Ma petite chérie, je crois que j’ai travaillé avec plus de courage encore d’avoir pu te téléphoner après-midi. Tu es bien gentille d’accepter que les Gabanelle viennent samedi avec moi et je leur ai fait part de notre invitation sitôt après le téléphone : ils ont accepté et samedi je t’amènerai donc avec moi une pleine auto de monde : madame monsieur et rejeton. Nous repartirons lundi matin de bonne heure car je ne sais pas si je demanderai l’autorisation pour lundi matin et d’autre part le loupiot doit rentrer au lycée de bonne heure. En attendant à jeudi au téléphone à 1 h ½. Tâche de trouver de l’apéro pour dimanche et du vin vieux pour Noël.

Pendant ton séjour ici il est entendu que Jacquou couchera avec ses sœurs chez Gabanelle pour nous permettre d’être plus libres et aller par exemple au ciné si on en a envie. Je suis malheureusement de service le 23 jusqu’au 24 à 8 heures du matin mais je tâcherai de me faire remplacer et de prendre mon tour avant. Je te le dirai à temps, n’aie pas peur. Toujours rien de neuf pour ma mutation.

Demain après-midi je téléphonerai à Rabat à ce sujet car la fin du mois approche et je n’ai toujours rien. Rien de nouveau ici je suis un peu fatigué ce soir car j’ai un bon rhume et j’ai froid. La pluie n’est pas faite pour m’arranger mais je suis sûr que dans 48 h cela ira mieux : je dois prendre froid en couchant toujours seul dans mon grand lit…

Demain matin le boulot de l’examen commence à 7 h et il en sera de même tous les jours de cette semaine. Mais pendant les fêtes de Noël j’en profiterai pour faire de bien grasses matinées pendant que tu iras chercher le café ? ! ? ! ? Non va ne t’en fais pas petit poulet ! Tu sais que je t’aime bien quand tu me parles du petit drap. Tu es une bien brave petite fille et je suis heureux et bien fier de t’avoir pour petite femme. Sois bien contente et bien calme et tu me feras encore plus plaisir. J’espère que ton mal au ventre et aux reins t’a complètement passé et que tes démangeaisons vont aussi mieux maintenant. Dis-moi si tu es allée voir le toubib et ce qu’il t’a dit. Pendant que je t’écris, la pluie est en train de se calmer et j’en suis heureux car Marrakech sans le soleil est encore plus triste que d’habitude.

Je m’arrête petit poulet, excuse ma lettre faite en vitesse mais je ne suis pas très d’aplomb et un peu énervé de mon boulot sous la pluie aujourd’hui et de mon rhume. Je mettrai ma lettre à la poste ce soir et j’espère qu’elle prendra le car demain matin.  À jeudi au téléphone et à samedi pour manger une bonne quiche ou des rillettes de ma petite femme. Prends une provision de pinard pour ne pas en manquer le dimanche. Embrasse bien les trois fifilles pour leur papa et pour toi la plus grosse caresse de ton Georges qui t’aime bien beaucoup et qui pense trop à toi pour être heureux lorsque tu n’es pas là. Encore une bise

Mon cher petit poulet. Voilà un dimanche que nous ne passerons pas ensemble cette fois-ci, et combien d’autres par la suite ? Il fait pourtant si beau ce matin ! Tant mieux d’ailleurs puisque cela te permettra de passer une très agréable journée chez Madame Videau avec tes trois filles. Et j’espère que ce soir une gentille lettre de ma petite vonvon lui racontera un peu ce qu’elle devient. J’espère que tu as reçu les pommes de terre et ma lettre que je t’ai envoyées par le capitaine Binet. Mange bien des pommes de terre car je t’en apporterai encore dimanche et je précise bien que tu en trouveras ensuite facilement : c’est bien entendu grâce aux Gabanelle que je peux t’en procurer. As tu vu à ce propos qu’à Casa le prix officiel des pommes de terre était 12F le kg alors que dans le bled le prix d’achat aux indigènes est de 3F50.

Es-tu allée au ciné hier ? J’espère que samedi soir nous irons ensemble à Safi et je te préviendrai suffisamment à temps pour que tu puisses retenir nos places. Et moi aujourd’hui dimanche je travaille depuis 8 h ce matin. C’est-à-dire que je me retrouve dans mon élément et mon dieu avec pas mal de plaisir. C’est aujourd’hui que l’on fait l’examen écrit d’IPM : dictée, composition française et maths. Pendant que mes 26 candidats font leurs math — ils ont fini déjà dictée et comp. française — moi je suis assis au bureau pour t’écrire. Mais ne t’en fais pas, personne  ne copie car l’adjudant Rommens veille ainsi qu’un aspirant… Quant à Lévesque, il est à la chasse ce matin, avec mon autorisation bien entendu…

Nous sommes installés dans une grande salle du lycée et tu vois qu’il n’y a rien d’étonnant que je me retrouve dans mon élément. Et à partir de demain et jusqu’à samedi matin inclus, l’examen va barder. Pourvu que je puisse être libre samedi après-midi ! mais je tâcherai bien de me débrouiller, ne te fais aucun souci.

