Mon cher petit chéri, ce soir je suis encore dans un nouveau village dont je ne puis me mettre le nom dans le crâne. Les opérations continuent mais le froid, la pluie et le brouillard sont loin d’être agréables : vite la fin de tout cela qu’on aille au repos et que je puisse t’écrire tranquillement et plus longuement. J’ai reçu aujourd’hui ta lettre du 20 novembre merci petit chéri de m’écrire toujours longuement et de me donner beaucoup de détails sur votre vie que je voudrais bien partager en ce moment avec vous. J’ai oublié l’autre jour de féliciter ma petite Lulu pour le bien qu’elle avait obtenu en même temps que Paulette, félicitations maintenant et que cela continue n’est-ce pas ? 

Tu me demandes ce que je fais, je vais essayer de te le faire comprendre. Je commande la Compagnie de Commandement d’un régiment et à ce titre, je ne me bats pas moi-même quoique je sois en première ligne assez souvent où je fais des liaisons en jeep ou par radio d’un régiment à l’autre, sur des routes parfois bombardées et quelquefois bien peu sûres. J’ai une section de 70 soldats qui se bat elle mais elle est commandée directement par un sous-lieutenant. En plus de cela j’ai un atelier de dépannage auto, des secrétaires, des vaguemestres etc. etc. qui sont toujours à deux ou trois kilomètres à l’arrière du front et je vais de l’un à l’autre, dirigeant et coordonnant le tout. Il faut par exemple que je m’occupe que les gars de chez moi qui se battent reçoivent leur ravitaillement à tous moments, qu’une arme détruite soit immédiatement remplacée, etc., etc. Ce soir je suis à mon PC arrière et demain matin à 7 h je repars avec Guy à l’avant où je resterai sans doute plusieurs jours, pour faire des liaisons entre des unités au combat. Et voilà mon emploi qui m’occupe d’ailleurs pas mal.

Tout cela ne vaut pas notre petite vie bien calme et toujours la même, la meilleure crois-moi. Pour ta poussette de notre petit monsieur, je ne sais que te conseiller : c’est formidable le prix de cela et je trouve qu’au Maroc le marché noir est bien embêtant. Achètes-en une quand même à moins d’en trouver une d’occasion, mais il ne faut pas que monsieur soit privé de promenades pour cela. Demain je vous envoie un mandat de 5000 francs pour vos étrennes : dépensez-les tous pour ce que tu voudras car il m’est impossible d’acheter quoi que ce soit en ce moment. Ce sera votre Noël et vos étrennes et quand j’aurai l’occasion de vous trouver quelque chose, vous ne perdrez rien pour attendre.Guy est à côté de moi et écrit à sa mère qui m’a déjà envoyé deux lettres me demandant de ses nouvelles alors que lui n’avait pas encore écrit. Je lui ai promis huit jours de prison s’il ne le faisait pas ce soir et tu rirais de le voir sécher sur sa feuille de papier. Depuis quelque temps je ne numérote plus mes lettres car je me suis perdu mais je recommence au numéro 1. Je m’arrête et je continuerai à vous envoyer souvent des petits mots ces jours-ci en attendant que j’aie plus de temps pour écrire. Une grosse bise à tous et les meilleurs pour toi de ton…

Ge

Mon cher petit poulet, un mot en vitesse car depuis deux jours nous sommes dans la bagarre et je tombe de fatigue. Je vais bien quand même et c’est l’essentiel. Nous avons quitté cette grande ville de S… pour aller vers le sud, Guy et moi sur ma jeep, Henri et quelques camarades sur mon auto-mitrailleuse derrière. Tout va bien presque à présent et même la chance nous sourit puisque après-midi, au cours d’un arrêt sur route, deux obus sont tombés à moins de 50 mètres de nous… sans éclater !

Demain matin à 7 h nous reprenons notre course en avant et j’espère que dans quelques jours on pourra aller au vrai repos. Soigne-toi très bien ainsi que les petites et Jean-François, n’aie aucun souci pour moi, car je veux vite vous revoir et n’ai aucune envie de faire le fou. Je ne souhaite maintenant qu’une chose : que tout soit fini au plus tôt, et que je puisse enfin te gâter comme je le désire. Rien de Clifford.

