Petit poulet de moi. J’ai beaucoup de nouvelles à t’annoncer, d’abord que je t’aime bien et que je veux que tu penses bien à moi.

Et puis, 1° que j’ai fait un bon voyage ce matin et en passant à Chomérac j’ai rencontré ton oncle Fernand avec qui j’ai bu le rhum. J’ai mis à peu près trois quarts d’heure pour venir, car j’ai marché un peu vite.

2° que j’ai reçu une charmante lettre du commissaire de police de Valence. Je te la joins, tu me la rendras jeudi. Tu vois qu’il y a toujours moyen de s’arranger.

3° que j’ai mangé un gros plat de fraises à midi

4° que j’ai oublié chez toi des lettres pour les journaux. Veux-tu m’en porter une à l’imprimerie de l’Ancien Combattant près de chez Rigaud, et une à l’imprimerie Loubarie.

5° que j’ai reçu une lettre d’un type qui voudrait acheter ma moto. Trop tard hélas.

6° que j’ai bien sommeil.

7° que j’ai fait une gaffe formidable. Le Contrôleur du Teil est venu à la mairie et j’ai oublié de convoquer les répartiteurs. Tout le monde était là sauf les gens indispensables. Tu parles d’un nez que j’ai fait. Perrin m’a pressé un petit poil et j’ai dû lui promettre de faire son budget pour samedi. Aussi à qui la faute? Je ne pense plus qu’à toi depuis quelque temps !

8° je ne viendrai pas demain soir, seulement jeudi matin. J’en profiterai pour travailler encore à mon budget. S’il faisait trop chaud jeudi je prendrai le train pour arriver à Privas à 1 h moins le quart. Mais je crois bien que j’arriverai en vélo. S’il pleut je prendrai le train de 1 h.

9° que je vais écrire à la Manufacture de Saint-Etienne pour acheter un vélo très chic à 750 francs, à condition toutefois qu’elle veuille en accepter le paiement pour le mois d’août, c’est-à-dire au moment où Galaud me paiera. Comme cela je serai tranquille, car j’ai absolument besoin d’un moyen de locomotion quelconque.

10° que je t’aime encore beaucoup et que je voudrais bien te serrer bien fort dans mes bras en te faisant beaucoup de minous.

11° que je veux que tu apprennes bien à faire la cuisine

12° et enfin ce qui te fera bien plaisir, que je t’ai acheté ce matin un dictionnaire ménager Larousse (au voyageur qui est venu me voir), à 195 francs où l’on trouve tous les renseignements dont on peut avoir besoin dans un ménage. Cela complètera le dictionnaire médical que je possède et c’est pour toi que je l’ai acheté.
Pense à mon budget tu seras bien mignonne, pas chérie ?
Et ton petit minet, comment va-t-il ?
Bonjour à ta maman et à jeudi.

Mille minous de ton grand de toi.

Petit poulet de moi, je suis complètement flapi et il me tarde bien d’être à ce soir pour roupiller un peu. Et toi ? tu n’avais pas l’air plus solide que moi ce matin, et une nuit de repos te fera du bien, pas poulet ?

Es-tu bien contente de ta journée d’hier ? Il faudra me dire quelle est l’impression que t’ont produit mon papa et ma maman. Tu verras que tu les aimeras bien tous les deux et qu’ils te gâteront bien. Bientôt va, nous serons mariés. Dis donc et si on se mariait quelques jours avant Simone je crois le 21 août, si on se mariait le 24 seulement c’est un samedi et à cause de cela c’est impossible. Nous en parlerons demain, pas mignonne?

Fais m’y penser, veux-tu ? Il faut bien se décider maintenant car nous n’avons que deux jours et ma période n’arrange guère la sauce. Voyons, nous pourrions nous marier le 28 ou le 29 août, de telle façon que Simone et Gustave puissent assister à notre mariage, ou alors solution la plus simple, qui nous évitera d’inviter du monde, le même jour qu’eux, c’est-à-dire le 27 août. Réfléchis un peu à cela et nous en reparlerons. (*)

Vers 6 heures, je descendrai à la poste pour souper avec le facteur. J’en profiterai pour poster la lettre au train afin que tu l’aies demain matin. Et toi, pourras-tu écrire un peu à ton grand de toi ? Je le voudrais bien tu sais car j’aime bien avoir une lettre de mon poulet.

