pas si je pourrai aller à Privas ce soir, et j’ai peur qu’il pleuve. Je voudrais bien pourtant aller te voir. Enfin, si je ne vais pas à Privas, ma lettre te tranquillisera demain, et si j’y vais elle te fera bien plaisir quand même, car je ne garderai bien de te dire que je t’ai écrit.

Pour dimanche, je veux absolument que tu viennes me voir avec les petits Raphanel. Redis-le à ta maman, et dis-lui que c’est moi qui ai dit de le lui demander. Maintenant qu’elle me connaît, elle ne pourra pas te le refuser. Pense un peu à notre escapade au Pouzin. Et à ce retour en moto ? Sous les yeux de ta mère encore ! As-tu digéré la mauvaise route? Et à quand la prochaine ballade en moto?

À dimanche donc. Prenez le train de 10 h, ne le manquez pas, au moins, et ne fais pas de l’œil aux Normaliens qui y seront, c’est promis pas. Je ne crois pas pouvoir aller vous attendre à la gare, peut être que si. Venez même s’il pleut, car je vous attendrai, ne l’oubliez pas.

Ah dis, tu seras bien brave de me prendre quelques gâteaux frais à la pâtisserie Vialle. Nous les mangerons volontiers. Lorsqu’il y aura un autre concert, il faudra m’avertir, pas poulet ? Et nous tâcherons d’avoir cent sous de reste, ce jour-là, pour pouvoir aller au café.
Il me tarde bien d’être à ce soir pour savoir si je pourrai aller te voir. Pourvu qu’il ne pleuve pas et que mon pied aussi ne fasse pas trop mal !

J’oubliais de te dire qu’hier soir j’ai crevé à Alissas, et il m’a fallu gonfler tous les kilomètres pour pouvoir rentrer à St Lager vers une heure du matin.
J’ai sommeil ce matin, aussi tu sais et je suis flapi.
Peut être à ce soir. Ton Georges me prie de te dire qu’il t’aime beaucoup et il te fait une quantité industrielle de minous.

Ton grand de toi.

xxxxxxxx

St Lager le 29 à 9h


Mon petit poulet, j’ai bien chaud et je n’ai pas beaucoup de courage. Mais je veux que tu aies ma lettre demain matin afin que tu sois bien contente. As-tu reçu ma lettre ce matin, et es-tu contente de ton grand de toi?

Hier soir, je suis revenu vers onze heures moins le quart, mais je n’y voyais rien du tout, et j’ai marché tout le long à vingt à l’heure à peine. A un endroit même, un peu plus loin que Chomérac, j’ai monté sur un tas de cailloux avec la moto et j’en suis redescendu sans me tomber. Mais j’ai eu un peu peur, tu sais?

Allons, entendu pour dimanche, pas? Prenez le train de Privas à 10h19 et venez directement chez moi. Je ne pourrai pas aller vous attendre à la gare à cause du travail à la mairie le dimanche matin. Je vous préparerai en revanche un bon café, et nous préparerons ensemble le dîner, ou plutôt c’est toi qui le prépareras, comme chez toi, pas mignonne? Quelle bonne journée nous allons passer, dis.
Nous ne serons pas tous les deux seuls, mais nous serons chez nous, et nous ferons comme si c’était nous deux qui invitions les petites Raphanel. A propos donne leur le bonjour de ma part, et demande-leur si elles ont digéré la limonade.

Ce soir donc je partirai pour Vals et passerai devant ton sanctuaire à 5h¼. Tu viendras me dire bonjour, pas poulet ! Et puis je n’en reviendrai que vendredi matin. Le soir, j’irai te voir, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour mettre nos invités à la porte le plus vite possible. Pourvu que je puisse arriver à six heures.
Dis, petite mignonne, je suis bien content d’être resté plus longtemps hier soir. Je t’aime beaucoup, ma chérie, et je veux que tu en sois bien persuadée. Tu seras heureuse avec moi, va, et je sais que tu feras tout pour que je le sois, pas vrai?

Mes gosses m’ont apporté ce matin un joli bouquet de roses, tu sais, qui sent rudement bon. Je voudrais bien t’en donner une, peut être ce soir si je te vois.
Le facteur vient de rentrer et de m’apporter encore des engagements sur deux ou trois postes d’instituteur. J’ai aussi une carte de Lapierre, très longuement rédigée. « Je t’en serre cinq » me dit-il et c’est tout. Moi je trouve que c’est suffisant, car au moment où il fait cette carte, cela me prouve qu’il pense à moi.

Ma chérie, n’oublie pas de m’écrire demain une longue lettre, tu me feras bien, bien plaisir. Je t’embrasse mille fois, bien affectueusement, comme je t’aime,
ton grand de toi.

xxxxxxxx

Les lettres qui suivent ont été écrites vraisemblablement en juillet, pendant sa période militaire

Jeudi 7h du matin

Petite chérie je me lève et j’ai bien sommeil nous sommes arrivés (et dis nous car j’ai trouvé en route d’autres sous-lieutenants venant aussi faire leur période) à 3h du matin et notre souci premier a été de trouver une chambre. Nous en avons trouvé une et … je dors encore. A huit heures, nous allons nous présenter au général de Toulon et  et l’on parle de nous envoyer dans un camp près de Nîmes. Je pourrai quand même venir te voir d’ailleurs cela n’est qu’un bruit qui court. Je te confirmerai la nouvelle par carte postale dans la journée et ce soir je te promets une longue lettre car je suis un peu pressé ce matin.

