Châteauroux – Lundi 19 mars

Période :

Résumé

Il reprend son poste, demande sa mutation vers le Maroc et attend des nouvelles de sa famille. Nostalgique, il pense à ses enfants, regrette leur éloignement et espère les retrouver bientôt.

Mon cher petit chéri. C’est encore de ma chambre que je t’écris aujourd’hui. Dans un moment je dois ressortir et, attendant ici un lieutenant, j’en profite pour venir bavarder un peu avec toi. Je n’ai pas fait grand-chose aujourd’hui car ma jeep est paraît-il en réparation et je me demande quand je pourrai l’avoir. J’ai pu cependant me faire conduire auprès de mon colonel à 30 km d’ici où j’ai déjeuné à midi. Je conserve les mêmes fonctions qu’avant mon départ et je préfère au fond cela. Je ne sais encore si je pourrai récupérer Guy comme chauffeur et je ne suis guère plus avancé qu’hier soir.

Je viens d’envoyer un mot à ta maman pour m’excuser de ne pas avoir pu m’arrêter à mon retour mais, à part à toi, je n’ai guère de courage pour écrire car après cette longue absence je me sens un peu dépaysé ici. Le brouillon de ma demande de mutation est fait et demain je le remettrai. La réponse demandera un certain temps et je verrai bien ce qui arrivera. De toute façon n’aie aucune crainte, si je suis muté ce ne sera pas pour partir en Indochine ou ailleurs, mais pour revenir au Maroc et pas ailleurs. Je serai peut-être loin de toi, mais en tout cas pas aussi loin que maintenant, et il nous sera au moins plus facile de nous rejoindre.

Faute de jeep je n’ai pas encore touché ma solde et j’ai hâte de t’envoyer tout l’argent que je t’ai volé, avec bénéfice bien entendu. Je suis tout de même allé au vaguemestre et je n’ai trouvé seulement que deux vieilles lettres de toi, du 2 et du 4 février, avec la gentille petite lettre de Jackie. Quoique vieilles déjà, je les ai lues attentivement et maintenant j’attends avec impatience celles que tu m’as envoyées depuis mon départ, étonné même de n’en avoir pas reçues. Demain n’est-ce pas ?

Une mauvaise nouvelle pour nous tous maintenant : nous ne touchons plus, pendant notre séjour ici, de rations américaines. Ni chewing-gum, ni cigarettes, ni bonbons. C’est triste cela, hein Lulu, mais je tâcherai de vous gâter quand même d’ici quelques jours. Pour l’instant, il faut que je m’occupe de moi et cela n’est pas une petite affaire car je n’ai personne pour m’aider et il faut que je m’occupe de trouver quelqu’un pour laver mon linge, où boire mon café le matin, etc. etc. Je suis bien malheureux n’est-ce pas ?Comment va mon petit Poussy ? Je le vois devant moi et je pense comme il était mignon en penchant sa tête ou en faisant non non. Il me manque beaucoup mon petit homme et je comprends que vous le gâtiez bien. Avez-vous des nouvelles du copain Clifford ? Je crois bien que je ne le rencontrerai pas de sitôt car il y a de fortes chances qu’on ne rejoindra pas son armée mais plutôt la 3e. J’espère que Jacquie, Lulu et Paulette travaillent bien à l’école et il me tarde de connaître leur classement du trimestre. Veinardes, dans huit jours les vacances de Pâques. Vivement que tout soit fini tiens, et que nous profitions nous aussi de nos vacances. Au revoir, je crois qu’on ne tardera pas à venir me chercher. Fais une grosse bise à Jean-François, Jacquou, Paulette et Lulu et pour toi une bien grosse caresse de ton petit mari qui t’aime bien et pense bien à son poulet.
Georges