Hier et cette nuit j’étais de service. Je n’ai pas été dérangé une seule fois et j’ai très bien dormi, ce qui est assez rare lorsqu’on est de permanence : mon prédécesseur de la veille avait passé sa nuit blanche à déchiffrer des télégrammes. Aujourd’hui après-midi je ne sais ce que je vais devenir car je ne veux pas toujours encombrer les Gabanelle.

J’irai peut-être faire un tour en vélo aux environs de Marrakech tout seul en pensant au petit poulet. As-tu reçu une lettre des Bénais et as-tu pensé à écrire à Elise ? Je suis content que tu puisses me faire un pyjama qui ne sera pas un luxe pour moi, tu es une bien brave petite femme. Si tu sais les faire et si ce n’est pas trop dur, ne pourrais-tu pas me faire des gants de laine ? Je ne crois pas d’ailleurs que cela soit possible car c’est certainement bien difficile de faire des doigts. Mais n’en trouve-t-on pas à vendre ? Je me gèle les mains en vélo à 8 h du matin et cela me serait bien utile. Passe une bonne journée chez madame Videau et ne racontez pas trop de mal de vos maris qui ont certainement des défauts mais qui vous aiment beaucoup. Oui mon petit poulet ton Georges t’aime bien beaucoup et toi aussi n’est-ce pas ? Dis à Paulette, Lulu et Jackie d’être bien sages et bien travailler à l’école si elles veulent que le Père Noël les gâte bien à Marrakech. Et toi le Père Noël ne pensera à toi que si tu es toujours bien gentille et si tu n’oublies pas qu’il y a des cars Safi — Marrakech les lundi, mardi, jeudi et samedi…

Au revoir petite chérie, je vais moi aussi faire les problèmes pour les corriger plus facilement. Je t’embrasse bien bien affectueusement et mille fois.

Je suis impatient de te revoir.

Mon cher petit chéri. Comme je suis sage ! Il n’est que huit heures et je suis déjà dans ma chambre. Après mon travail à 6 heures j’ai rôdé un peu dans les rues de Marrakech (sans faire de l’œil aux petites dames !) et à sept heures moins le quart je suis allé au cercle pour dîner. À 7 h ½ j’avais fini et je suis venu dans ma chambre pour t’écrire un peu. Comment vas tu depuis hier mon petit chou ? J’espère que depuis mon départ tes démangeaisons vont beaucoup mieux et que ton bon moral reprend le dessus. Tu dois être en train d’écouter Radio Toulouse au coin de ton feu : comme je voudrais être encore avec toi !

Aujourd’hui j’ai reçu des indications pour les examens d’IPM. Au lieu d’être fixés à la mi-janvier comme prévu, ils vont avoir lieu du 9 au 20 décembre. Sois donc certaine que le Cdt Delage ne me laissera pas partir à ce moment-là et tu sais bien qu’à quelques jours près je m’arrangerai pour passer les fêtes de Noël avec toi et à Marrakech comme je te l’ai dit dans ma lettre de ce matin. Donc fais une petite risette et sois plus contente.

Il fait toujours un froid de canard à Marrakech et demain je me remets en culottes et bottes : je serai mieux ainsi et j’aurai toujours le temps quand il fera meilleur de me remettre en américain. Et ainsi mes chemises me gratteront moins. Toujours entendu pour samedi 4 décembre. Je ne crois pas avoir aucun empêchement et il se pourrait même qu’avant je vienne te prendre à Safi pour aller à Mogador ensemble comme je te l’avais dit. Ce serait sans doute le vendredi 3 et nous irions à Mogador le dimanche 5. Mais chut ! n’en parlons pas trop à l’avance je te le confirmerai d’ici très peu de jours. Je vais m’arrêter de t’écrire et me coucher pour lire des journaux que j’ai achetés ce soir. Demain matin je viendrai bavarder un peu avec toi et mettre ma lettre le soir à la boîte pour qu’elle parte sûrement avec le car de samedi afin que tu l’aies lundi. Bonsoir petite vonvon chérie une grosse bise. Dors bien.

