Mon cher petit chéri,
Je suis très heureux de t’envoyer ce soir une photo de moi. Deux épreuves ont été tirées et je n’ai eu que celle-ci aujourd’hui ; l’autre sera prête lundi et je te l’enverrai. Tu remarqueras que je me suis bien appliqué à ne pas trop froncer mon front pour te faire plaisir, mais rien à faire pour sourire. Il est vrai que la photo a été prise à neuf heures du soir, pendant la seule demi heure où il y a de l’électricité à S.G. en L., et que je suis un peu fatigué par une journée de dur boulot, comme cela m’arrive très souvent depuis quelque temps. J’espère que, telle quelle, elle te fera quand même plaisir.

Bientôt je t’enverrai les photos d’amateur et il y en aura plusieurs qui seront prêtes demain. Mais je ne te les enverrai que lundi soir, car je pars seul en mission demain en Normandie, à 300 km d’ici, où nous étions avant, et je ne rentrerai que lundi dans la journée. Après notre déménagement vers T. aura lieu vendredi matin. Tu vois que je ne chôme pas, mais ce qui fait tout de même plaisir, c’est que la guerre touche à sa fin et que je compte toujours bien faire le réveillon de Noël avec toi, les petites que je languis de revoir, et mon petit Jean-Pierre qu’il me tarde tant de connaitre.

Avant-hier comme je te l’ai écrit, je suis allé déjeuner chez les Devry la sœur de Mme de Johannis. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu y retourner depuis, car si je ne me bats pas pour l’instant on a un travail des plus utiles et personne ne chôme guère ici, surtout moi qui ai une grosse responsabilité. Je manipule maintenant l’essence par des dizaines de milliers de litres à la fois, et tout à l’avenant. Je fais démonter et remonter entièrement des camions qui prennent aussitôt la route avec des renforts et je n’ai pas du tout l’impression de perdre mon temps comme c’est trop souvent le cas dans la vie militaire. Cela vaut d’ailleurs mieux, car le temps passe ainsi plus vite pour moi.

Je suis ce soir dans ma chambre pour t’écrire, avec ta photo dans son cadre devant moi et celle de mes filles à côté. Il ne me manque plus que celle de mon petit loupiot. As-tu réussi à le faire photographier ? Il y a déjà longtemps que je n’ai pas eu de tes nouvelles, mais j’ai confiance en toi et je sais que tu m’écris souvent, et que bientôt j’aurai un beau paquet de lettres pour lire et relire le soir avant de m’endormir. Ces retards sont bien explicables, car nous nous trouvons à près de 300 km du quartier général où se trouve le poste aux armées de notre division.

Quand vous recevrez cette lettre, où serai-je ? Peut-être bien en Allemagne, car les événements vont toujours vite, et je compte toujours sur une fin prochaine de la guerre. Les petites ont sans doute repris la classe, et je suis sûr qu’elles feront cette fois tout leur possible pour être de très bonnes élèves à tous points de vue, n’est-ce pas Paulette et Lulu ? Et mon Jacquou au cours élémentaire, que de beaux livres elle va voir et comme elle va devenir savante ! Heureusement que le petit monsieur sera là pour tenir compagnie à sa maman.

Comment va-t-il, ce petit garçon ? Dis-moi de temps en temps combien il pèse. J’en suis à 4 kg 650 pour lui et je serai heureux de savoir les progrès qu’il fait. C’est Paulette qui doit être fière d’être aussi grande que sa maman. Qu’est-ce que je vais me ruiner pour vous habiller toutes à mon retour !

Et toi, mon petit chéri, comment vas-tu ? Je trouve que tu ne me parles pas assez de toi-même dans tes lettres. Te sens-tu bien portante depuis que J.F. là, ou as-tu toujours de temps à autre des battements de cœur et es-tu aussi énervée parfois ? Dis-le moi et surtout aie toujours un bon moral pour que tout aille bien. De mon côté, tu peux être tranquille à mon sujet. Je t’aime trop pour t’oublier, même un tout petit peu, et pour ne pas regretter terriblement et souvent les distances qui nous séparent. Sois bien patiente, mon petit chéri, occupe-toi toujours bien de ta petite famille et de ta maison comme tu le fais, et tu verras que je te reviendrai bientôt, dix fois plus chic avec toi que je ne l’ai jamais été, je te le promets.

Je pense bien bien souvent à vous tous, et surtout à toi, et tu peux continuer à m’accorder toute ta confiance. Vivement que tout soit fini pas petite chérie ?

Je vais m’arrêter, car demain je pars à 7 heures et j’ai des affaires à préparer, et je ne veux pas me coucher trop tard. Lundi soir ou mardi, si je rentre trop tard, je t’écrirai encore et te raconterai mon voyage, que j’entreprends avec mon Amilcar décorée de la France avec la croix de Lorraine, l’insigne de notre division. Charlot bien entendu m’accompagne mais je préfèrerai avoir à côté de moi certaine personne qui n’est pas aimée par son mari…

Il est dix heures et tu dois donner le dernier biberon au monsieur. Fais-lui deux grosses caresses pour son papa et montre-lui souvent ma photo, pour qu’il ne se mette pas à pleurer comme devant un étranger lorsque je ferai sa connaissance. Je suis méchant car je sais bien  de dire cela à sa maman. Dis à Jacquou de m’écrire encore de temps en temps, car j’aime beaucoup ses petites lettres, et fais-lui, comme à Jean-François, deux grosses bises. Je compte encore sur Paulette et Lulu pour qu’elles soient vraiment de très bonnes élèves et je vous embrasse tous mille fois bien bien affectueusement.

Bonsoir, petite chérie, une grosse bise pour toi.

Mon cher petit chéri,
Bientôt j’aurai des photos à vous envoyer, car j’ai acheté hier un appareil d’occasion 6×9 et des pellicules, et j’en ai déjà pris pas mal. J’en ferai développer un rouleau demain et vous enverrai aussitôt des épreuves. Je suis rentré de R. hier vers 18 h après un excellent voyage, sauf une simple crevaison.

Aujourd’hui, beaucoup de travail, car nous déménageons une fois de plus. Et cette fois-ci, c’est moi qui organise le déplacement avec nos camions. Nous partons à 180Km d’ici, vers l’est, ou plutôt vers le sud-est. Ce n’est pas moins deux mais deux plus un et nous partons à plusieurs reprises. Mon tour sera sans doute à la fin de la semaine.

Je regrette un peu ce départ, car nous allons retrouver la guitoune, et au fond on était si bien, près de la capitale où j’étais encore ce soir de 6 à 7. Mais je m’accorde demain après-midi pour faire mes achats (enfin) et aller voir la sœur de Mme de Johannis, où je laisserai d’ailleurs mes paquets en attendant qu’elle puisse vous les envoyer elle-même, car cela reste interdit pour l’instant.

Je te dirai ce que j’aurai trouvé dans ma prochaine lettre et vous donnerai en même temps des nouvelles la soeur de Mme de Johannis, qui sera certainement heureuse de voir un Rafiot. Je lui porterai un peu de nos conserves américaines et je pense lui faire plaisir, car dans cette région le ravitaillement est plutôt difficile. Tous les jours, des convois de camions apportent de Bretagne et de Normandie du ravitaillement pour la, mais il y a fort à faire et tant que les trains ne fonctionneront pas, ce sera difficile.

Ce soir, je ne t’écris pas longtemps et je continuerai ma lettre demain soir pour te raconter mon après-midi à P. D’ailleurs, le vaguemestre ne va au courrier qu’après-demain et cela ne m’avancerait pas. Ma lampe électrique n’éclaire pas beaucoup et j’ai plutôt mal aux yeux.

Passez tous les cinq une bien bonne nuit. Bonsoir, petite chérie. Une grosse caresse à tous et pour toi un bien affectueux baiser de ton petit mari qui t’aime. À demain.

Mardi soir

Je tiens ma promesse et je termine ma lettre. J’ai même tenu toutes mes promesses, puisque mes achats sont faits et que je suis allé chez les parents de de Johannis. Après-midi, j’ai réussi à me libérer et je suis allé à P. de 2h à 18h. Au retour, je n’ai presque pas mangé pour vite venir vous écrire avant qu’il ne fasse complètement nuit.

Mes achats d’abord : pour Jackie une poupée, moyenne mais mignonne et qui dit maman, avec une jolie robe d’été et un beau chapeau. Pour Jean-François, un ours qui fait du trapèze et se contorsionne tout seul. Pour Paulette et Lulu, un bracelet-charme avec beaucoup d’or dedans, large comme ça (cf. image) et bien beau et pour maman aussi, un bracelet avec encore plus beaucoup d’or, large, lourd et qui je crois lui plaira.

Je n’ai donc oublié personne, mais… je suis complètement ruiné. Je vais mettre tout cela dans un carton et le déposer chez la sœur de Mme de Johannis, pour l’envoyer  qui sait quand ? Nous verrons cela plus tard pour l’instant j’ai tenu mes promesses et je suis bien content de moi car je suis sûr que tout vous fera bien plaisir et à tous.

À 16 h, devant l’Opéra, j’ai arrêté ma jeep pour écouter avec Charlot le discours radiodiffusé de De Gaulle, au milieu d’un monde fou. Ma jeep (une jeep allemande prise aux boches à Morlaix) a été envahie par des jeunes gens et des jeunes filles de tout âge, et j’en ai profité pour la faire photographier. Je vous en enverrai une photo quand elle sera prête. C’était marrant et il n’y avait pas moyen d’éviter les compliments de tous, qui voyaient bien que j’étais de l’armée Leclerc.

Puis on est allé à Asnières, où l’on n’a trouvé d’abord personne. Pour gagner du temps on est allé boire un pernod dans un petit café, et quand j’ai voulu payer, le patron m’a dit : « Les soldats de Leclerc, nos libérateurs, ne paient pas ici. » J’y retournerai…

Après j’ai vu seulement le beau-frère de Mme De Johannis, sa femme étant sortie pour la soirée. Il a sorti une bonne bouteille de vin, et m’a invité à déjeuner demain à midi. Ils vont très bien et doivent me remettre demain matin une lettre pour les De Johannis, que je t’enverrai aussitôt. Je leur ai apporté une pleine caisse de ravitaillement américain, une cartouche de cigarettes, etc… Inutile de te dire sa joie. Demain je recommencerai car je ne rendrai jamais assez les gentillesses que te font Mme de Johannis et son époux et je sais qu’ici le ravitaillement reste une chose très difficile pour les civils. Et voilà un après-midi de passé comme je te l’avais promis mais demain il faudra que je mette les bouchées doubles au boulot. Je ne donne pas davantage de nouvelles de Mme Mr de Johannis car je n’ai vu que que lui et puis ils doivent faire demain matin une longue lettre pour Monsieur le maire et madame.

A part cela, mon départ est toujours fixé à un de ces jours, sans doute samedi ou lundi. Je te l’écrirai et cela me rapprochera un peu plus de l’Ardèche. Il y a bien longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles, mais je compte bien que le vaguemestre m’en apportera beaucoup demain et que je serai une fois de plus heureux de les lire.

Je vais m’arrêter pour préparer un peu mes paquets pour demain et me coucher tôt afin de me lever de bonne heure. Bonne nuit à tous. Une grosse caresse à Jean-François, Jackie, Lulu et Paulette, et pour la maman chérie les meilleurs du méchant mari qui ne l’aime plus,
Ge

Mon cher petit chéri, ce soir je t’écris d’un chic hôtel de R. Où je suis depuis ce matin pour 24h seulement. Dans une ville à moitié détruite par les bombardement le quartier de la gare est intact et le chic hôtel où l’on m’a réquisitionné une chambre a encore l’eau courante et l’électricité : belle chambre et bon lit où je crois j’en écraserai bien. Te souviens-tu lorsque je faisais à Marrakech le marchand de chaussettes pour une maison d’Elbeuf ? Je suis donc à deux pas de là pour une mission militaire que je n’ai pas voulu confier à un autre. Je suis venu dans ma 402 avec mon chauffeur Charlot et notre accent surtout le sien a fait sensation puisque les gens sont terriblement froids ici et que nos repas, pour ne manger presque rien, nous reviennent à 150F l’un.

