Ma petite chérie. J’espère que tu recevras ce mot bien tôt et c’est pourquoi je veux me dépêcher de l’envoyer avant que le courrier ne parte. Ce matin je me suis présenté à mon nouveau Colonel. Il est d’accord pour que j’aille vendredi prochain à Safi. Si tout va bien donc je serai à Safi vendredi pour midi jusqu’à lundi matin. Et c’est toujours cela de gagné, n’est ce pas petite vonvon?

Depuis mon retour je suis un peu malade et je crois bien qu’aujourd’hui j’ai un peu ou beaucoup de fièvre. La nuit mon oreille gauche me fait mal et mon nez est une véritable fontaine. Mais l’espoir d’aller à Safi vendredi me fait du bien et d’ici là tout sera pour le mieux. En attendant j’ingurgite tant et plus du Dagénan qu’un camarade m’a passé ici et je crois que cela me fera du bien. Et toi comment vas tu ? Il me tarde de te revoir et d’entendre dire que tes démangeaisons t’ont passé. Un peu de patience petit poulet et tu verras que tout cela passera bientôt.

Rien de nouveau ici, sinon qu’une fois de plus je suis passé à côté de ma nomination au grade de capitaine tant pis. Hier j’ai eu une explication assez nette avec mon patron et je crois que cela ira mieux maintenant. Je t’en reparlerai d’ailleurs vendredi.

A midi j’ai été invité à déjeuner par les Gabanelle qui m’ont fait manger du perdreau. Ce soir nous allons finir les restes avec la famille Claudia et Maurice, toujours les mêmes.

Mon moral un peu meilleur que la semaine dernière et j’espère, malgré tout partir bientôt, peut être avant la fin décembre. Le sergent de la légion qui est avec moi m’a fait cadeau ce matin d’une cartouche de lucky. Tu parles si je suis heureux d’en fumer quelques unes.

Ma Chrysler n’est pas encore vendue mais j’espère que cela sera fait bientôt. En attendant elle se comporte toujours très bien et fera sans doute de même vendredi prochain…

Je vais aller au bureau maintenant et tu seras bien mignonne d’excuser pour une fois la brièveté de ma lettre. Je n’ai guère le courage d’écrire car je suis un peu à plat.

Au revoir petite chérie, sois très sage et surtout bien calme et à vendredi.

Le petit aspirant aviateur, on a appris en cours de route ses fiançailles officielles avec la petite Vaircelle : tu vois que tu avais raison. Je t’embrasse bien affectueusement comme je t’aime peut être moi aussi j’aurai bientôt une lettre de toi !!

Mon petit chéri. Je viens de me laver et je suis prêt à quitter ma chambre pour aller au boulot mais comme j’ai pas mal d’occupations ce matin sans compter le coup de téléphone à Safi je t’écris vite avant même d’aller prendre mon café. Hier matin j’ai trouvé ta lettre de mercredi arrivée samedi soir. Je l’ai lue bien entendu encore avant de m’endormir hier soir. Ah oui petite chérie, comme je suis de ton avis lorsque tu dis vivement la fin de cette guerre et qu’on revive ensemble comme avant. J’avais pas mal le cafard hier soir et j’ai mis longtemps à fermer l’œil.

Mais quelque chose me dit que toi aussi tu devais être ennuyée après nos deux soirées et le dimanche passés ensemble. Je ne veux pas que tu aies le cafard toi petite vonvon. Y a-t-il du nouveau? Si oui tu dois être plus contente et sinon telle que je te connais tu dois te faire des cheveux et en cela tu as bien tort d’abord parce que une fois de plus j’aurai raison et ensuite que même si j’avais tort.

Qu’est ce que je vais prendre ! Et mon Jackou ? Va t elle mieux ce matin et a t elle repris sa classe ? Dis lui que je voulais bien l’amener avec moi à Marrakech dimanche matin mais qu’elle dormait trop bien lorsque je suis parti. Mais toi tu l’emmèneras avec toi avec les de Johannis n’est ce pas ? A quand le plaisir de te voir arriver à Marrakech et de vous offrir à déjeuner à tous les 3 à la Mamounia, car oui ma chérie, j’ai décidé de t’inviter avec les de Johannis à la Mamounia ? Est ce trop beau pour toi ? La vente de ma voiture est toujours en suspens et je crois bien que plus cela tarde et moins j’ai des chances de la vendre. Et pourtant je voudrais plus que jamais. Enfin je ne suis pas pressé à la minute et en attendant je m’en servirai le plus possible pour aller te voir.