Bonjour petit chéri j’ai eu froid encore cette nuit mais j’ai assez bien dormi et toi ? Je vais aller au boulot car j’en ai beaucoup beaucoup en ce moment à cause de la préparation des examens, mais je préfère qu’il en soit ainsi. C’est jeudi aujourd’hui et il me tarde d’être à 1 h ½ pour te téléphoner. Au revoir petite Yvonne, je terminerai ma lettre sans doute ce soir…

Vendredi matin. Hier soir j’ai dîné chez Gabanelle avec un monsieur et son fils qu’ils avaient invités. Et comme cette personne n’était pas trop bavarde, ils m’ont invité pour tenir un peu le crachoir. J’ai mangé un poulet en sauce qui était délicieux mais pas meilleur que ceux que me fait manger souvent ma petite femme. Cela m’a empêché de t’écrire hier soir.

Ce matin comme hier d’ailleurs j’ai un travail fou à cause des prochains examens d’IPM. J’en suis content car le temps passera plus vite pour moi. Hier il m’a semblé que tu étais plus contente au téléphone, est ce vrai petite chérie ? Jackie m’a bien fait rire en me disant « Allo papa » et elle devait être pas mal fière de raconter à ses sœurs qu’elle m’avait téléphoné. À lundi encore entre 10 h et midi au bureau de l’école. Je suis content que tu auras ma lettre demain. Le jeune homme doit me la prendre après midi. Que vas-tu faire dimanche ? Vas donc te promener un peu avec tes trois mistonnes s’il fait soleil. Moi je vais certainement bien m’ennuyer mais je penserai à toi et je t’écrirai encore.

Je n’ai toujours rien de nouveau pour moi et si je suis sûr que je ne serai plus en janvier à la Préparation militaire, je crois bien que nos vacances de Noël se passeront ensemble ici et tu peux croire que cela me fait plaisir.

Au revoir mon petit une caresse à chacune de tes filles. J’espère avoir une lettre de toi ce soir. Écris-moi souvent. Grosses caresses ton mari qui t’aime bien beaucoup

Ma chère petite femme. Je viens de finir de manger chez Maurice (purée et rôti de porc), et avant d’aller au boulot je viens bavarder un peu avec toi car je suis sûr que cela te fera plaisir. Hier voyage sans histoire, arrivée à Marrakech à six heures moins le quart juste le temps d’aller faire un tour au bureau, de ranger mes affaires et mon auto et de dire bonjour à Maurice et chez Gabanelle où j’ai été aussitôt retenu à dîner, ce que j’ai accepté avec plaisir car bien entendu j’avais le cafard et ne me sentais pas en veine pour aller au restaurant. Je me suis couché à 9 h ½ et j’ai eu froid toute la nuit. Aussi sur ma demande le proprio a-t-il mis ce matin une couverture supplémentaire.

À midi aujourd’hui j’ai déjeuné chez Maurice mais sans grand enthousiasme Claudia est malade de ses jambes et le docteur craint une phlébite si elle ne se soigne pas. Les gosses enrhumés et Maurice de bonne humeur fabriquent en grosse quantité des avances pour Noël : petits fours aux amandes et chocolat au goût d’huile hemani à 250 francs le kg. C’est cher et pas très bon.

Hier les Gabanelle très très gentils insistent pour avoir des nouvelles de vous tous et organisent déjà vos vacances de Noël à Marrakech comme à la Toussaint, avec en plus arbre de Noël pour les gosses, réveillon etc… etc…

Ils confectionnent déjà une poupée pour leur petite nièce ou cousine et une pour Jackie qu’ils appellent « le diable » (Jackie, pas la poupée) Mais ne lui dis pas ce sera une surprise pour elle. Pour moi au bureau absolument rien de nouveau et je ne demande plus rien, me résignant toujours pour toi, à suivre mon sort quel qu’il sera.

Beaucoup de travail en perspective et cela me plaît car je languirai moins…

[en marge : tu penseras à moi dimanche où je serai de service toute la journée. Encore une grosse bise]

Ma chérie. Je viens de dîner au cercle des officiers, tout seul et bien tranquille et avant d’aller à mon boulot je viens bavarder un moment avec ma petite vonvon que je n’aime plus du tout, puisqu’elle m’a laissé dormir tout seul dans mon grand lit… Hier soir, retour sans grand incident sauf un bourricot qui a eu la mauvaise idée de recevoir au passage une bonne gifle du phare droit de l’auto sans grand mal d’ailleurs pour l’un et pour l’autre. Le propriétaire de l’animal nous a versé séance tenante 200 francs et avait l’air bien heureux de s’en tirer à si bon compte : c’est M. Gabanelle qui conduisait.