Tu sais petite chérie de moi, j’ai vu tes yeux bien tristes hier au soir à mon départ et j’ai été bien malheureux dans le train. Près de moi il y avait un jeune ménage qui ne faisait que s’embrasser mutuellement pendant que le gosse roupillait, et je pensais à nous deux et à notre futur bonheur Car nous serons heureux ma chérie, je te le jure.

Je t’aime trop pour qu’il en soit autrement et je sais que je suis aimé de toi. Et puis ton grandGeorges me prie de te dire qu’il a été bien sage et qu’il le seras tout au long de sa période. Mon rhume est presque guéri et mon doigt aussi. L’air de Toulon me fait du bien. Peut être à dimanche, je tâcherai de t’en prévenir au soir.

Bien des choses à ta maman, tes tantes et tes oncles de la gare.

Léon est-il venu? Si oui pensez à aller chercher mon vélo à St Lager un matin. Et ce soir petite aimée, pense bien à moi et ne sois pas ennuyée car tu verras que ces vingt jours passeront vite et puis après… penses-y un peu veux-tu.
Je te couvre de baisers et te redis encore que je t’aime bien

Ton Georges

xxxxxxxx

le jeudi à 21 heures 30

Petite mignonne de moi c’est bien mal installé que je te fais cette lettre que je t’avais promise et aussi je suis bien fatigué car aujourd’hui nous avons commencé à bien bucher. Et voilà les nouvelles, plutôt mauvaises d’abord.

Samedi matin, nous partons à Carpiagne, c’est un camp de manoeuvres situé près de Marseille et nous prenons le train de 4h du matin. Ce départ fixé au samedi m’ennuie beaucoup, beaucoup car je crains de ne pas pouvoir aller à Privas dimanche. Pourvu que les autres dimanches il n’en soit pas ainsi. Mais ma mignonne je te promets de faire l’impossible pour venir soit vendredi soir, soit dimanche matin, quitte à rester que quelques heures avec toi que j’aime bien beaucoup. En tous cas ne compte pas sur des télégrammes de ma part car il n’y a pas de télégraphe là bas et voilà tout de suite mon adresse :
G.B. sous-lieutenant au 8e RTS
Compagnie de réservistes
Camp de Carpiagne, par Cassis, B. du Rh.
Dis petite chérie écris moi bien longuement et bien souvent car je suis bien malheureux d’être ici va… Et puis raconte-moi bien toute ta petite vie car je veux bien savoir toute ce que tu fais.

Moi je te promets de t’écrire le plus souvent possible seulement il ne faudra pas m’en vouloir si je ne t’écris pas une fois ou deux car je sais que nous aurons beaucoup de travail. Je commande la compagnie de réservistes, c’est à dire ceux qui viennent faire période comme moi et ce qui me rend malheureux c’est que je suis partagé entre le désir de leur faire le plus possible plaisir et la question de faire un peu mon service car il faut bien moi même que j’obéisse à quelqu’un.

Dis je pense bien souvent à toi ici et puis tiens, maintenant, j’ai envie de pleurer. Je voudrais t’avoir près de moi et puis vois-tu, ce qui me rend assez malheureux c’est de savoir que tu es ennuyée toi même de mon départ. Mais va mon petit poulet de moi je te promets d’être bien sage ici. Tu vois que je m’ennuie de Privas et je sais très bien que je ne succomberai pas à la tentation.
Je  ne suis pas tenté d’ailleurs. C’est toi que j’aime et tu peux avoir confiance en moi comme j’ai confiance en toi. Sois bien sage à Privas, dis, petite mignonne, et que cela ne t’empêche pas de t’amuser va. On peut rire sans me faire de la peine.
Et surtout écris-moi ici. Il me semble que je serais plus heureux lorsque j’aurai de tes nouvelles si je pouvais aller te voir dimanche. Attends moi bien à tous les trains mais ne viens pas à la gare, tu serais trop ennuyée si je n’étais pas là.

A la fin de ma période nous viendrons encore 1 ou 2 jours à Toulon. Tu ne sais pas ce que j’ai envie de faire : te proposer de venir me voir. Tu diras que tu vas à Vals et tu viendras ici pour revenir avec moi.
Qu’en penses tu mignonne ? Pense à notre joie à tous deux et accepte.
Je te quitte poulet, en te répétant que je t’aime bien bien et que je veux absolument te voir bientôt.
Mille baisers de ton grand de toi qui t’adore

Bonjour chez toi

xxxxxxxx

lundi 17h30

Petite mienne de moi, un petit mot pour te dire encore que je t’aime bien beaucoup, et qu’il me tarde bien d’être à dimanche. Le retour de Privas n’est assez bien passé jusqu’à Avignon j’ai voyagé avec Perrin qui allait faire une période à Nîmes j’étais avec deux copains dont Bouchet. Nous n’avons fait que roupiller dans le train, jusque à Aubagne où nous sommes arrivés à 2h30. Et comme personne ne connaissait le chemin nous avons couru un bon moment à l’aventure. Pour comble du malheur nous avons attrapé une petite rincée. En cours de route ton petit déjeuner a été le bienvenu, tu vois. Tous sommes arrivés au camp à 5heures moins cinq, juste 5 minutes avant le départ. quel boulot j’ai ! J’en ai marre, marre ! Je n’ai pas eu une minute de toute la journée et maintenant je suis éreinté.

