Paris – Vendredi 16 mars

Période :

Résumé

Il arrive à Paris après une traversée et un voyage en train difficiles. En attendant de rejoindre sa division, il effectue des démarches, constate la cherté de la vie et exprime sa nostalgie de sa famille.

Mon cher petit chéri. C’est de ma chambre d’hôtel à Paris que je t’écris. Tu as dû recevoir mon télégramme envoyé dès mon arrivée hier soir et ma lettre écrite sur le bateau. Nous sommes arrivés à Marseille mercredi après-midi après une bonne traversée sans histoire. Marseille est toujours la même ville mais le port a terriblement souffert et c’est lamentable de voir de partout des carcasses de bateaux coulés. Les boches sont forts dans l’art de détruire… À 19 h 30 j’ai pris à Marseille un train pour Paris. Train bondé de monde bien entendu. Passant à Valence aux alentours de minuit, il n’a pas du tout été pour moi question de m’arrêter pour aller à Privas, d’autant plus que les renseignements pris à la gare m’apprenaient que les communications pour Privas ou Vals étaient très difficiles et que cela m’aurait retardé au moins de trois jours.

Après une nuit dans le train, je suis donc arrivé à Paris hier jeudi après-midi à 5 h. Le temps de faire quelques démarches pour avoir une chambre, il faisait déjà nuit quand je suis arrivé au restaurant d’où je suis sorti en ayant encore faim. Je me suis installé dans un petit hôtel près de l’École Militaire et j’ai dormi sans arrêt jusqu’à 9 h ce matin. Aujourd’hui je me suis occupé de mon retour à la division : il me faudra attendre ici jusqu’à demain ou après-demain pour rejoindre Châteauroux. J’ai perdu toute ma matinée et une partie de l’après-midi pour trouver les gens qui s’occupaient du retour des permissionnaires. À midi j’ai mangé chez le lieutenant Ivanski, qui m’a aimablement invité à déjeuner chez lui. Puis je suis allé à « l’Officers’ shop » pour essayer d’acheter un autre pyjama (?) et il faudra que j’y retourne demain car je n’ai pas eu satisfaction. Ce soir j’ai mangé à un cercle d’officiers et je suis maintenant dans une petite chambre pour t’écrire un peu avant de m’endormir.

À Paris la vie est toujours aussi chère. Une poire coûte 100 francs pièce, une pomme 40 francs. Dans les vitrines on voit parfois de belles choses mais à des prix absolument inabordables : chemises de nuit de laine à 7000 francs, combinaisons à 5000 francs, etc. Je ne sais pas si ce sont là des prix courants mais une chose est certaine, c’est que j’ai vu de telles marchandises à ces prix-là en vitrine. Si demain j’ai le temps, j’irai voir la sœur de Mme de Johannis. Je te le dirai dans ma prochaine lettre. Maintenant je vais me coucher et dormir car je suis fatigué d’avoir trotté toute la journée. Une grosse bise à mes grandes filles et à mon beau petit Jean-François. Pour toi un gros baiser de ton petit mari qui ne t’aime plus, même à Paris je m’ennuie sans toi. Il me tarde d’être à lundi pour avoir tes lettres écrites depuis mon départ. Encore une bise.
Georges

Samedi matin 17 mars. Bonjour tout le monde ! Papa vient de se lever et de se raser. Malheureusement Lulu n’est pas là pour lui apporter son café et … il s’en passe ! Je vais partir ce matin voir l’officier de la 2e DB qui est ici pour lui demander quand il me met en route, selon l’expression militaire. Et puis j’irai essayer de remplacer le pyjama que vous m’avez volé mais je ne sais si les Américains accepteront de m’en vendre un. Après-midi j’irai peut-être à Achères voir Mme Devy et ce soir je vous enverrai une petite lettre pour vous raconter ma journée. Chez Ivanski j’ai trouvé une lettre d’Eugène mon cousin qui, venu récemment à Paris et ayant leur adresse par Guy Durif, a cherché à me voir, croyant que j’étais de retour de permission.
Au revoir petit poulet et tous les mômes, à ce soir je vous enverrai encore un petit mot. Mille grosses bises à tous.

Georges