Arrivée à Marrakech vers 11 heures et au lit à peu près tout de suite avec mon sarouel qui n’a plus qu’une poche mais qui est très bien arrangé : il te restera toujours l’autre poche en réserve pour la prochaine fois… Ce matin je suis allé au travail comme d’habitude et tout s’est bien passé. Je suis donc bien heureux d’avoir pu vous ramener de cette façon et on tâchera de recommencer n’est-ce pas petit poulet ? Toujours rien de neuf pour moi et rien de prévu pour la visite du commandant Delage. Je prendrai donc ma permission de façon à être samedi 13 à Safi : comme convenu et sauf imprévu bien entendu. Comme nous l’avons décidé ensemble je vais recommencer à aller un peu plus souvent au mess et un peu moins chez Maurice et cela vaudra mieux je crois. Mme Gabanelle te remercie bien pour ton chocolat et trouve que tu l’as trop gâtée.

Et toi, as-tu passé une bonne nuit dans ta grande maison ? J’espère que tu seras contente, et les filles aussi, de vos trois jours passés à Marrakech malgré le mauvais temps ( il fait beau maintenant ! ! ! !) et tes petites misères. Je n’ai peut-être pas été très très gentil avec toi le premier jour. C’est parce que j’avais cru comprendre que tu étais allée voir le Docteur Ruelle pour le même motif qu’au printemps dernier. Il ne faut pas m’en vouloir ma petite Yvonne, tu sais bien que tout en voulant te faire plaisir je ne voudrais pas que tu recommences comme en juin. Mais je me suis trompé n’est-ce pas et je suis sûr que d’ici très bientôt tu iras bien mieux et que toi aussi tu auras retrouvé ton vrai joli sourire et que tu iras bien en aimant bien ton méchant petit mari qui ne sait souvent pas comment faire pour rendre heureuse cette petite femme blonde aux si jolis yeux et qu’il aime toujours un tout petit peu… Soigne-toi bien puisque ton Georgeau n’est pas là pour te faire des misères et chaque fois que tu le peux écris-moi bien longuement sans t’occuper du départ ou de la lenteur des courriers. Tes lettres me parviennent et sont bien lues tu peux le croire et c’est là l’essentiel. Raconte-moi bien tous les détails de ta vie quotidienne à Safi, ce que vous faites toutes les quatre, car j’aime bien le savoir pour vous suivre toujours et me sentir un peu avec vous de cette façon. Occupe-toi bien du travail d’école des trois filles et pour Paulette apprends-lui gentiment, comme une maman sait le faire, à être une jeune fille bien gentille qui a confiance en sa maman surtout. – Est ce que tu as installé tes tapis ? Raconte-moi aussi cela, tu me feras plaisir. Je vais m’occuper de la selle de M. Videau et un de ces jours j’irai voir le malade à l’hôpital mais sans aller dire bonjour à Madame Mathieu, de peur que sa grande beauté et sa pétulante jeunesse me tombent et me rendent complètement amoureux… (Pas mal dit hein petite fille ?). As-tu pensé à m’acheter un pot de moutarde ? Le lit de Jackie est toujours installé dans ma petite chambre et j’ai l’impression que ce soir vous serez toutes les deux là. Hélas, j’en connais un qui aura bien le cafard ce soir en venant se coucher…

Au revoir petite chérie, à samedi au téléphone. Je t’écrirai encore pour qu’à chaque départ du car une lettre parte de Marrakech. Toi aussi écris-moi souvent et pense bien à ton petit homme qui t’aime beaucoup et qui veut être bien aimé de sa petite femme chérie.

Une grosse bise bien sage.

Ma petite chérie, tu dois être occupée à écouter Radio Toulouse pendant que je t’écris. Petite veinarde qui est chez toi, si je pouvais moi aussi y être… Je suis de service aujourd’hui mercredi comme la semaine dernière au même jour et je ne fais plus que de m’ennuyer : j’ai le cafard, le cafard d’être séparé de toi alors que je serais si bien à la maison. Mais toi aussi tu dois voir tes petits soucis et je suis sûr que ta maison te semble vide et bien grande sans ton petit mari. Patience ma petite femme je suis sûr que bientôt nous serons réunis comme avant et que nous vivrons heureux comme nous l’avons pu être auparavant. En attendant occupe-toi bien de nos trois petites filles, aime bien ta maison et si tu as trop le cafard écris-moi. Dis-moi alors tout ce que tu voudras, je te comprendrai toujours et cela te fera du bien : je t’aime trop pour qu’il en soit autrement.