En cours de route on accepte quelques auto stop et nous avons fait des heureux qui voyaient pour la première fois des militaires de la division Leclerc. Ici des anglais seulement et le seul américain que nous avons rencontré en ville, un officier des affaires civiles, nous a interpellés amicalement tout heureux en croyant reconnaître ses compatriotes. On l’a détrompé mais après avoir bu un pot ensemble, même deux de vieux Calvados (une tournée chacun) on est devenu les meilleurs amis du monde et il m’a donné son adresse civile, et moi la mienne pour aller le voir après la guerre. C’est assez amusant ne trouves-tu pas? Il avait d’ailleurs l’air complètement perdu ici et m’enviait de savoir que j’étais à P. Et non à Rouen. Bien entendu il y a de fortes chances que je ne le retrouverai jamais même pas en Pennsylvanie où il habite. La ville où nous sommes est une très belle ville, ou tout au moins en étais une. Heureusement que la cathédrale n’a rien mais il fait plutôt froid… et je préfère Safi ! La route qui y conduit, large et cimentée presque tout du long, est agréable et j’aurais l’impression de faire du tourisme malgré les nombreux convois que je croisais sur la route.

Demain après-midi, je rentrerai à mon gîte, à moins que mes camarades ne soient déjà partis et que je sois obligé de les suivre, car notre situation là-bas ne doit pas s’éterniser, comme je te l’ai déjà dit. Cela me donne  en tout cas envie de descendre un jour dans l’Ardèche et je tacherai de le faire  dès que ce sera possible et si mon commandant veut bien m’en donner la permission. Je suis content de pouvoir t’écrire cette petite lettre avant de me coucher et si on vient un jour ensemble par là on tachera de retrouver le même hôtel. Lundi ou mardi j’irai voir la soeur de Mme de Johannis et je te donnerai de ses nouvelles dans ma prochaine lettre.

Tu doit être couchée en ce moment car il est environ 10H et ton petit diablou doit dormir près de toi avec ses petits poings fermés. Comme je préfèrerai être avec vous. Ton absence commence à me peser et c’est surtout quand tu n’es pas là lorsque je voyage ou lorsque je prends un plaisir que je trouve bien mauvais d’être si seul car je ne puis confier mes impressions comme je le ferai avec toi. Pour moi un voyage fait ensemble, le petit poulet et moi, me laisse un bien meilleur souvenir que ceux que j’ai pu faire jusque’à maintenant et je commence pourtant à en avoir fait.

Demain matin, qu’allez-vous faire tous les cinq? Je vous vois partant au Club vers 10H, Lulu et Jackie se disputant un petit peu pour la voiture du petit Jean-François à l’aller pendant que Paulette la pousse au retour. Heureusement que tu as ces grandes aides sans cela je suis sûr que cela te ferait de la peine de faire la côte. As-tu commencé à prendre des bains toi-même? Profites en bien petite chérie et n’aie plus le cafard car je veux te savoir contente, même lorsque mes lettres sont égarées, souvent d’ailleurs par la faute de la poste militaire et non par la mienne. As-tu reçu un papier au sujet de l’indemnité de naissance de Jean-François et as-tu demandé à la DIP de te la payer. Est-ce que Safi a toujours les mêmes petites histoires de clocher au sujet des petits collaborateurs qui n’en étaient pas, des durs qui ne l’ont jamais été, des mous qui sont devenus durs, etc… Si quelques uns pouvaient venir faire un tour au milieu de pas mal de patelins en ruines ils comprendraient beaucoup de choses et qu’en particulier la tâche sera dure après la guerre. Qu’on fusille tous les vrais collaborateurs mais qu’on pense un peu au travail et à l’ordre et cela vaudra mieux. Heureusement que la capitale et ses environs, sauf St-Cyret le Bourget, n’ont pour ainsi dire rien du tout.