Pour le 7 juillet, je crois avoir trouvé une combine pour aller à la pêche avec mon cousin. Je vais écrire à la direction de l’EN qui est mon inspecteur, pour lui demander de bien vouloir m’autoriser à m’absenter le samedi après-midi 6 juillet et le lundi matin 8 juillet pour une raison quelconque, par exemple nos fiançailles à Vals. Et alors je pourrais partir à l’autobus de 4 heures pour revenir le lundi matin ou le dimanche à l’autobus de Valence. Tu viendras avec moi le samedi soir et tu coucheras à l’hôtel à Vals, car nous n’avons pas de chambre disponible à cause des ouvriers de mon père. Nous passerons la soirée à Vals du samedi ensemble et celle du dimanche. Moi, je me sauverai toute la journée du dimanche avec mon cousin, et je regrette que tu ne puisses pas venir avec nous, mais son auto est bien trop petite et nous serons quatre, à moins que Gustave veuille venir avec nous. Parles-en à Simone en lui écrivant. On « rigolerait » un bon peu, tu sais.

Sinon tu resteras avec maman et tu lui aideras à servir au magasin, tu verras si elle sera contente de toi, et vous en raconterez des choses… Je vois cela d’ici. 

Heureusement que les vacances approchent vite. Je commence à en avoir assez de faire la classe : encore, si quelqu’un ??? était avec moi, tout irait bien. Vivement le mois d’octobre, pas poulet ?

Dis à ta maman de ne pas se déranger pour faire ma chambre. Je la ferai bien moi-même va. Non plus, je ne veux pas qu’elle m’achète une chemise ou alors elle serait trop brave avec moi. Et M. Gay lui as-tu parlé du vélo ? Je voudrais bien pouvoir m’en servir mercredi matin, car Chanteperdrix ne doit pas être bien content que je lui prenne le sien. 

Pense un peu à mon cousin Eugène ! Si tu voyais quel bon vivant il est. On s’en fait pas tous les deux tu sais.

Et demain soir, petit poulet. Viens m’attendre à la gare, tu me feras plaisir. Il me tarde bien d’y être et de te faire beaucoup beaucoup de minous. 

Je t’aime bien ma chérie, et je te serre bien fort dans les bras.

Ton grand de toi.

As-tu pensé à écrire à notre maman de Vals?

[Bonjour aux petits Raphanel, embrasse-les pour moi.]

Mon petit poulet, j’ai bien chaud et je n’ai pas beaucoup de courage. Mais je veux que tu aies ma lettre demain matin afin que tu sois bien contente. As-tu reçu ma lettre ce matin ? et es-tu contente de ton grand de toi ?

Hier soir, je suis revenu vers onze heures moins le quart, mais je n’y voyais rien du tout, et j’ai marché tout le long à vingt à l’heure à peine. À un endroit même, un peu plus loin que Chomérac, j’ai monté sur un tas de cailloux avec la moto et j’en suis redescendu sans me tomber. Mais j’ai eu un peu peur, tu sais ?

Allons, entendu pour dimanche, pas ? Prenez le train de Privas à 10 h 19 et venez directement chez moi. Je ne pourrai pas aller vous attendre à la gare à cause du travail à la mairie le dimanche matin. Je vous préparerai en revanche un bon café, et nous préparerons ensemble le dîner, ou plutôt c’est toi qui le prépareras, comme chez toi, pas mignonne ? Quelle bonne journée nous allons passer, dis.
Nous ne serons pas tous les deux seuls, mais nous serons chez nous, et nous ferons comme si c’était nous deux qui invitions les petites Raphanel. À propos donne-leur le bonjour de ma part, et demande-leur si elles ont digéré la limonade.

Ce soir donc je partirai pour Vals et passerai devant ton sanctuaire à 5 h et quart. Tu viendras me dire bonjour, pas poulet ? Et puis je n’en reviendrai que vendredi matin. Le soir, j’irai te voir, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour mettre nos invités à la porte le plus vite possible. Pourvu que je puisse arriver à six heures.