Je vous embrasse tous les cinq mille fois comme je vous aime : je vais essayer de dormir quelques heures au moins. Encore une grosse bise.

Ge

Mon cher petit chéri.

En ce moment les mitrailleurs et canons contre avions crépitent de toute part et nous rappellent tristement que c’est la guerre, mais je suis content tout de même car je viens de recevoir deux récentes lettres de Safi, celle de toi du 17 et celle de ma grande Paulette du 19. Félicitations pour la belle mention obtenue cette semaine et pour le 10 en composition d’orthographe de ma Jacquou. Comment va ta gorge ? Tu as dû attraper une bonne petite grippe et telle que je te connais, je suis bien sûr que tu n’as pas dû bien te soigner. J’espère que c’est fini maintenant.

Excuse toujours la brièveté de mes lettres, c’est le front ici et mes occupations et appréhensions m’empêchent d’être ce que je suis d’habitude. Aujourd’hui j’ai assisté cependant à une bien belle manifestation : celle du baptême d’une place de S…g (Place Kleber) avec le général Leclerc et une foule nouvelle qui chantait la Marseillaise et « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », pendant que le D.C.A. tirait sans arrêt et pas pour rire. Pendant que je te fais ce mot Guy, Henri, Charlot et le lieutenant de Bodard sont autour de moi près du feu et on se demande ensemble si on va dormir à la cave ou dans un lit. Il me tarde tout de même de dormir une nuit sans arrêt… Enfin, c’est la guerre et vite que je vous retrouve tous et comme tu dis on se rattrapera et je te gâterai bien. As-tu enfin reçu mes paquets ? Demain je ferai un mot à Vals et à Privas et je t’écrirai encore quelques lignes. Toi ne tiens pas compte de la longueur de mes lettres pour me répondre, je me rattraperai plus tard. Une grosse caresse à tous et soignez-vous bien pour ne pas prendre froid, toi surtout petit poulet qui ne fait pas assez attention à toi. Une grosse bise encore.

Ge

Mon cher chéri.
Strasbourg, maintenant on peut bien le dire, puisque la radio crie partout que nous sommes ici, mais je suis à plat n’ayant pour ainsi dire pas dormi la nuit dernière. Je crois fort qu’il va en être de même cette nuit. Nous avons dégoté ici encore de superbes appartements abandonnés à la hâte par les boches, à côté un café appartenant à un nazi où nous puisons la bière à volonté et à l’œil. Tout serait parfait si nous ne devions pas coucher à la cave sur des chaises car la place manque. Mais enfin « c’est la guerre » et il est déjà bien assez formidable que nous soyons ici. La population nous a chaleureusement accueillis, mieux que dans les précédentes localités, mais rien ne vaut l’accueil qu’on avait eu à Paris. Enfin l’avance a été dure mais le Rhin est là et la bochie tout près ! Mon moral reste bon, Guy et Henri sont épatants et gonflés à bloc et tout va bien de ce côté. Et toi aussi tu dois penser à tout cela en écoutant la radio.

J’ai reçu tes lettres des 12 et 13 novembre, toutes deux si gentilles et qui m’ont fait un bien grand plaisir. Je n’en reviens pas de votre dimanche au Club alors qu’ici… Pillot libéré du service, il aura eu tout de même le temps d’être un peu soldat et pouvoir dire qu’il a fait son devoir ! Enfin cela s’explique du fait qu’on démobilise les vieilles classes sauf les officiers.

Je ne t’écris pas encore longuement car je suis loin d’être au repos mais je ne veux pas te laisser longtemps sans nouvelles. Fais de bien grosses bises à mon petit garçon et à mes trois grandes filles que j’aime bien et pour toi de bien grosses caresses de ton petit mari qui pense trop souvent à toi.

Ge

Mon cher chéri, aujourd’hui je suis dans une jolie sous-préfecture du pays des Erny et demain sans doute dans la capitale. Tout va bien et bientôt à cette allure nous serons chez eux. Cette nuit j’ai couché dans une belle villa occupée avant par la Gestapo. Rien n’y manque : eau, gaz, électricité, meubles de luxe, etc… etc… Aussi ce matin, ai-je pris un bon bain chaud dont j’avais le plus grand besoin. Et maintenant au boulot. Mon bureau ressemble à celui d’un ministre dans cette belle villa où nous ne passerons sans doute pas plus d’un jour. Charlot n’en revient pas : il a fait hier un prisonnier et en est tout fier.

Ici tous les villages et villes sont d’une propreté impeccable. Partout, pour venir jusque-là, des forêts que l’on traversait le doigt sur la détente des fusils ou des mitrailleuses. Paysage magnifique mais qu’il faudrait faire en temps de paix et non maintenant. opulation accueillante mais encore réservée car elle ne réalise pas bien et ne croit pas possible ce qui leur arrive. Mais nous sommes loin de l’enthousiasme de Normandie ou de Paris. Tout est bien différent d’ailleurs car les boches ont fait tout ce qu’il fallait pour germaniser les gens, jusqu’à mettre en prison ceux qui prononçaient quelques mots de français.

Pour moi cela va et cette avance ne peut qu’augmenter mon moral. Interruption soudaine de ma lettre : quatre Messerschmitt allemands ont mitraillé le quartier et nous avons passé quelques minutes à la cave. Maintenant le repos et le calme sont revenus et je vais me mettre au boulot.

Au revoir petite chérie, excuse toujours la brièveté de mes lettres je n’ai guère le temps.
Une grosse caresse à tous de moi.

Ge

Mon cher petit chéri, je suis dans une petite cuisine de ferme. Autour de moi, quelques soldats et quatre gosses de deux à six ans dont la maman a été tuée par un bombardement et qui sont soignés par une jeune fille de quatorze ans. Il fait chaud ici et j’ai installé mon bureau dans cette petite pièce.

Aujourd’hui nous ne bougeons pas d’ici mais demain matin nous ferons encore un bond en avant car les opérations marchent bien. Par exemple, je n’ai guère de temps à moi et je ne me suis pas rasé depuis trois jours, ce qui me fait une impression assez désagréable. Demain matin, il faudra que je trouve un moment pour le faire. Santé toujours bonne, moral aussi. Je n’ai pas revu encore Clifford mais lui aussi a dû déménager et se rapprocher de moi : je suis bien sûr qu’il arrivera à me trouver bientôt. Je n’ai toujours pas les lettres de toi depuis qu’on a bougé mais j’espère bien me rattraper bientôt. Et la pluie et le froid continuent bien entendu, les boches avaient plus de chance quand ils faisaient leur offensive de 40 ! Ici au pays des Ruelles les gens sont heureux de nous voir arriver mais ne manifestent pas encore beaucoup, tellement ils ont peur de voir revenir les Allemands, ce qui ne risque pas de se produire bien entendu. Les drapeaux sortent timidement et peu à peu aux fenêtres. Tu dois être à nouveau pendue aux nouvelles qui sont bonnes et importantes maintenant. Pense à la 7e armée américaine, celle de Clifford et de moi !

Au revoir petit chéri, vite de tes nouvelles. Une grosse caresse à tous et une plus grosse encore à toi de ton petit mari qui t’aime bien beaucoup.

Il y a ici une belle petite fille blonde, Simone, qui ressemble à mon Jacquou, et je lui ai donné un bonbon de plus qu’aux autres.

Mon cher petit chéri.

Depuis hier près de 30 km vers le N-E et tout va bien malgré que ma jeep s’est trouvée sous une maison au moment où celle-ci recevait une bombe. Que des dégâts matériels d’ailleurs. Bon moral. Hier j’ai « couché » dans un village, chez deux vieilles femmes ne parlant que l’allemand et qui n’en revenaient pas de voir le premier soldat français. Malheureusement il pleut encore et cela nous gêne bien. Les boches ici ont considéré le pays comme l’Allemagne et ont baptisé les villes et villages en allemand, obligeant les gens à ne parler que leur langue. Hier Guy et moi nous sommes allés en jeep dans une grande ville à 25 km environ de là où nous étions hier au N-E. On nous a un peu tiré dessus mais deux boches se sont rendus à nous. Vivement la chasse et le chapeau mou.

Au revoir petit chéri, je crois qu’on va bouger encore aujourd’hui. Mille grosses caresses à toi et aux petites et aussi à mon petit garçon.