Voilà 2 nuits que je n’ai pas dormi et la nuit d’avant ne valait guère mieux. Je voulais bien écrire chez moi aujourd’hui mais suis trop anéanti et je vais dormir un peu.et maintenant il me tarde bien d’être à dimanche prochain. Je ferai tout mon possible pour arriver avec le train du samedi 6 heures. Sinon dimanche matin comme hier. Oh ! quelle belle journée j’ai passé avec mon poulet ! Vois tu je t’aime petite Vonvon et il me tarde bien que tu sois pour toujours à Privas.

j’ai reçu une lettre du Maroc. Je ne suis pas nommé avec M Sire, mais dans le poste de l’Internat primaire de Marrakech, classe à plusieurs cours. Je ne sais pas ce que c’est mais je me renseigne.
D’autre part c’est entendu pour notre départ fixé au 28 septembre. Pense y petite chérie. Aurai-je demain une longue lettre de toi,  Oh que je le voudrais petite chérie. Ecris moi bien souvent car je me languis trop de toi. Dis moi bien tout ce que tu as fait dans le journée, cela me fera bien bien plaisir.

Au revoir mignonne

Je t’envoie mes meilleurs baisers les meilleurs que j’ai gardés pour toi et te serre bien fort dans mes bras

xxxxxxxx

Le 30 mai à 8h ½ 

Petite chérie, ton Georges est bien malheureux ce matin, car il pleure la mort de ma petite Paulette. Je veux t’écrire un peu, car je me dis que cela me fera du bien.

Il y a deux ans – déjà deux ans, et que de choses depuis… Paulette, assise sur son lit, me chantait une petite chanson de gosse pour se prouver qu’elle n’était pas malade, car elle venait de vomir son café au lait.

Moi, assis devant elle, sur la descente de lit, je l’écoutais et j’étais heureux. Elle s’arrête brusquement au milieu de sa chanson pousse un cri, et me dit: «Georges, j’ai mal ! », et en même temps elle portait sa main à l’estomac. Puis elle criait « Oh! Georg… »  et tombait sur le lit. Tu me vois, mon petit, je n’insiste pas d’avantage car ce souvenir me rend trop malheureux… Ma vie avec Paulette était finie, et j’étais loin de me douter que je retrouverai un jour le bonheur que je venais de perdre si brutalement.

Tu sais ma mignonne jolie, que Paulette était gentille, douce, affectueuse, et gaie et qu’elle me rendrait  bien heureux. Je me demandais parfois, tant j’étais heureux, si ce n’était pas un rêve que je faisais… Elle aussi était heureuse, et elle ne demandait qu’à vivre !!

Sa mort aurait dû me rendre sage et plus gentil que je l’étais auparavant. J’ai glissé sur une mauvaise pente, entraîné par ma douleur que je voulais noyer, et j’ai été un sot. J’ai essayé de m’étourdir en buvant et avec des femmes, dont quelques-unes peu recommandables. Je n’ai fait que m’abrutir davantage. J’ai connu une jeune fille que je n’aimais pas, mais je croyais encore tenir le bonheur, ou plutôt me raccrocher à un soutien, car je ne me confiais pas à mes parents. Ce fut là ma grande faute, et tu sais toi-même les difficultés que j’ai eues le jour où il a fallu tout rompre.

Je t’ai rencontrée un jour, petite chérie, et peu à peu je me suis pris à t’aimer et à te vouloir pour femme. J’avais un idéal: je t’aimais, je devenais peu à peu heureux. Marié avec toi, je t’ai de plus en plus appréciée, malgré quelques petites accroches dues à mon mauvais caractère, aigri d’ailleurs par mes souffrances.

Et maintenant, petite aimée, je suis heureux, bien heureux même car je sais que j’ai retrouvé en toi beaucoup de celle que j’avais perdue. Tu es brave avec moi, gentille et bonne, et je t’aime, ma mienne. Il me tarde d’avoir notre petit bébé. Nous l’aimerons et nous serons encore plus heureux, tu verras ! Et moi, je te promets de faire mon possible pour te rendre heureuse comme l’était Paulette il y a deux ans !

Aa revoir mignonne jolie à tout à l’heure, que ma lettre ne te fasse pas de peine, mais qu’au contraire elle te dise combien je t’aime et je te suis reconnaissant d’avoir tout fait pour me faire oublier ma pauvre femme qu’on n’oublie pas mais qui me paraît pourtant lointaine, déjà bien lointaine.

Retour

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *