Petite chérie, tu vois que je tiens ma promesse et que je viens vite t’écrire encore ce matin, en attendant ta lettre d’hier qu’il me tarde bien de recevoir. M’as-tu vu passer ce matin à 7 h moins 5 à Privas ? Ta fenêtre était entrouverte mais je n’ai rien pu voir.
Hier nous sommes partis d’ici à 11 h et nous sommes allés dîner à Lachamp-Raphaël avec Lucien. Cela nous a pris entre Privas et l’Escrinet, nous avons décidé d’abord d’aller à Vals par Mézilhac, puis une fois arrivés là-haut nous avons poussé jusqu’à Lachamp-Raphaël.
Nous sommes descendus par Usclade-et-Rieutord, et j’ai revu avec beaucoup d’émotion les endroits où j’ai passé de si doux moments avec ma Paulette et aussi de si cruels. J’ai revu cette école où nous avons habité ensemble de longs mois d’hiver. Il y a un an encore, nous étions ensemble là-haut. Lucien était avec nous et c’est à ce moment-là que nous avons pris les photos que j’ai pu te montrer.
Jeudi prochain, il y aura un an qu’elle est morte. Je veux aller ce jour-là à Vals…
Nous sommes arrivés à Vals à 6 h moins le quart. J’ai trouvé ma mère bien changée et cela m’inquiète bien un peu. Elle suit un régime très très sévère, mais je ne sais pas si cela lui fera beaucoup de bien.
Et toi, petite chérie, qu’as-tu fait hier soir à 6 heures ? As-tu pensé à m’envoyer une longue lettre ? Tu sais que je t’aime beaucoup, beaucoup, ma chérie !
Je voudrais bien aller te voir ce soir à Privas, peut-être d’ailleurs qu’au dernier moment je me déciderai ainsi, mais vrai j’ai beaucoup trop de travail à la mairie en ce moment, et il me faudrait bien aller trouver quelques types d’ici pour ce travail. Ne m’en veux pas, ma mignonne, ce sera pour demain soir et pour dimanche toute l’après-midi. Tu sais, il faut me la réserver cette après-midi, ou je ferai les ombres sans cela, pas poulet ?
Dans quelques instants, la séance de vaccination va commencer. Ils m’ennuient tous ces gens-là, car ils m’empêchent de préparer mon dîner et de faire la vaisselle de mardi qui n’est pas encore faite. Je vois au loin le facteur : vite qu’il me donne ta lettre et je serai bien content, car je sais que tu vas me dire que tu aimes bien ton Georges.
À demain, ma chérie, peut-être à ce soir, mais je ne le crois pas.
Mille baisers bien affectueux de ton grand.



