Delage ne m’a pas encore fixé exactement sa visite. J’attends cela pour savoir si j’irai ou non à Safi. D’autre part il se pourrait bien que je sois de service mais je te dirai tout cela bientôt. Yves en est parti samedi matin à Mogador. C’est M. Gabanelle qui me l’a appris. Hier à midi j’ai mangé le couscous chez eux et le soir chez Maurice. Aujourd’hui je vais au cercle mais cela me distrait quand même bien. Quant aux bridges comme tu dis petite Yvonne il n’en est plus question depuis longtemps. Je n’ai pas revu le toubib depuis plus d’un mois, même pas dans le service et je me demande s’il est toujours ici. Botheron est malade à l’hôpital et je suis seul au bureau avec Stambach qui est bien sympathique et cela me permettra d’aller certainement te voir plus facilement.

T’es tu réveillée lundi ! J’avais oublié ton réveil et il faudra que tu me tires les oreilles. Bien entendu tes démangeaisons vont bien puisque je ne suis pas là n’est ce pas ? Au revoir petit poulet ton Georges t’aime bien beaucoup et voudrait bien vite te revoir. Tâche de rester ici le soir quand tu viendras avec les de Johannis et de ne plus partir….

Embrasse toutes les filles pour leur papa. Je compte sur elles pour qu’elles soient sages et travaillent bien en classe. Je m’en vais au boulot.

Une grosse caresse bien bien affectueusement à la petite vonvon de G.

Ma chère petite chérie. Je profite d’une occasion qui va à Safi après midi pour te faire ce petit mot et te dire une fois de plus que je t’aime bien et que je suis malheureux sans toi ici. Et pourtant je n’ai pas trop à me plaindre puisque je viens de passer à Safi 15 jours agréables. Mais n’est ce pas justement à cause de cela que notre séparation m’est de moins en moins supportable ? Après demain samedi crois bien que je ferai l’impossible pour aller te voir car je ne suis pas de service jusqu’à mardi prochain Si tu es décidée, mais le seras tu, je te ramènerai avec moi. Il faudra me dire cela au téléphone demain matin quand je te téléphonerai au bureau entre 10 et 11 heures.

Si tu veux je te retiendrai dès demain la place à la CTM pour mercredi au cas où je ne pourrais te ramener à Safi à moins que tu puisses rester toute la semaine à Marrakech. Mais le pourras tu ? Toujours rien de nouveau pour moi. Si l’on me laisse à Marrakech je prendrai ma permission vers la mi octobre et j’espère que l’on passera qqs jours bien tranquilles ensemble, à moins que je ne la remette aux vacances de Noël. Qu’en penses tu ?

As tu reçu mes lettres envoyées l’une dimanche, l’autre mardi et l’autre hier? De mon côté j’ai eu ta bien gentille lettre de dimanche soir et j’espère bien en avoir une autre dès ce soir. Ecris moi souvent et bien longuement tu me feras plaisir.  Je prépare mon discours du lycée pour demain 8h1/2, la barbe ! Et toi comment vont tes nerfs et tes démangeaisons ? Soigne toi bien sérieusement et guéris vite complètement

J’espère aussi que Jackie va de mieux en mieux comme tu le dis dans ta lettre. N’oublie pas de faire acheter tes petits croissants samedi matin par Ahmed ! Veinarde va.

Maurice et Claudia ont acheté une chambre de 17000F pas mal au Palais du Mobilier. Nous sommes loin des 40000 absolument indispensable pour avoir aujourd’hui une chambre. Ils ont fait aussi repeindre toute leur maison. Je n’ai pas mangé chez eux ces jours derniers tu vois que je suis un mari obéissant.

