Résumé
Retardé dans son retour par des difficultés de transport, il rassure sa femme sur son voyage vers Oran puis la France, prend des nouvelles des enfants et évoque avec tendresse leur séparation.
Mon cher brave petit poulet. Deux fois déjà que tu m’as écrit, comme tu es gentille ! Je te demande pardon de t’avoir téléphoné aujourd’hui, mais restant ici un jour de plus j’avais hâte d’avoir des nouvelles de Jean-François et aussi de te dire ce que je devenais. Donc ce matin je suis allé au terrain d’aviation avec mes bagages prêt à partir… et j’en revenais deux heures après ce qui a bien fait rigoler Elvire. L’avion était trop chargé et certains passagers dont moi avons été obligés d’abandonner notre idée, ce que je préfère somme toute car c’est un avion bombardier peu agréable. J’ai donc à nouveau fait des démarches ici et je pars tout simplement avec le train demain matin à 7 h. J’y ai une place réservée et je serai à Oran vendredi après-midi à 4 h. Un bateau étant signalé pour la fin de cette semaine, j’espère ne pas y faire long feu. Malheureusement tout cela me met un peu en retard car je n’arriverai pas avant le 15, peut-être après, alors que je suis parti depuis le 2 février. Tant pis, j’ai passé ma permission chez moi et c’est là au fond l’essentiel. Dire qu’en ce moment j’aurais dû être tout près de Lyon !
Je suis content que tu m’aies dit que Jean-François allait mieux, mais ses dents ont-elles commencé à sortir ? Soigne bien ta gorge et celle de Lulu et dis-moi bien vite que vous êtes tous en bonne santé. Je n’ai pas pu toucher mon argent français qui est à Rabat car pas moyen de me rendre là-bas à cause de la rareté des trains. J’ai écrit pour qu’on me l’envoie en France mais tu avoueras que tout cela est bien mal fait.
Maintenant je vais aller à la gare pour porter une valise afin que demain matin je n’aie pas besoin de la transbahuter. Je mettrai ton petit mot à la poste et j’achèterai quelques journaux pour lire dans le train car le voyage est long. Et puis demain au revoir au Maroc.
N’oublie pas nos conventions lorsque les dates seront soulignées. J’ai essayé de téléphoner à Maurice mais il paraît que son téléphone est en dérangement. J’ai vu le Capitaine Pomeret (124 avenue Gal Moinier, téléphone A 01.29), qui n’a guère envie de retourner là-haut et cela se comprend. Pas vu d’autres connaissances. Au revoir petit chéri. Je t’écrirai d’Oran mais ne t’impatiente pas car il y a très peu de trains et il faudra plus longtemps pour que le courrier t’arrive. Une grosse caresse à Jean-François et à mes trois grandes filles, et pour toi bien grosses bises de ton mari qui t’aime beaucoup et pense bien à son petit poulet.
Georges