Dis, petite mignonne, je suis bien bien content d’être resté plus longtemps hier soir. Je t’aime beaucoup, ma chérie, et je veux que tu en sois bien persuadée. Tu seras heureuse avec moi, va, et je sais que tu feras tout pour que je le sois, pas vrai?

Mes gosses m’ont apporté ce matin un joli bouquet de roses, tu sais, qui sent rudement bon. Je voudrais bien t’en donner une, peut-être ce soir si je te vois.

Le facteur vient de rentrer et de m’apporter encore des renseignements sur deux ou trois postes d’instituteur. J’ai aussi une carte de Lapierre, très longuement rédigée : « Je t’en serre cinq » me dit-il et c’est tout. Moi je trouve que c’est suffisant, car au moment où il fait cette carte, cela me prouve qu’il pense à moi.

Ma chérie, n’oublie pas de m’écrire demain une longue lettre, tu me feras bien, bien plaisir.Je t’embrasse mille fois, bien affectueusement, comme je t’aime,
ton grand de toi.

Petit poulet, ton Georges est bien content de la soirée que nous avons passée hier ensemble. J’en garde d’ailleurs un souvenir au pied. Figure-toi que ce matin, en me levant, je ne pouvais pas poser le pied à terre tellement il me faisait mal. En marchant, cela va un peu mieux, mais je ne sais pas si je pourrai aller à Privas ce soir, et puis j’ai peur qu’il pleuve.

Je voudrais bien pourtant aller te voir. Enfin, si je ne vais pas à Privas, ma lettre te tranquillisera demain, et si j’y vais elle te fera bien plaisir quand même, car je me garderai bien de te dire que je t’ai écrit.

Pour dimanche, je veux absolument que tu viennes me voir avec les petits Raphanel. Redis-le à ta maman, et dis-lui que c’est moi qui ai dit de le lui demander. Maintenant qu’elle me connaît, elle ne pourra pas te le refuser.

Pense un peu à notre escapade au Pouzin ? Et à ce retour en moto ? Sous les yeux de ta mère encore ! As-tu digéré la mauvaise route ? Et à quand la prochaine balade en moto?

À dimanche donc : prenez le train de 10 h, ne le manquez pas au moins, et ne fais pas de l’œil aux Normaliens qui y seront, c’est promis pas. Je ne crois pas pouvoir aller vous attendre à la gare, peut-être que si. Venez même s’il pleut, car je vous attendrai, ne l’oubliez pas.

Ah dis ! tu seras bien brave de me prendre quelques gâteaux frais à la pâtisserie Vialle. Nous les mangerons volontiers. Lorsqu’il y aura un autre concert, il faudra m’avertir, pas poulet ? Et nous tâcherons d’avoir cent sous de reste, ce jour-là afin de pouvoir aller au café.

Il me tarde bien d’être à ce soir pour savoir si je pourrai aller te voir. Pourvu qu’il ne pleuve pas et que mon pied ne fasse pas trop mal !

J’oubliais de te dire qu’hier soir j’ai crevé à Alissas, et il m’a fallu gonfler tous les kilomètres pour pouvoir rentrer à St-Lager vers une heure du matin.
J’ai sommeil ce matin, aussi tu sais et je suis flapi.

Peut-être à ce soir. Ton Georges me prie de te dire qu’il t’aime beaucoup et il te fait une quantité industrielle de minous.

Ton grand de toi.

Petite chérie, pardonne-moi de ne pas t’avoir écrit hier. J’ai eu l’inspecteur tout le matin (ça s’est d’ailleurs très bien passé), et le soir j’ai été dérangé par un gendarme de Vals qui est venu me voir et m’a emmené souper chez lui à Brune. J’étais bien ennuyé à la pensée de la peine que tu allais avoir ce matin, mais vrai je ne pouvais pas. Je te verrai ce soir, ma mignonne, et je suis sûr que tu me pardonneras parce que tu m’aimes bien et que tu sais que je ne veux pas te faire de peine.

Et toi, as-tu pensé à m’écrire hier au soir ? J’attends le facteur avec beaucoup d’impatience pour vite lire la lettre de mon poulet. Ce matin je me suis levé à 6 heures pour faire subir à ma moto un bon nettoyage. Si tu voyais comme elle brille maintenant ! Elle vaut 4 sous de plus.

Je ne veux pas que tu sois ennuyée aujourd’hui parce que tu n’as pas eu de lettre de ton grand. Je te dis que je t’aime bien beaucoup et voilà. Et toi dis, mignonne. M’aimes tu beaucoup ? Tu me diras comment  ce soir pas ma chérie ? En passant tes 2 jolies pattes autour de mon cou…

Dis, ne trouves-tu pas que notre après-midi de dimanche a bien vite passé ? Plus vite que les autres, il me semble même. Donne le bonjour à ta maman en lui faisant bien comprendre pourquoi je ne puis pas encore aller la trouver.

Demain je pars à Vals et je ne reviendrai sans doute que vendredi matin, car j’aurais trop le cafard si je rentrais le même soir. Maintenant il me tarde bien d’être à ce soir 6 heures, quoique j’aie bien peur que tu me grondes un petit peu…

Ta cousine Simone a demandé de mes nouvelles et m’a fait envoyer le bonjour par madame Robert de Meysse. A quand ce retour à St Lager ? Il faut vite organiser ça pas poulet car nous serons alors trop heureux, n’est-ce pas ton avis, mignonne ? C’est une petite vue que l’on prend pour notre vie de plus tard.

Je te quitte ma chérie, et je te dis à ce soir.
Bons baisers de moi

{en marge : Moi non plus je ne te dirai pas ce soir
que je t’ai écrit, au contraire, comme cela tu seras plus contente…}

Petite chérie, tu vois que je tiens mes promesses, seulement ma lettre ne sera pas bien longue parce que nous venons juste de nous lever, et nous voulons partir d’assez bonne heure à Vals. Mon frère commence déjà à râler parce que je le fais attendre.
Mais à la place, petite mignonne, je te promets une autre lettre dès demain, que tu auras samedi matin.

Cela ne m’empêche d’ailleurs pas de te demander une longue lettre que je veux recevoir demain, dans laquelle je veux que tu me dises comment tu m’aimes.

Lucien m’a dit que tu avais l’air bien gentille. (Je lui ai d’ailleurs dit qu’il se trompait bougrement) et que tu lui rappelais un peu Paulette.

Demain soir je n’irai pas te voir, mon poulet. Ne m’en veux pas mais j’ai beaucoup de travail en retard, dans ma classe et à la mairie surtout à cause de l’électrification et je ne veux pas que cela dure… J’en profiterai pour bien travailler de 4 h à 8 h.

Et puis samedi nous passerons un moment ensemble. Et surtout dimanche je veux passer l’après-midi avec toi. Fais tout ton possible pour qu’il en soit ainsi et je t’aimerai beaucoup, pas mignonne ? Dis poulet, ton Georges m’a dit de te dire qu’il t’aimait beaucoup. Et toi, dis-lui un peu comment tu l’aimes.

Oh! que je voudrais t’avoir à côté de moi !
Demain matin à 7 h je passerai devant chez toi. Et ce soir, pense à m’écrire une longue lettre. Et puis peut-être une autre demain : que je le voudrais !

Au revoir, ma chérie. Mille caresses de ton grand de toi, rien que de toi.

Georges

Petit poulet, il pleut beaucoup aujourd’hui et heureusement que je n’ai pas décidé d’aller te voir ce soir, sans quoi je serais bien ennuyé, tu sais.

Mais mes invités viendront-ils seulement ? J’ai reçu une carte de Maurin de La Voulte m’indiquant qu’il ne pouvait pas venir.

Il n’y a donc plus que M. et Mme Amand de Freyssenet et leur gosse. Mais pourvu que le mauvais temps ne les empêche pas de descendre. Si encore ils avaient la bonne idée de me prévenir assez tôt je prendrais le train de 5 h ½ et je coucherais à Privas ce soir, puisque demain c’est jeudi. Mais je ne peux pas le faire, car tu ne vois pas qu’ils se radinent, si je n’étais pas là.

Demain s’il pleut, je ne sais pas trop ce que je ferai. Ou plutôt, si, je prendrai le train de midi qui arrive à Privas à 1 h moins le quart, et je repartirai à 6 h ½ (*).