Au revoir petite chérie, je retourne à mon discours, sois bien sage toujours et pense bien à ton Georges qui ne t’aime plus…

Grosses caresses

Ma chère petite Yvonne. Je profite de ce que l’adjudant Romero descend à Marrakech à midi pour venir bavarder un peu avec toi, peut être la dernière fois du camp de l’Oukaïmeden. Voici d’abord l’histoire de mon retour. Bon voyage jusqu’à Marrakech où je suis arrivé à 7h. On est reparti de Marrakech  qu’à 9h 1/2 pour être à Ifrane à 11h1/2. Là, le forestier nous a retenu à déjeuner et au dessert,… je me suis endormi sur un divan presqu’à 4h1/2. Je crois d’ailleurs que si on ne m’avait pas réveillé, je dormirai encore. Nous avons fait la route ou plutôt le sentier à cheval pour aller plus vite. J’avais bien un peu la frousse sur mon canasson lorsque le sentier qui était étroit bordait les plus beaux précipices, d’autant plus que l’animal faisait exprès de passer au bord du sentier, mais tout s’est bien passé et on est arrivé sans trop de fatigue à 7h1/2, juste pour se mettre à table. J’ai passé une excellente nuit et je suis à moitié réveillé à cette heure-ci car je n’ai pas encore fait ma toilette dans la rivière. Et maintenant nous allons continuer notre vie de montagnard jusqu’à vendredi soir 3 septembre date du retour à Marrakech. Et puis vivement le 8 ou 10 septembre pour qu’on réalise ensemble tous les projets que tu as pu faire depuis quelques semaines, club nautique, piscine, repas à la plage etc.

En attendant tu ne peux imaginer comme je suis heureux d’avoir pu couper mon séjour en montagne pour quelques heures passées auprès de toi. Et toi aussi, petite chérie, cela t’a t il fait plaisir? Lorsque tu recevras cette petite lettre, tu seras seule et certainement bien reposée et moins énervée. Quand je viendrai je tâcherai de ne pas être méchant envers mon petit poulet qui est toujours bien raisonnable et sage, pas vrai?

Tu dois te préparer à aller au club nautique maintenant. Veinarde va! Mais n’oublie pas que c’est dimanche et qu’il doit y avoir beaucoup de monde aujourd’hui et que ton méchant Georges est toujours jaloux parce qu’il t’aime toujours beaucoup. Pendant les qqs jours qui me restent à passer ici, je vais prendre bien le soleil car je crois que tu vas finir par me battre comme couleur de nègre. Attention aux concours qu’on fera à l’arrivée.

As tu envoyé la lettre de madame Lelong, la douce femme ? Ne te fais pas de souci pour tout cela dont tu n’auras bientôt plus à t’occuper du tout. Pense bien à ton petit mari, cela vaudra mieux. une grosse bise à chacune des trois filles et pour toi une grosse caresse  de ton petit mari.

Ma chère petite Vonvon. Beau dimanche pour ton Georges. Je suis arrivé hier à 5h juste une demi heure avant les élèves. Après débarquement et déchargement des marchandises, il était 6h je suis allé à mon bureau pour me présenter. Tout s’est bien passé et le gros travail qui m’attentait et m’obligeait à revenir si tôt à Marrakech se réduisait à un gros travail en effet mais n’ayant rien de pressé et que je ne ferai pas avant demain lundi de toutes façons. Résultat je vais m’ennuyer un dimanche à ne rien faire ici alors que j’aurais été si bien avec ma femme et nos trois petites filles Tant pis et mektoub. Si encore j’étais de service aujourd’hui mais il n’en est même pas question. Si dimanche prochain je ne suis pas de service, tu peux être certaine que un certain Georges sera à Safi dès le samedi soir. Inch Allah!

Donc hier soir cafard monstre à mon arrivée et comme tu le sais bien cela se voyait sur ma figure. Je fais donc le tour de bureaux pour dire bonjour aux copains et Mathieu me dit « T’en fais une gueule, qu’est-ce que tu as? » Je lui raconte mes malheurs et comme c’est un chic type il m’a amené gentiment souper chez lui ou plutôt chez Madame Martin sa belle sœur. Ils ont été tous deux très chics et n’ont qu’un désir envers nous, c’est de connaître au plus tôt la gentille petite femme que tu dois être sans doute puisque je ne fais que leur rabattre les oreilles de toi. Comme menu, cela fait plaisir tout de même et je crois qu’on va faire enfin la vraie mobilisation totale.

Rien de nouveau pour moi encore et pour ma mutation et pour mon avancement. Je te téléphonerai dès que je saurai qq chose.