Quand recevras-tu cette lettre. Je crois que Pondelé part en permission vendredi matin, je la lui remettrai si cela est exact. Sinon je la porterai au car de 6 h ½ pour trouver quelqu’un qui puisse te la remettre. Et puis je ne tarderai pas à suivre cette lettre puisque j’ai dans la poche un ordre de mission pour Mogador, Safi et Port Lyautey. Je partirai de Marrakech vendredi matin pour Mogador et serai à Safi le soir vers 18 ou 19 heures. J’y resterai jusqu’à lundi matin et officiellement. Tu peux donc retenir deux belles places au cinéma pour samedi soir car j’aurai bien du plaisir à t’accompagner pour voir le film Angelica. Un ennui cependant : j’ai bien mon ordre de mission et ma bagnole mais mes accus sont complètement à plat et détraqués et je cherche de tous les côtés à m’en faire prêter en attendant qu’on me les répare. Sûr de moi j’en trouverai certainement et si tu n’as pas reçu de communication téléphonique avant cette lettre c’est que je serai à Safi vendredi soir. Impossible par ailleurs de me faire prêter une voiture militaire car il n’y en a pas en ce moment mais enfin j’ai confiance, et à bientôt.

Par ailleurs, j’ai décidé que tu viendras passer les vacances de la Toussaint avec moi et avec les trois filles. Madame Gabanelle nous prête une chambre pour Paulette et Lulu et Jackie aura le petit lit de Maurice dans notre chambre chez Garnier. Retiens donc toutes tes places à la CTM et prends tes lainages pour vendredi 29 octobre après-midi. Les filles ne manqueront que la classe du samedi matin et du vendredi après-midi. Cela n’est pas grave et je vous ramènerai le dernier jour des vacances mardi soir en auto. Cela te fera du bien ainsi qu’aux filles et pour moi il vaut mieux ne pas en parler. Le commandant Delage ne viendra pour sa tournée que le 7 novembre. Je prendrai donc ma permission seulement après le 11 novembre et on verra venir par la suite.

Hier soir j’ai fait un bridge chez le docteur Raymond, j’ai gagné 51 francs tu parles d’un grand joueur. Mme Raymond t’envoie ses amitiés et veut un service à café de chez Lamali, le lieutenant Mathieu aussi. Tu me feras penser à ces commandes quand je serai avec toi. Ceux du commandant Delage doivent d’ailleurs être prêts. Et madame Mathieu que je n’ai pas vue, mais que j’ai eu au téléphone au sujet de son mari qui est en Corse nous attend à dîner au cours de ton séjour de la Toussaint. Ne parlons pas des Gabanelle et de Maurice qui nous attendent également. Tout est donc arrangé sans toi, comme un tyran que je suis envers toi et retiens vite tes places à la CTM pour vendredi 29 car les cars sont toujours combles parce que très courus.

Ma voiture n’est pas encore vendue et je me demande si je la vendrai un jour. Au revoir ma petite vonvon chérie, ton Georges va une fois de plus se coucher en pensant à toi. Sois bien contente et ne languis pas trop. À vendredi sans doute embrasse bien les petites pour leur papa.

Je t’aime bien et je t’embrasse mille fois bien affectueusement. Ton méchant mari va encore bientôt te faire revenir tes petites misères, une grosse bise

Ge

Ma chère petite vonvon. J’ai reçu hier soir ta lettre dimanche. Quel plaisir pour moi de lire les lettres du petit poulet. Je l’ai lue et relue le soir avant de me coucher. J’espère que ta colère contre les gérants de l’internat t’a complètement passée. Tu as bien fait de ne pas te laisser faire. Là je reconnais bien ma petite femme et tu me fais plaisir d’être ainsi. Ne te rends cependant pas malade à cause de gens et quelquefois de choses qui n’en valent pas la peine et quand tu as le moindre chagrin, écris le moi bien vite : moi je te défendrai. Félicitations aussi pour avoir écrit à ton petit mari d’une écriture bien serrée et sur les deux pages entières. Continue donc ces bonnes traditions. J’ai porté ton stylo à arranger mais c’est sans garantie de casse au cas où le réparateur ne pourrait remettre la plume d’aplomb…

Et tes piqûres ? J’ai pensé à toi lundi à 4 h ½  ? Est-ce que cela ne t’a-t-il pas fait trop de mal et en as tu ressenti des bienfaits très nets ? Tu verras qu’en te laissant bien soigner tu reprendras peu à peu ton calme et ta tranquillité. D’abord dimanche prochain, comme je te l’ai dit je compte t’enlever jusqu’à mercredi ou jeudi. Si tu es d’accord, je viendrai sans doute (de toute façon d’ailleurs même si tu n’es pas d’accord) samedi soir vers 8 heures, et nous reviendrons ensemble dimanche soir en partant vers 17 h pour éviter de faire lever Jacquou trop tôt lundi matin. Demande aux Johannis s’ils veulent te garder Paulette et Lulu et dis-leur qu’ils feront bien plaisir au petit mari de toi. Tu reviendras ou avec le car mercredi mais je tâcherai de te ramener avec ma bagnole.