Tu viendrais donc m’attendre à la gare, pas c’est promis ? Mais seulement s’il pleut, car s’il fait beau je n’irai pas à la pêche et j’irai prendre le café chez toi à 1 heure. Tu m’attendras alors, pas poulet? Je t’aime beaucoup, ma petite mignonne, et il me tarde bien que nous soyons réunis pour toujours. Et à toi, dis, ma chérie? Vois-tu, si tu veux, nous nous marierons au mois de juillet, mais alors il faudra supporter une petite séparation de vingt jours pendant ma période militaire. C’est pourquoi je crois qu’il vaut mieux attendre qu’on soit libéré de ce petit souci.

Quand même, dis, je pense que j’avais promis à Escouffier d’aider à vendanger en septembre à ses parents et qu’à cause de toi… je n’irai pas !

Ce matin j’ai écrit à maman. Sans doute ne tardera-t-elle pas à écrire chez toi car dès qu’elle reçoit une lettre, il faut qu’elle y réponde. Tu me diras ce qu’elle raconte, dis?

Dis petit diable, sais-tu que tu étais jolie toute plein à ton réveil ce matin et que je t’aurais dévorée de minous. Il me tarde bien de te voir dormir à côté de moi tu sais ma mignonne. Je passerai mon bras sur ton petit cou, comme lorsque nous sommes revenus de Largentière et tu verras si nous serons bien.

As-tu écrit à Simone ce matin ? Dis donc je pense que dimanche cela ne me sera pas bien commode de dîner au Ruissol à cause de la réunion du conseil municipal qu’on finira pas avant midi. À moins que nous ne mangions pas avant midi et demi ou 1 heure et alors je monterai là-haut en moto directement. Je te prendrai même si tu le veux en passant pour que tu puisses me montrer la maison, car je ne sais pas où elle se trouve. Évidemment, tout ça dans le cas seulement où Simone et Tatave viendront. Dans le cas contraire, réunion à St-Lager, tu peux en parler déjà aux petites Raphanel. C’est encore, je crois, la solution qui me plairait le plus. et à toi, dis, ma chérie ?

À moins que nous partions tous les deux seuls après midi en moto et que nous venions passer l’après-midi chez moi, tous les deux seuls. Dis qu’en penses tu mignonne de moi ? Ne crois-tu pas que ce serait la meilleure solution de toutes ?

Tu sais, ma chérie, je veux que tu m’aimes toujours beaucoup, beaucoup, tu verras si nous serons heureux tous les deux, va. Moi, je t’aime et même, il faut que je te dise que j’ai connu quelques jeunes filles depuis que je n’ai plus Paulette. Une en particulier, que je croyais aimer et qui, j’en suis certain, m’aimait beaucoup, du moins à sa façon. Je l’ai laissée bien de côté, et je sais qu’elle est bien ennuyée de me voir aller vers toi car elle m’aurait voulu pour mari. Mais moi, je veux être tout à ma petite Vonvon, et si c’est elle que j’ai choisie, c’est que je l’aime bien beaucoup, et que je suis certain que nous serons heureux tous deux malgré quelques petits soucis de début. Aie confiance en ton Georges, ma mienne, je suis certain que je t’aimerai comme j’ai aimé Paulette.

Et demain, mon petit poulet de moi, à 1 h moins le quart, avec le train s’il pleut, en moto s’il fait beau, évidemment sauf imprévu.

Dis, m’as-tu entendu partir ce matin ? J’ai bien couiné un petit peu devant la Trésorerie mais la fenêtre était fermée et je crois bien que le poulet n’a rien entendu.

Que je serai content si j’avais une lettre demain !

Mille baisers bien affectueux de ton grand de toi qui t’aimera toujours beaucoup.

Petit poulet, un petit mot pour te dire encore que je t’aime bien et pour que demain matin je te donne encore l’occasion de penser à moi.