Je m’arrête car le bureau, quoique ce soit dimanche, se remplit de monde : capitaine Bontheux, Couderc et 1 colonel médecin. Je te téléphonerai lundi entre 13 et 14h comme convenu chez Mme De Johannis et mardi je t’écrirai encore un petit mot.

Au revoir petite chérie sois bien sage toujours et bien calme et pense souvent à ton petit mari qui t’adore et qui est redevenu amoureux de sa petite blonde, plus qu’avant encore.

Embrasse bien tes 3 filles pour leur papa dis leur d’être bien sages et pour toi mille grosses caresses de ton grand…

Quels bons souvenirs je vais garder de nos quinze jours passés à Safi.

et toi?

Mon joli petit chéri. Tu ne peux t’imaginer la joie que j’ai eue hier en pouvant bavarder un peu avec toi au téléphone. Je croyais bien que jamais je ne pourrais me faire entendre à Safi et j’ai été heureux comme un gamin lorsque j’ai entendu ta voix. Mais comme tu étais essoufflée d’avoir couru à cause de ce méchant mari qui te faisait venir à 8 heures comme il te l’avait promis… J’ai dormi en pensant à toi cette nuit et tu sais Je t’aime vraiment beaucoup, peut être plus encore depuis que tu as été bien malade. Puisse ce sentiment de moi pour toi te faire prendre tes petites misères et notre séparation en patience. Nous ne savons encore ni l’un ni l’autre ce que nous réserve l’avenir au sujet de notre séparation. Sans doute faudra-t-il se quitter pour de longs mois mais toujours, n’est-ce pas, chérie, nous nous aimerons bien, nous nous penserons bien l’un à l’autre et nous nous écrirons souvent. En attendant ce moment qui, je le crains, viendra bientôt, profitons de moments où nous pourrons nous voir : dans qqs jours je serai à Safi, et c’est pour moi une bien grande joie de penser que je pourrai te gâter le plus possible.

Garde bien ton calme d’ici là, pas d’énervement inutile et nuisible pour ta santé, mange bien, soigne-toi bien car je veux retrouver le petit poulet bien portant et bien calme. Et aussi pense bien à moi, n’est-ce pas chérie?

Du lundi 30 août au jeudi 2 septembre nous recommencerons nos exercices militaires à l’Oukaïmeden ou peut-être déménagerons nous un peu dans la montagne en faisant qq ascensions de sommets comme celle que l’on a faite hier en grimpant à 3600 m à un sommet qui domine l’Oukaïmeden, et où il faisait un froid de canard.

Et vendredi 3 au soir nous rentrerons à Marrakech. J’irai bien entendu te voir le samedi 4 pour revenir le lundi matin de bonne heure, mais comme cela me paraît être loin. Je pourrai, si vous le voulez, ramener Claudia à ce moment-là. Et je reviendrai sans doute à Safi du mercredi 8 au 29 septembre. Comme il me tarde d’être à ce moment-là ! Et toi petite chérie ?

Tu as bien fait de prendre tes repas à l’internat comme cela tu t’évites bien de la fatigue et bien du souci. Tu auras bien le temps de te remettre à ta bonne petite cuisine quand je serai avec toi et quand tu seras seule. as-tu reçu ma lettre de mardi envoyée de Marrakech et dans laquelle je te parlais de la vente de la Renault. Écris-moi toi aussi bien souvent jusqu’au 31 août pour que j’ai tes lettres avant le 6 septembre. Pendant notre séjour au camp on les fera prendre à Marrakech tous les 2 ou 3 jours.

Aujourd’hui c’est dimanche. Je t’écris pendant que tout le monde est en promenade dans la vallée. Je suis installé dans notre chambre du refuge et après t’avoir écrit je me raserai et me laverai à la source qui sort du rocher tout près d’ici et par où coule une belle eau claire et bien fraîche.

Ce soir, pendant que tu seras sans doute à la plage nous ferons du sport devant le refuge volley-ball sans doute et nous ferons du tir.

Après-demain mardi je pars à 6H du matin avec un groupe d’élèves à Timichi, refuge situé à 6H de marche d’ici. Yves est dans ce groupe bien entendu. C’est là que j’espère prêcher la truite.

Mercredi 25 août nous irons de Timichi à Tachdirt où nous coucherons.