Ge

Mon cher petit poulet. Bien entendu j’ai loupé le copain Tim et les cadeaux car nous avons démarré avant son arrivée. Le patelin où je suis est à peu près en ruines. Avec un peu de chance, on a tout de même trouvé quelque chose d’intact et on est installé là-dedans. Maintenant la dame de la maison nous fait la cuisine, heureuse de voir les premiers soldats français et de goûter aussi un peu de ces produits dont ils étaient tant privés depuis que les boches étaient là.

On ne moisira pas ici sans doute et toujours en avant. Ne désespérons pas quand même, tout cela aura bientôt une fin et alors on se rattrapera, n’est-ce pas petit chéri ? Tu feras de bien grosses bises aux petites et à monsieur le petit monstre de fils, et reçois les meilleures caresses de ton méchant petit mari qui t’aime bien, pense terriblement à toi et t’écrira souvent, même de tous petits mots.

EugèneCe soir je mange ici avec Charlot, le lieutenant de Bodard et le sergent Duilles, les autres soldats sont répartis dans le patelin.
Encore une bise.

(il paraît que c’est dimanche)

Mon cher petit poulet, ma lettre ne sera pas aussi longue ce soir que d’habitude, mais qu’importe n’est-ce pas puisque je t’écris. Hier Clifford est venu manger à midi avec moi et c’était moins une, car on a démarré à 2 h. Il m’a apporté une bouteille de whisky et doit venir lundi à ma recherche pour m’apporter un petit colis pour les petites, prêt à être envoyé, ce que je ferai aussitôt. Hier je vous ai envoyé le colis avec le sous-main et la liseuse, ce qui fait depuis le 1er octobre cinq colis : un avec un flacon de parfum et des trousses d’écolier, trois avec les cadeaux de Paris et celui d’hier. Fais bien ton compte et dis-moi si tu as tout reçu petit à petit.

Donc Clifford a déjeuné avec moi et nous avons mangé un bon lapin en civet que nous avaient préparé les gens chez qui on mangeait. Il est parti quelques minutes avant moi et doit se rapprocher d’ailleurs bientôt avec son régiment. Quant à moi, fini le repos, on va de village en village, comme des bohémiens, et je pense que lorsque tu recevras cette lettre nous aurons fait un sérieux pas en avant, laissant derrière nous depuis hier le pays du cristal. Mais chut, il ne faut jurer de rien. Pour l’instant tout va bien et je suis même relativement à l’abri. Donc pas de souci à te faire. Le moral est bon et le temps est meilleur : froid mais pas de pluie.

Ce soir, je couche dans une maison comme hier avec un bon lit mais pas de feu hélas. Mes petits gars couchent dans des granges et Guy et Henri rouspètent parce que des gros rats se promènent toute la nuit sur leur figure.

Demain je tâcherai de t’écrire plus longuement car je suis attendu dans un quart d’heure chez mon commandant ce soir à 4 km d’ici. Je prends ma jeep et en route, Charlot à côté de moi bien entendu.

Une bien grosse caresse à tous de moi qui pense bien à vous.

Ge

Hier j’ai reçu la lettre de Lulu du jeudi 9 novembre. Merci à ma petite Lulu et félicitations à sa maman qui est si belle avec son indéfrisable. Oui, ma solde a été diminuée en France mais très légèrement. Je touche actuellement 10400 francs par mois, mais moi je n’ai jamais eu la solde F.F.L. qui avant était très supérieure et qui maintenant est la même que celle des autres. Après notre arrivée on nous a augmenté un peu et le résultat est pour un capitaine 1° échelon comme moi : solde 3000, majoration 1350, prime d’entretien 1500 francs, ce qui fait un total de 5850. Plus 4 enfants 4800 (je crois) donc total de 10 650 moins 200 francs de retenues diverses.

Mon cher petit chéri,
Je suis toujours dans mon triste village où les tas de fumier constituent un paysage dont on se lasse très vite et où notre séjour reste autant indéfini qu’au début. Peut-être demain, peut-être dans huit jours… J’attends, et en attendant j’en profite pour te donner souvent de mes nouvelles, comme tu le vois, persuadé qu’ainsi je te fais plaisir.