Es-tu bien sage à Privas ? Moi, il me tarde d’être à demain pour passer encore quelques minutes avec toi. Et puis samedi prochain, il faut absolument que tu viennes me voir chez moi.
J’irai t’attendre à 7 h ½, au train et ou bien je partirai avec toi jusqu’à Meysse comme on l’a décidé l’autre dimanche ou bien je te ferai descendre, tu viens avec moi à l’école, qui est à 3 ou 400 mètres, et nous partirons vers 9 h en moto à Meysse ou en auto d’ici, ce n’est qu’à 7 km. Par conséquent pas loin et nous arriverons comme le train là-bas. Choisis, mais je veux que tu viennes me voir soit le samedi, soit le dimanche.

J’ai eu une carte de Boyer ce matin, je te la joins. Tu vois comme il est marrant : il est tout de même bien brave de penser à moi. As-tu pensé à m’écrire aujourd’hui ?

À demain, pas, ma chérie ? Bien des minous de ton grand

Moi

[en marge : Pense à ma commission auprès de M. Buffaud : assurance de 10000 francs, mixte, pour 30 ans.]

Bonjour Yvonne, quelques mots pendant ma récréation puisque je te l’ai promis hier.

As-tu bien dormi et as-tu bien pensé à ton Georges ? Et ce matin, penses-tu à m’envoyer un petit mot ?

Hier soir, je suis vite parti de Privas sans même souper car Danetti n’était pas chez lui et en arrivant à St-Lager l’adjoint au maire m’attendait pour me payer à souper avec Chamontin. Nous nous sommes encore couchés à minuit : il me tarde que Chamontin soit parti pour que je puisse me reposer un peu.

Allons, entendu pour demain. J’arriverai à Privas vers 1 heure et t’attendrai sur l’Esplanade entre 1 h et 1 h ½. Fais l’impossible pour venir passer l’après-midi avec ton Georges. Veux-tu, mignonne ?

S’il pleut demain, je viendrai au train de 1 h et t’attendrai chez Riffoud jusqu’à 2 h moins ¼ ou 2 h.

Donc de toute façon je te dis à demain…

C’est ce soir qu’arrivent tous mes invités et je suis effrayé à la pensée du nombre de personnes qui seront chez moi. Ah ! si tu pouvais venir, comme je serais heureux ! Enfin, combine vite une visite à St-Lager et nous nous amuserons un peu.

Et puis je ne veux pas que tu sois ennuyée par ce que peut te raconter ta maman. Je t’aime bien et je veux que tu ne doutes pas du tout de moi. 

Au revoir, mon Yvonne chérie, ton Georges te fait beaucoup beaucoup de caresses et te serre bien fort dans ses bras.

à demain

moi

Je change d’enveloppe !

Petit poulet, je te commence ma lettre à huit heures moins le quart, en attendant l’arrivée de mes gosses. Chamontin roupille encore et je me demande ce que je vais bien pouvoir dire à mes gosses toute cette journée. 

Et puis mes affaires ne sont pas encore arrivées et Chamontin a fait partir toutes les siennes, si bien que nous avons dû nous coucher sans draps ni couvertures, sur un lit de l’école, et que j’ai bien mal dormi.

Hier soir, il y avait réunion du Conseil et nous nous sommes paillotés à minuit. Je suis mort ce matin, et je voudrais bien me laver, mais je n’ai ni serviettes, ni savon.

Il me tarde bien d’être à demain pour aller un peu voir mon poulet à Privas. Hier j’ai été bien content de passer un petit moment avec toi.

En venant j’ai attrapé une rincée magistrale que ton petit Jésus ne m’a pas évité. Sans doute qu’il n’a pas voulu t’écouter.

10 h ¼ Et voilà, je suis dans ma classe et je ne m’en tire pas trop mal.
J’ai 26 gosses (famille nombreuse) le plus jeune a 6 ans et le plus âgé 15 ans. Ils me paraissent tous bien gentils. Ah ! si ma mignonne était avec moi, comme je serais complètement heureux !
Dis, petite chérie, j’ai peur qu’il fasse mauvais encore et pourtant je voudrais bien voir ma mignonne. Et dimanche, pourrons-nous nous voir ? Iras-tu au ciné demain soir ?

Peut-être que j’aurai une lettre demain, de toi ? Que je le voudrais !

Je t’aime bien, mon poulet, et je veux que tu penses bien à ton Georges. 

À demain. Excuse la brièveté de ma lettre mais, ce premier jour, je suis assez occupé.

Bien des gros minous de ton grand

Georges