Jeudi 26 nous rentrerons à l’Oukaïmeden.

Je te téléphonerai donc non pas samedi mais jeudi 26 entre 8h 1/4 et 9H chez Mme de Johannis. Je vais t’envoyer un télégramme pour te le faire savoir. Espérons que l’on pourra s’entendre comme hier.

Samedi 28 et dimanche 29 j’aurai la visite du Général Paris et de qqs huiles. Si la pèche a été bonne à Timichi, je les amènerai là-bas.

Et j’espère bien trouver une dernière lettre à mon arrivée à Marrakech. Ce soir la camionnette remonte et je compte avoir une bonne lettre du petit poulet que j’aime tant.

J’espère te revenir musclé, noirci et rajeuni de 10 ans. Attention à ne pas reprendre le béguin de moi! Je suis méchant hein petit poulet? N’oublie pas de bien penser à moi le 27 août date de l’anniversaire de notre mariage. Le souvenir du petit poulet avec sa longue et belle robe blanche, et de notre petit séjour à St-Lager-Bressac. Ah ! Je vais m’arrêter car je crois que ma lettre commence à devenir un véritable journal. Et puis l’heure tourne et j’ai déjà une barbe de 4 jours. Comme je dois piquer! Mais aujourd’hui dimanche je veux me faire beau

Au revoir donc, ma petite Vonvon que je n’aime plus sois toujours bien mignonne et bien sage, tu sais bien comme je veux que tu sois toujours. Embrasse bien les 3 petites pour leur papa ainsi que la famille Claudia

Et pour toi mille grosses bises et caresses de ton petit mari qui t’aime bien beaucoup

Mon cher petit poulet, excuse-moi mon cher petit chéri, de t’écrire à la machine, mais je n’ai dans tout notre camp ni encrier ni stylo et mon crayon de fort mauvaise qualité fait une écriture des plus difficiles à lire.

Je suis donc au camp de l’Oukaïmeden depuis hier après-midi, après un voyage rempli d’incidents ; départ de Marrakech à 5 h du matin, panne des camions, arrivée d’un premier groupe d’élèves et moi à 4 heures de l’après-midi, en tête de tout le monde bien entendu et certainement un des moins fatigués (modestie dirait Clifford). Les autres groupes se sont échelonnés jusqu’à 11 heures du soir et il a fallu aller à leur rencontre avec une lanterne.

Tu vois donc que l’ascension de l’Oukaïmeden n’est pas une simple promenade. Mais aussi quel plaisir, lorsque venant de Marrakech où il fait si tiède, on se retrouve à cette altitude, avec une fraîcheur agréable ; j’ai même eu froid cette nuit, malgré deux couvertures de laine. Notre installation n’est pas trop mauvaise, mais ne vaut certainement pas celle de notre premier camp du mois de juin. La nourriture n’est de plus pas formidable, le vin est imbuvable parce que transporté dans des tonnelets métalliques, mais je crois que peu à peu tout s’améliorera : ce sera en tout cas mon devoir de “chef” de veiller au perfectionnement de tout cela.

Ce matin, il y a pas mal de gens qui traînent la patte , j’ai moi-même un peu mal aux muscles des cuisses , mais je compte bien que peu à peu et même dès demain nous serons forme pour de nouvelles excursions car mon intention est de faire tous les refuges des environs, en allant de l’un à l’autre sous forme d’exercices militaires. Je crois que dans l’ensemble notre séjour ici se passera bien. Pour moi j’en serai le plus heureux des hommes, car tu sais bien que j’aime beaucoup la montagne, mais je ne puis me faire à l’idée que je ne te reverrai pas de pas mal de jours et cela me contrarie et me peine souvent. Ce serait chic de t’avoir près de moi, dans le refuge du Club Alpin que je n’occupe presque pas avec mes l’ascaris, mais hélas si j’y ai pensé un moment j’ai bien vite abandonné l’idée à cause de ton état de santé qui ne te permettrait pas de faire d’aussi longues trottes. Bientôt, j’irai passer 15 jours à Safi et je te promets de bien te gâter et de me faire pardonner mon lâchage de maintenant, lâchage dont je suis d’ailleurs pas responsable, tu le sais bien.