J’ai reçu hier ta lettre du 7 novembre en même temps qu’une de ta maman et que je te joins. Écris-lui souvent, tu leur feras plaisir : il y a si longtemps que vous ne vous êtes pas vus, et Jacquie était si petite, ainsi que Paulette et Lulu d’ailleurs.

Alors ma lettre de Paris a enfin fini par arriver et tu sais maintenant ce qu’il y a dans mes fameux paquets : pourvu qu’ils ne se perdent pas. La photo de ma jeep assaillie ne t’a pas été envoyée parce que non réussie : je n’ai même pas eu d’épreuve loupée et crois bien, mon petit chéri, que je te l’aurais envoyée avec plaisir s’il en avait été autrement, malgré le nombre respectable de gens, hommes et filles, qui étaient dessus. J’imagine qu’au moment où elle a été prise quelqu’un a dû passer entre l’appareil et l’objectif, car il y avait foule ce jour-là place de l’Opéra. Et voilà, mais que je t’y prenne, toi, à vouloir embrasser des soldats tu verras un peu, scrongneugneu ! ! Tu me fais rire car je sens que tu brûles d’envie d’avoir cette photo. Je vais rechercher dans mes pellicules pour voir si on peut en tirer quelque chose.

Pour ce qui est de mon ambition après la guerre, tu sais bien que mon vrai bonheur sera de te retrouver, de vivre avec toi sans jamais te quitter. Le reste n’est que fantaisies dans ma tête et il faudrait vraiment une occasion unique pour que je fasse autre chose. Je te remercie en tout cas des choses naturelles et que je trouve fort gentilles, que tu m’écris à cette occasion : je te reconnais bien là encore et je t’aime beaucoup ma petite femme.

Quant au beau voyage, il en est un que je voudrais bien faire avec toi, après t’avoir permis de revoir un peu la France, c’est celui de notre visite à Clifford en Amérique : cela n’est pas un projet en l’air et faisons dès maintenant des économies pour tout cela. Je me suis bien amusé avec ce que tu me dis de la lettre de mon père et il est exact qu’il était on ne peut plus fier d’être avec moi.

Félicitations à François, et à sa maman, pour avoir grossi de 350 grammes en quinze jours mais j’espère que les fesses rouges n’auront pas été le commencement d’une maladie quelconque pour lui. Soigne-le et couve-le ce fils que j’aime sans le connaître. Est-ce qu’il est grand ou petit pour son âge ? Regarde sur tes bouquins et mesure-le, car moi je voudrais qu’il soit plus tard au moins aussi grand que moi. Compris ?

Je viens d’être interrompu par un pli urgent qu’on vient de m’apporter. Je ne puis te le préciser mais de quelques jours je ne t’écrirai sans doute pas aussi posément… Je continue donc ma lettre. Hier, j’ai eu la visite du copain Clifford venu en mission dans ma région. Il n’est resté que quelques minutes et doit revenir manger demain à midi avec moi. Je tâcherai d’y être encore mais ce n’est pas sûr. Je lui ai fait cadeau de mon petit poste de TSF et il ne savait plus que me dire pour me remercier, tellement il était content. Moi je suis tout heureux de lui avoir fait ce grand plaisir; n’est-ce pas que j’ai eu raison ? Il m’a parlé d’étrennes pour les petites, je crois venues d’Amérique et doit me les donner un de ces jours pour que je vous les envoie. 

Aujourd’hui je suis retourné à N… et j’ai acheté pour ma petite femme une liseuse en papier parcheminé avec un joli dessin local et un sous-main en simili cuir, (on en a pas au Maroc) avec un dessin repoussé du même genre. Le tout, avec des bonbons, du chocolat, une boîte de café, des biscuits, est maintenant dans un petit colis que j’emballerai et que j’expédierai demain matin. Si je ne puis pas vous envoyer des étrennes, ce sera un petit souvenir quand même et cela ne m’empêchera pas de vous envoyer de l’argent. J’en ai profité pour aller au coiffeur et prendre un bain car j’en avais bien besoin. Je m’arrête maintenant car il faut que je ressorte avant de me coucher et je dois aussi préparer mes affaires.

Au revoir mon petit poulet chéri. Fais une bien grosse caresse à JF, Jacquie, Lulu et Paulette et pour toi, les meilleures baisers de ton méchant mari qui t’aime bien et va bien penser à toi ces jours-ci.