Profites-en en tout cas maintenant d’abord parce qu’il fait délicieusement bon à Marrakech en ce moment, ensuite parce que si je pars à Casa ou ailleurs ce ne sera peut-être pas aussi commode et ensuite parce que je cherche à vendre ma bagnole. Les Américains veulent me l’acheter mais ils n’ont pas l’air de vouloir m’en donner 50000 francs comme je le désire disant qu’elle est un peu vieille. Si je trouve à la vendre je la bazarde d’ailleurs aussitôt. D’accord ? alors prépare ta valise et tes gentillesses pour ton petit mari chéri…

Il est 7 h je t’écris seul de mon bureau car tout le monde est parti. J’ai un gros travail en ce moment mais tout se tassera. Mes actions sont en train de remonter dans la maison et si je suis ici par force, et par force seulement crois-le bien je crois que je pourrais me réacclimater à mon entourage ! En attendant toujours aucune nouvelle pour moi et je voudrais bien que cela ne tarde pas trop.

Ce matin, grande revue à l’occasion de la visite du Général Commandant les troupes du Maroc. J’ai présenté mes élèves, assez nombreux d’ailleurs et de fort bonne allure, à ce grand chef qui m’a félicité comme il se doit… mais au diable les félicitations !

J’ai en ce moment un gros rhume, mal à la gorge. Je me bourre d’Aspro et de pommade goménolée pour être guéri vendredi car je dois faire un laïus sensationnel à la rentrée du lycée, vendredi à 8 h ½, au cours d’une manifestation pleine de cérémonies et de grands chefs : je me mettrai en drap ce matin-là pour être plus beau. Mais n’aie pas peur, je ne me laisserai pas enlever car c’est toi et toi bien seule que j’aime bien et je ne te le dirai jamais assez, gentille petite vonvon, et si jolie aussi malgré que tu hausses les épaules en lisant cela. Je vais aller au cercle manger et ce soir je me coucherai de très bonne heure en pensant à toi comme toujours.

Dis à Paulette et à Lulu de bien travailler en classe pour faire plaisir à leur papa et aussi d’être bien gentilles avec toi. Si cela est je les gâterai bien à la Noël. Dis aussi à Jacquou de vite apprendre à lire et à écrire et elle aussi sera bien gâtée par son papa chéri.

J’ai vu ce matin au mess l’aspirant aviateur de Mme Ruelle au restaurant au cercle Peut-être viendra-t-il samedi soir avec moi.

Au revoir petite chérie je m’en vais dîner. Bonne nuit et tâche de bien bien dormir en rêvant à ton méchant Georges qui t’aime beaucoup et qui veut toujours t’avoir bien portante et bien gentille. une grosse bise

Mon cher petit poulet.

Il est 10 h du soir. Je viens de dîner chez Maurice après avoir téléphoné à Lulu et je suis bien ennuyé de te savoir toujours au lit, sans la possibilité d’aller te voir. En effet mon petit chéri je suis cette semaine plus occupé que jamais, des tentes à obtenir, du matériel, du ravitaillement, des transports, je n’en finis plus et pourtant ce camp est bien décidé et en train. Comme je l’enverrais promener volontiers si je le pouvais, hélas !

Lulu m’a dit ce soir que tu allais mieux mais que le docteur t’avait recommandé de garder le lit. Est-ce bien vrai tout cela ? Je suis sûr que dans quelques jours tout ira bien pour toi mais en attendant je me fais beaucoup de souci car je crains que tu perdes patience et que ton moral en souffre.

Pourtant voici ce que je te propose : patiente jusqu’à la semaine prochaine encore. Si jeudi ou vendredi ton état est toujours le même je vais te chercher à Safi et  te faire soigner ici, chez madame Burer avec docteur Modot comme l’a fait madame Pandelé, qui est déjà guérie… (Ce n’est pas juste) Donc mon chéri prends bien patience, soigne-toi du mieux possible et la semaine prochaine on s’arrangera pour que tout soit terminé car je comprends très bien va et j’en souffre pour toi, que tu trouves le temps long. Mais moi qui t’aime beaucoup beaucoup, et qui ai le bien grand souci d’être séparé de toi même si tu te portais bien, je veux que tu aies confiance en une prompte guérison et je veux que tu gardes toujours ton sourire, ce sourire que j’aime tant voir sur tes jolies lèvres. Après tous tes petits soucis et après les examens de PM, je prendrai une permission de 6 jours et je te promets d’avance de tant te gâter que tu oublieras vite tes petits malheurs et que tu en aimeras encore davantage ton méchant petit Georges qui te laisse seule à Safi lorsque tu as du bobo.

