Oran – Samedi 10 à 16h

Période :

Résumé

En transit à Oran après un voyage pénible depuis Casablanca, il prépare son départ vers la France, espère rejoindre bientôt sa division au repos et rêve surtout de retrouver définitivement sa famille.

Mon cher petit chéri. Je suis à Oran depuis hier soir 19 h et je t’écris de ma chambre d’hôtel de cette ville que je n’aime pas. Je suis parti de Casa jeudi matin au train de 7 h 25 du matin pour arriver ici vendredi soir à 7 h. Voyage peu agréable avec un train bondé de monde, s’arrêtant et se retardant à toutes les gares. On m’a logé ici heureusement dans un bel hôtel en plein centre de la ville où je peux au moins me reposer. Ce matin je me suis occupé de mon départ car l’essentiel est de traverser la mer. En principe je pars lundi soir à 16 h par bateau et cela ne me fera que peu de temps à passer ici. Je vais essayer cependant ce soir et demain de voir si un avion ou un hydravion ne partirait pas (avec moi) avant mardi et je te le dirai en t’écrivant demain soir. De toute façon, mon départ est assuré pour après-demain et je ne me repens pas d’être venu jusqu’ici car voilà bientôt une semaine que je t’ai quittée et je suis toujours en Afrique du Nord.

Hier j’ai rencontré à mon arrivée un sous-lieutenant de ma division qui m’a appris que celle-ci était au repos à Châteauroux. Tu vois donc que pendant un certain temps je ne risquerai rien et que je pourrai t’écrire à mon aise. Il n’empêche que je suis de plus en plus décidé à demander mon affectation au Maroc et si je réussis, ce qui n’est pas sûr, cela me ferait un immense plaisir de me rapprocher de vous tous. J’ai vu ici aussi le Capitaine Descottes de l’électricité de Safi qui m’a invité à déjeuner à sa popote aujourd’hui et qui a été très chic avec moi. Il m’a dit qu’il pensait aller à Safi dans une dizaine de jours et qu’il irait te dire bonjour de ma part. Lui aussi en a marre et a hâte de revenir à la vie civile : comme je le comprends ! Enfin si tout va bien, je serai en France mercredi prochain et je crois que, en comparaison d’autres militaires, je n’aurai pas trop perdu mon temps.

J’ai appris aussi que notre division se transformait actuellement en corps d’armée et je me demande si je conserverai toujours le même emploi. Je te le dirai dès que je serai fixé. Ici bien entendu je m’ennuie et après t’avoir écrit, j’irai au port voir ce qui s’y passe pour essayer d’avancer mon départ. Comment va mon petit Jean-François ? et Lulu et toi même ? J’ai hâte tout de même d’avoir de vos nouvelles et je me réjouis d’avance à la pensée de trouver tout un tas de lettres de toi à mon arrivée. Crois bien que je n’ai qu’une seule hâte : celle de vous retrouver vite et de vivre enfin et pour toujours à côté de toi et de mes grandes filles et de mon petit Jean-François que j’ai trouvé si mignon. Au revoir petit poulet, demain je t’enverrai encore un mot. Une grosse caresse à Paulette, Lulu, Jackie et « au petit » de leur papa et pour toi les meilleures de ton méchant mari qui t’aime bien beaucoup. 

Ce soir j’ai invité M. Descottes à manger avec moi au Cercle des officiers. Encore une bise 

Georges