L’autre Paulette Blanchard

Dans les années quatre-vingt, à Pramousquier, une dizaine d’année avant la mort de son mari, Yvonne s’était confiée à Anne-Marie. Son mari avait été marié une première fois avant de l’épouser. Sa première épouse était décédée et il en avait beaucoup souffert. Cette nouvelle est restée entre nous, sans que l’on sache qu’en faire.

À sa mort, ses enfants l’ont découvert à leur tour, par le biais d’une inscription, en marge de son acte de naissance. Les dates, le nom de la mariée. Céline Charlotte Paule Roche. Paulette a compris alors d’où elle tirait son prénom. Elle a compris pourquoi des livres, dans son enfance, portaient manuscrit le prénom Paule.

Une jeune femme, un nom, une date de naissance. Née en 1905, mariée en août 1927 à vingt-deux ans, décédée en mai 1928 à vingt-trois ans. Une existence météoritique, quelques mois de mariage, rien d’autre.

Mamie avait dit à Anne-Marie qu’elle en avait souffert, du poids de cette absente, pendant ses premières années de mariage. Une photo de cette jeune femme était exposée dans sa chambre, sur la table de nuit, que Georges a fini par retirer le jour où il a cru revivre cette perte. C’était la dernière trace de cette jeune femme.

Elle a découvert à la mort de papi, en lui retirant son alliance, qu’il avait réutilisé pour leur mariage celle gravée pour son premier mariage, sans qu’elle le sache… En effet, l’alliance de papi était gravée à l’intérieur avec les initiales PR et GB et la date du 31 août 1927. Ça a été un choc pour elle… 

Depuis, ma grand-mère est partie et j’ai aujourd’hui récupéré les photos, les courriers qu’elle conservait. Parmi les photos, j’en avais repéré une de leur chambre il y a quelques années, sur laquelle on voit un cadre posé sur la table de nuit. J’ai imaginé que c’était cette Paule dont on distinguait une silhouette.

Ces temps-ci, dans la masse de photos récemment récupérées à Hyères, j’ai trouvé deux photos d’une inconnue. En comparant une des deux photos à la photographie de la chambre datée de 1930 ou 1931, j’ai acquis la conviction que c’était bien la même photo, la même personne.

Pour compléter ces informations qui font revivre cette inconnue qui ne nous est rien sinon d’avoir énormément compté pour notre grand-père, j’ai trouvé dans les courriers les plus anciens que ma grand-mère avait gardés, une lettre de 1930 où il évoque cette première épouse, ses derniers mots.

Il l’appelait Paulette.

Une dernière information sur cette jeune femme. Elle a été inhumée dans le caveau familial Croze-Blanchard, situé dans un des cimetières de Vals.

J’ai collecté quelques informations sur la famille de cette jeune femme, qui n’a pas eu une vie toute simple, elle non plus.

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