Si je peux cependant, je m’arrangerai pour aller te voir à l’improviste un de ces soirs quitte à revenir le matin de bonne heure car je ne veux pas rester longtemps séparé de toi lorsque tu es au lit. Fais-moi confiance tu sais bien que je m’arrangerai pour ne pas te laisser seule.

En attendant, veille comme tu le peux à ta petite maison. Ne te fais pas de souci pour les bêtises d’Yves et pense un peu à ton Georges bien malheureux d’être en ce moment séparé de toi.

Au revoir mon beau petit poulet, je t’aime beaucoup beaucoup et je ne sais que dire pour te le prouver. Je t’embrasse mille fois sur ton petit front et bien gentiment. Je vais me coucher en pensant à toi.

Ton grand

Ma chère petite chérie. D’abord un mot. tu as dû trouver dans ton porte feuille ma lettre écrite dimanche après midi. Je suis sûr qu’après l’avoir lue tu m’as pardonné mon mensonge. car au fond je crois bien n’avoir pas voulu être méchant. Pas vrai ! A quel moment l’as tu trouvée?

Il a fallu pousser la Chrysler sur la descente et le voyage s’est effectué sans incident. et à 8h1/4 nous étions à Marrakech. Rien de nouveau pour moi sinon une lettre du capitaineDelage, pardon ! du commandant, que je te joins mais que tu me garderas.

Lundi après midi, hier, J’ai été convoqué pour présenter bezzaf ma bagnole à la réquisition. Toujours obéissant je suis allé et on m’en a donné 34500 francs. Heureusement que ton Georges est un malin et que dans la légalité j’ai trouvé moyen au dernier moment, de prouver qu’elle n’était pas réquisitionnable… et j’ai toujours mon taxi. Je te raconterai cela quand j’irai te voir. Je vais quand même essayer de la vendre car je ne voudrais pas la garder sur les bras lorsque je partirai et tu peux croire que j’espère que ce sera bientôt, ne serait ce que pour te montrer que ton Georges est lui aussi un homme.

J’ai rencontré hier ici René Henry d’Ifrane, classe 44 qui était mobilisé au même régiment qu’Yves mais qui devait rejoindre qqs jours plus tôt. Il m’a confirmé que sa mère et Nanou étaient bloqués en France, que Josette avait été reçue au bac et que Mireille faisait la cuisine de son père toujours receveur des PTT mais qui a vendu son bled il y a qq temps. Lui, avant d’être mobilisé, faisait le marchand de bétail. Marrant ! Il n’avait pas l’air très enchanté de sa mobilisation et j’espère le voir bientôt en uniforme en même temps qu’Yves.

Aujourd’hui à midi j’ai été invité à dîner chez Gabanelle pour manger deux perdreaux et ce soir chez Maurice. Tu vois que je suis toujours bien reçu et que si je n’étais pas loin de mon petit poulet (et non pas de ma vieille poule !) tout irait bien donc du moins assez bien car rien ne vaut sa maison et son chez soi, surtout quand on a une gentille petite femme comme la mienne. 

En arrivant hier j’ai trouvé ta gentille petite lettre de mardi et quoique tardive à cause de mon départ j’ai été bien heureux de l’avoir et je suis persuadé que cela m’a enlevé un peu du cafard que j’avais de revenir seul ici. Tu ne trouves pas que c’est malheureux de toujours bien aimer sa petite femme ?

Demain soir je tâcherai d’être à l’arrivée du car. Peut être Yves m’apportera t il une lettre de toi. En tout cas je le garderai pour souper avec moi et parler un peu de la maison car au fond il est bien gentil et il est naturel qu’à son âge on fasse des choses qui ne plaisent pas toujours aux ainés que nous sommes pour lui. Comme la maison va te sembler encore plus vide maintenant.

Sois toujours bien gentille petite Yvonne et occupe toi bien des 3 petites et tu verras que bientôt le moment reviendra où nous pourrons revivre une petite vie bien tranquille et bien heureuse, comme avant.