As-tu reçu ma lettre de Mardi ? Elle n’était pas bien longue mais j’avais le cafard de t’avoir quittée et je voulais venir bavarder un peu avec toi puisque que je partais pour pas mal de jours. Écris-moi souvent toi aussi à l’État-major de Marrakech où je ferai prendre mes lettres et tu ne feras un bien grand plaisir et le soir, dans ma solitude de la montagne, je serai tellement heureux de lire ou de relire les lettres de la petite femme que j’aime tant. Raconte-moi bien tout ce que tu fais, tes peines ou tes joies, car je veux toujours savoir dans le détail tout ce que tu deviens. Repose-toi quand même un peu car tu as encore besoin de prendre des forces, mange bien aussi et dors bien, en faisant de jolis rêves bien entendu.

Je pense que le 27 est l’anniversaire de notre mariage ; j’aurais bien voulu te voir ce jour-là, mais hélas je sens que cela est impossible. Je me sens bien capable de faire quelque chose de peu raisonnable pour aller te voir mais je crains que ce ne soit une trop grande folie. Je penserai bien bien à toi ce soir-là et te demande d’en faire de même de façon que nos pensées se rencontrent un peu : en attendant je t’embrasse bien tendrement à cette occasion et je tâcherai de penser à le petit cadeau de cet anniversaire, anniversaire d’un beau jour, n’est-ce pas petite chérie ?

Samedi soir, j’essaierai de te téléphoner chez Mme De Johannis mais je doute qu’on puisse se comprendre car ce matin j’ai téléphoné à Marrakech et c’était excessivement faible, et si tu n’entends rien c’est que j’aurai oublié notre rendez-vous téléphonique.

J’espère mon cher chéri, que cette lettre te trouvera en meilleure santé que dimanche dernier et que lorsque je reviendrai, cette bonne santé sera revenue définitivement et complètement. N’hésite pas à voir le médecin si tu as autre chose qui ne gaze pas. Et les trois filles comment vont-elles? Soigne-les bien aussi et embrasse les pour leur papa. Embrasse aussi Claudia et les filles pour moi.

Je vais m’arrêter de t’écrire, car si tu n’aimes pas les lettres à la machine, je te ferais remarquer que l’on écrit plus serré ainsi qu’à la main et que je t’ai déjà fait un véritable journal. Je t’écrirai encore lorsque je ferai descendre notre camionnette à Marrakech, c’est-à-dire mardi ou mercredi prochain. Elle descend demain et je compte bien qu’elle me remontera ta lettre de mardi.

Il est midi, j’ai faim et presque froid car le ciel se couvre de nuages : hier soir il a plu un peu à notre arrivée et cette nuit, il en est tombé comme des cordes ; pourvu qu’on ne soit pas enseveli dans la neige d’ici quelques jours…

Mme Videau a-t-elle fini de s’installer ? Dis-lui que j’espère bien qu’elle attendra que je sois à Safi pour pendre la crémaillère. Donne lui le bonjour de ma part ainsi qu’aux de Johannis.

Et maintenant, je te quitte mon petit poulet en t’embrassant bien bien fort comme je t’aime et en te répétant que je suis déjà impatient de te revoir de revivre surtout comme avant toujours ensemble. Quand donc que cela pourra recommencer ? Pense toi aussi bien à ton méchant mari qui t’aime et écris-moi souvent et bien longuement.

Encore une bise de ton montagnard,

Mon cher petit chéri. Hier tard la camionnette est arrivée hier soir assez tard de Marrakech et à mon grand bonheur, elle m’a apporté une lettre de ma petite femme chérie, celle de mardi. Tu es gentille de m’écrire comme tu le fais et même de. me gronder puisque tu me pardonnes aussitôt après. Mais enfin je te dois une explication et la voici. Je suis venu samedi à Safi en resquillant 1/2 journée, celle du samedi après midi. Je n’avais pas d’une manière précise l’autorisation du lundi après midi et au dernier moment j’ai eu peur de la tuile. Tu vois ma petite Vonvon que j’avais de sérieuses raisons de partir. Tu as eu d’ailleurs une fois de plus complètement raison puisque personne ne s’était aperçu de mon absence. Je t’en demande en tout cas pardon surtout de t’avoir fait pleurer et je te fais à la place une grosse bise sur tes jolis yeux. Quant à venir à Safi entre  lundi et jeudi matin il n’y fallait pas songer : j’ai trop eu d’occupations pendant les 2 journées du mardi et du mercredi alors que je partais en montagnes le jeudi de grand matin

J’ai tout de même été embarrassé jeudi de grand matin de l’idée que tu avais eue de me voir arriver. Non petite fille, malgré toute ma volonté et mon esprit un peu débrouillard pour ces choses là il ne me sera pas possible de te voir avant samedi 11 septembre et tu peux croire qu’il me tarde d’y être.

