Casablanca – mardi 6 mars 18h

Période :

Résumé

Après quelques jours heureux en famille, il repart en avion pour Lyon. Il rassure sa femme, évoque leur séparation, ses enfants, et promet de revenir bientôt définitivement.

Mon cher petit chéri. De chez Lucien je t’envoie ce mot. Depuis hier midi je cours de bureau en bureau pour avoir un moyen de départ. C’est difficile mais je viens d’avoir enfin satisfaction : je pars demain en avion sur un « marauder » pour Lyon où j’arriverai vers cinq heures après-midi. Je te télégraphierai dès mon arrivée. J’espère que mon voyage se passera bien et surtout sans incident. Je suis un peu dépaysé de me retrouver en route, de t’avoir laissée ainsi que les petites et mon petit bout d’homme après ces quelques jours si agréables que je viens de passer chez moi. J’ai même le cafard de te laisser à nouveau, non pas pour moi seul mais pour toi mon petit chéri qui a tant d’occupation et de soucis avec tout ton petit monde. Sois toujours bien courageuse et bien patiente, soigne-toi bien aussi et n’aie pas de souci pour ton méchant mari. Je ferai attention à tout et peut-être je reviendrai bientôt pour toujours car j’en ai marre d’être séparé de toi. Écris-moi comme avant, tu me feras bien plaisir, fais-moi toujours confiance pour tout car je t’aime beaucoup et tu le mérites bien.

Si tu en as envie, sors un peu, va à Marrakech, à Khouribga ou à Casa, d’avance, je te donne toutes les autorisations nécessaires. Je veux que tu te portes bien et que tu n’aies plus le cafard. Comment va mon petit Jean-François ? J’espère qu’il va tout de même mieux qu’hier et je compte avoir une lettre de toi en arrivant. Je voulais te téléphoner aujourd’hui et n’ayant pu le faire pendant les heures de classe je ne veux pas te faire courir de chez toi chez madame de Johannis. Tant pis, je partirai sans t’avoir parlé une fois de plus, mais à quoi bon avoir à nouveau la peine de se dire au revoir ? ?

Ici, Lucien et Elvire me reçoivent bien mais je ne me sens pas chez moi car la vie de mon frère ne m’intéresse pas tu le sais bien. J’ai même hâte de partir d’ici et je crois qu’il vaut mieux que tu n’envoies jamais les filles seules ici. Lucien est sur le point d’acheter une villa à Beauséjour pour y habiter, quand ce sera fait il vaudra mieux que tu viennes avec elles ici. Je compte que Paulette, Lulu et Jacquie seront toujours bien gentilles avec leur maman, qu’elles t’aideront bien, ne se disputeront pas et travailleront bien en classe.

Je voudrais te dire beaucoup de choses dans cette lettre mais je suis un peu comme quand je suis arrivé et le bruit de la maison de Lucien n’est pas pour m’aider à être tranquille un moment avec toi. Je reviendrai vite, va petit poulet. 

Au revoir encore en attendant mon prochain mot de France. Je vous embrasse tous mille fois bien affectueusement comme je vous aime et je penserai toujours bien à vous. 

Encore une grosse caresse pour toi petit poulet et une pour mon petit Jean-François toujours si mignon.