Mon contrat de location de voiture n’est pas encore renouvelé. Le sera t il ? Je l’espère sans en être bien sûr. En attendant je suis de service demain mercredi mais ne le serai pas dimanche. Au cas donc où je le serai le dimanche suivant je ferai l’impossible pour aller te voir samedi. Je te le confirmerai par téléphone jeudi à 1h ou 1h 3/4 chez M. de Johannis afin que tu puisses retenir 2 bonnes places au cinéma pour samedi ou dimanche soir, car je sais que cela te fera plaisir, n’est ce pas ma petite vonvon ?

J’espère que depuis mon départ (gros méchant va me diras-tu ! ) tes démangeaisons te passent un peu. De toutes façons je suis sûr que cela te passera bientôt. Peut être as tu déjà fini ton traitement de piqûres. Il me tarde bien que tu n’aies plus de misères car je t’aime trop pour te voir souffrir même pour de petites choses.

Je suis en train de penser que j’ai oublié d’arranger la courroie du roule-doux de ta salle de bain ? ne me maudis tu pas trop au moins ? Par contre j’ai songé ici à ton bracelet à arranger. Le bijoutier que j’ai vu ici m’a dit qu’il fallait l’envoyer à Casablanca. J’espère bien cependant trouver moyen de le mettre en état et peut être que je pourrai l’apporter samedi. Je te cherche aussi des pommes de terre mais sans grand succès jusqu’à maintenant quoique je remue ciel et terre pour te faire plaisir.

Dis encore à Paulette surtout à Lulu et à Jacky aussi que je veux qu’elles soient bien sages avec toi et qu’elles travaillent bien pour faire plaisir à leur papa et je compte sur leur petite maman pour s’en occuper. Je vais aller au boulot maintenant et mettre ta lettre à la poste en passant pour que tu l’aies plus tôt

Au revoir ma petite femme chèrie. Ne m’en veux plus de dimanche parce que je t’ai écrit en te racontant des blagues et sois bien certaine que peu de maris aiment leur femme comme moi je t’aime, maintenant plus qu’avant encore. Je t’embrasse bien affectueusement et sans vouloir te faire de misères, ton Georges

Ma petite chérie. Tu viens de monter dans la chambre des filles pour faire encore des mouchoirs. Et moi je veux vite te faire un petit mot que je te laisserai demain matin avant mon départ. Mais j’ai peur que tu descendes et que tu m’attrapes… Qu’est ce que je prendrais ! Tu viens de me dire petite Yvonne que depuis qq temps lorsque j’étais là tu étais encore plus fatiguée que lorsque tu étais tranquillement seule chez toi.

J’en suis tout marri vois tu mais je te comprends très bien et je n’en veux qu’à moi-même. La seule explication que je me donne et qui doit je l’espère me justifier à tes yeux et que je suis un mari amoureux de sa femme et que mes longues journées de solitude loin de toi font que malgré moi je suis trop heureux de me retrouver de temps en temps avec toi, en oubliant trop que tu n’est pas encore guérie… Ne m’en veux donc pas petite chérie et pour me faire pardonner, ce soir je resterai un petit mari bien sage sans faire aucune misère à sa petite femme. Ce sera dur tu sais mais à la place tu m’enverras une longue lettre et cela me fera plaisir.

Dimanche prochain je ne viendrai peut-être pas car il y a des chances pour que je sois de service et d’ici quinze jour, qui vont être si longs pour moi je le serai peut-être pas. J’espère que d’ici là tu seras retapée complètement et que c’est toi qui me diras de vite venir te voir. Surtout ne dis pas que ton Georges est un méchant au contraire tu sais bien que je veux toujours être aimé beaucoup de toi et que je ne veux qu’essayer de te faire plaisir.

 Sois gentille pendant mon absence de faire lire toi même ton Jackou tous les soirs et de vérifier que tes grandes filles font bien leurs devoirs et sont très sages. Tu verras que peu à peu tu prendras goût à constater toi même les progrès de ton petit « coeur » comme tu l’as baptisée et que cela t’intéressera en te tenant compagnie.

Quand Yves sera parti la maison te semblera encore plus vide. Aime bien cette maison quand même et quand tu as le cafard écris vite une lettre à ton méchant mari… qui ne pense jamais à toi que pour te faire des misères. Et surtout ne t’occupe pas de la longueur des courriers : les lettres arrivent et cela est l’essentiel pour moi. Quand je serai bien loin de toi qui sait combien mettront-elles de temps à parvenir les lettres que nous nous enverrons. Et pourtant ne sera-t-on pas heureux d’en avoir souvent ?

Je t’entends bouger en haut et j’ai une sainte frousse que tu viennes me surprendre

Adieu mon chéri

Une grosse bise

Georges

[de mamie, écrit en marge : Gros navet qui croit que je te veux des misères. Une grosse bise]