Marrakech – 12 octobre

Période :

Résumé

Lettre datée du mardi 12, sans mois, mais qui évoque un courrier qui ressemble au précédent, laissé à Safi. On y apprend que sa voiture n’est ni réquisitionnable, ni vendue, et qu’il attend une mutation qui lui permettra de montrer que lui-aussi est un homme (deuxième référence à cette notion, qui montre l’importance qu’elle avait pour lui, en lien avec des reproches…)

Ma chère petite chérie. D’abord un mot. tu as dû trouver dans ton porte feuille ma lettre écrite dimanche après midi. Je suis sûr qu’après l’avoir lue tu m’as pardonné mon mensonge. car au fond je crois bien n’avoir pas voulu être méchant. Pas vrai ! A quel moment l’as tu trouvée?

Il a fallu pousser la Chrysler sur la descente et le voyage s’est effectué sans incident. et à 8h1/4 nous étions à Marrakech. Rien de nouveau pour moi sinon une lettre du capitaineDelage, pardon ! du commandant, que je te joins mais que tu me garderas.

Lundi après midi, hier, J’ai été convoqué pour présenter bezzaf ma bagnole à la réquisition. Toujours obéissant je suis allé et on m’en a donné 34500 francs. Heureusement que ton Georges est un malin et que dans la légalité j’ai trouvé moyen au dernier moment, de prouver qu’elle n’était pas réquisitionnable… et j’ai toujours mon taxi. Je te raconterai cela quand j’irai te voir. Je vais quand même essayer de la vendre car je ne voudrais pas la garder sur les bras lorsque je partirai et tu peux croire que j’espère que ce sera bientôt, ne serait ce que pour te montrer que ton Georges est lui aussi un homme.

J’ai rencontré hier ici René Henry d’Ifrane, classe 44 qui était mobilisé au même régiment qu’Yves mais qui devait rejoindre qqs jours plus tôt. Il m’a confirmé que sa mère et Nanou étaient bloqués en France, que Josette avait été reçue au bac et que Mireille faisait la cuisine de son père toujours receveur des PTT mais qui a vendu son bled il y a qq temps. Lui, avant d’être mobilisé, faisait le marchand de bétail. Marrant ! Il n’avait pas l’air très enchanté de sa mobilisation et j’espère le voir bientôt en uniforme en même temps qu’Yves.

Aujourd’hui à midi j’ai été invité à dîner chez Gabanelle pour manger deux perdreaux et ce soir chez Maurice. Tu vois que je suis toujours bien reçu et que si je n’étais pas loin de mon petit poulet (et non pas de ma vieille poule !) tout irait bien donc du moins assez bien car rien ne vaut sa maison et son chez soi, surtout quand on a une gentille petite femme comme la mienne. 

En arrivant hier j’ai trouvé ta gentille petite lettre de mardi et quoique tardive à cause de mon départ j’ai été bien heureux de l’avoir et je suis persuadé que cela m’a enlevé un peu du cafard que j’avais de revenir seul ici. Tu ne trouves pas que c’est malheureux de toujours bien aimer sa petite femme ?

Demain soir je tâcherai d’être à l’arrivée du car. Peut être Yves m’apportera t il une lettre de toi. En tout cas je le garderai pour souper avec moi et parler un peu de la maison car au fond il est bien gentil et il est naturel qu’à son âge on fasse des choses qui ne plaisent pas toujours aux ainés que nous sommes pour lui. Comme la maison va te sembler encore plus vide maintenant.

Sois toujours bien gentille petite Yvonne et occupe toi bien des 3 petites et tu verras que bientôt le moment reviendra où nous pourrons revivre une petite vie bien tranquille et bien heureuse, comme avant.

Mon contrat de location de voiture n’est pas encore renouvelé. Le sera t il ? Je l’espère sans en être bien sûr. En attendant je suis de service demain mercredi mais ne le serai pas dimanche. Au cas donc où je le serai le dimanche suivant je ferai l’impossible pour aller te voir samedi. Je te le confirmerai par téléphone jeudi à 1h ou 1h 3/4 chez M. de Johannis afin que tu puisses retenir 2 bonnes places au cinéma pour samedi ou dimanche soir, car je sais que cela te fera plaisir, n’est ce pas ma petite vonvon ?

J’espère que depuis mon départ (gros méchant va me diras-tu ! ) tes démangeaisons te passent un peu. De toutes façons je suis sûr que cela te passera bientôt. Peut être as tu déjà fini ton traitement de piqûres. Il me tarde bien que tu n’aies plus de misères car je t’aime trop pour te voir souffrir même pour de petites choses.

Je suis en train de penser que j’ai oublié d’arranger la courroie du roule-doux de ta salle de bain ? ne me maudis tu pas trop au moins ? Par contre j’ai songé ici à ton bracelet à arranger. Le bijoutier que j’ai vu ici m’a dit qu’il fallait l’envoyer à Casablanca. J’espère bien cependant trouver moyen de le mettre en état et peut être que je pourrai l’apporter samedi. Je te cherche aussi des pommes de terre mais sans grand succès jusqu’à maintenant quoique je remue ciel et terre pour te faire plaisir.

Dis encore à Paulette surtout à Lulu et à Jacky aussi que je veux qu’elles soient bien sages avec toi et qu’elles travaillent bien pour faire plaisir à leur papa et je compte sur leur petite maman pour s’en occuper. Je vais aller au boulot maintenant et mettre ta lettre à la poste en passant pour que tu l’aies plus tôt

Au revoir ma petite femme chèrie. Ne m’en veux plus de dimanche parce que je t’ai écrit en te racontant des blagues et sois bien certaine que peu de maris aiment leur femme comme moi je t’aime, maintenant plus qu’avant encore. Je t’embrasse bien affectueusement et sans vouloir te faire de misères, ton Georges