Fais une bien grosse bise à toute la maisonnée. Bonsoir petite Yvonne, sois toujours bien gentille et aime moi bien car je fais tout pour le mériter et je t’aime bien beaucoup.

Une grosse caresse de ton méchant mari

Mon cher chéri,
je suis assis sur une caisse au milieu d’un pré, à l’ombre d’un pommier, et je t’écris. As-tu reçu mes précédentes lettres depuis que je suis par ici ? Moi, j’en ai eu deux de toi hier soir, et cela m’a fait un plaisir fou. Vraiment, tu es un brave petit poulet et je t’aime bien. En ce moment, nous naviguons pas mal dans la poussière et nous sommes arrêtés pour ce soir, demain peut-être un ou deux jours encore en plein champ. Resterons nous longtemps ici? C’est difficile à dire, mais je ne crois pas, car nous sommes dans la vraie guerre maintenant, armés jusqu’aux dents bien entendu.

Assez près de nous, le canon tonne sans arrêt, et il serait bien étonnant qu’on ne soit pas bombardés ce soir. Mais qu’importe, les Boches reculent, et je suis sûr que la guerre sera bientôt finie. Ne te fais surtout pas de souci pour moi même si mes lettres sont espacées, j’ai confiance en ma bonne étoile et je reviendrai bientôt. Cette longue guerre sera sûrement bientôt finie, et alors quelle joie !

Hélas, en attendant, nos villages et nos villes en prennent un sérieux coup, et tout ce que j’ai vu depuis que je suis ici n’est pas réjouissant : des maisons en ruines, des ponts sautés, des églises démolies, des cimetières éventrés, des débris de tanks, des camions, et toutes ces horreurs de la guerre que je ne connaissais pas encore. Seulement, les quelques civils restés en place ont un moral excellent : tout le long de mon parcours d’aujourd’hui, reconnaissant des Français,  on nous a applaudis, on nous a jeté des fleurs, embrassés, et je puis avouer que j’ai versé plus d’une larme, discrètement derrière mes lunettes contre la poussière.

Mon menu d’aujourd’hui, assis par terre, deux boîtes américaines, c’est à dire cinq biscuits, un chocolat, trois bonbons, un chewing-gum. Mais j’ai acheté trois œufs pour ce soir et je ferai un meilleur dîner. Hier, nous avons eu notre premier fait d’armes : un de mes soldats a arrêté un Boche qui en était encore par là. Mais assez de nouvelles militaires pour aujourd’hui.

Comment allez-vous tous les cinq ? Ta dernière lettre date du 18 juillet, et je suis content de vous savoir tous en bonne santé. Passez un bon été et n’aie pas trop le cafard, petit chéri ; tu verras comme je t’aimerai à mon retour qui sera bientôt. Je te souhaite un bon anniversaire car demain c’est le 8 août, et je ne sais pas si j’aurai le temps de t’écrire. Hélas, je ne t’envoie rien, mais je crois que j’aurai pas mal à me rattraper plus tard.

Est-ce que mon petit Jean-François fait souvent de belles risettes ? As-tu commencé le biberon, ou continues-tu à le nourrir toi même ? Fais-lui une bien grosse bise  pour son papa, ainsi qu’à mon Jacquou, à Lulu et à Paulette, dont j’ai reçu aussi une gentille lettre (une de chacune).

Je t’embrasse, toi, une fois de plus, bien bien affectueusement, et au moment où je reçois un peu mon baptême du feu (mais pas bien terrible encore), je te répète encore que je t’aime bien beaucoup et que tu seras toujours une petite chérie.

Encore une bise de ton Eugène…

Collet vient de faire un mot à sa femme mais ses lettres ne sont pas longues car on a plein de soucis et d’occupation, une bise à tous.