Je t’envoie une lettre reçue hier en même temps que la tienne de Clifford. Tu avais bien raison, il est en Sicile. Je lui écrirai d’ici un de ces jours. Je t’ai dit hier dans ma lettre que je partais en randonnée jusqu’à jeudi Je t’écrirai donc vendredi matin et je ferai descendre la camionnette le même soir presque exprès pour te porter ma lettre.

As tu reçu enfin mes lettres ? Comme c’est long tout cela. Rappelle toi aussi au début lorsque j’étais à Colomb Béchar. Ne te fais pas de souci pour moi ici : Je ne me casserai rien et serai bien sage. C’est le 5e jour qu’on est ici et il semble tout drôle de ne pas avoir de journaux, ni de T5F. Comme au fond la vie serait belle si tout cela n’existait pas et si les guerres n’existaient pas ? Pas vrai mon chérie pourquoi sommes nous donc si souvent séparés ?

J’ai ta lettre devant les yeux. Tu voudras bien prendre l’habitude de terminer au moins les 2 pages ou alors gare aux fessées lorsque je te reverrai… J’espère bien jeudi avoir au moins deux lettres de toi. On m’a téléphoné de Marrakech que j’aurais pas mal de lettres sur mon bureau. On m’a aussi demandé si j’étais volontaire pour partir aux colonies et j’ai répondu « non ».

[en marge : au revoir petite Vonvon une grosse bise de celui que tu appelles ton méchant mari]

Ma chère petite chérie. Je viens de passer la nuit à mon bureau car étant de service, j’ai préféré coucher là où il fait plus frais qu’en haut. Un matelas par terre, le ventilateur à droite, la cruche d’eau à gauche j’ai assez bien dormi malgré la transpiration qui inondait mon traversin.

Quel beau pays en été ! Mais cette nuit de service me permettra d’être libre dimanche prochain et c’est cela qui m’est agréable car tu sais bien que je n’ai qu’un souci, celui de te revoir le plus souvent possible non pas pour te faire des misères mais pour le plaisir de t’avoir avec moi, et parce que maintenant tu fais partie de ma vie habituelle et qu’il est impossible qu’il en soit autrement. Aimons-nous bien maintenant, veux-tu petite Yvonne ! Tu as été bien malade dernièrement et crois bien que cela m’a touché plus que tout autre chose et malgré des apparences peut être froides, je t’aime trop pour ne pas être sensible à tout ce qui te touche et j’ai vu plus d’une fois des larmes.

Maintenant que tu es presque guérie et que toi et moi nous sommes plus contents, soyons les plus copains du monde, comme nous le sommes en réalité, n’est-ce pas petite chérie?

Je voudrais que tu prennes une décision au sujet de ton repos en montagne. Puisque tu ne penses pas pouvoir venir à la maison forestière dont je te parlais j’ai envie de téléphoner au Chalet suisse, hôtel situé près du Tizi N’Test pour t’y envoyer avec Paulette et Lulu et Jackie bien entendu pendant que je serai en montagne moi aussi.

Peu importe la question de dépense : je suis tellement persuadé que cela te ferait tant de bien ! Je te dirai si c’est possible samedi et si d’accord je te ramènerai peut être lundi matin ou mieux j’irai te chercher le jour où on monterait en montagne pour t’éviter de séjourner à Marrakech avec les petites par cette douce température.

Et puis vivement septembre qui nous permettra de passer quelques agréables journées ensemble en attendant mon départ, pour où? Pourvu  qu’on ne me laisse pas dans qq coin perdu du Maroc à garder des prisonniers ?!

Je suis en ce moment malheureux à cause de mes bas qui se déchirent rapidement : ceux que tu m’as raccommodés dimanche sont déjà pleins de trous et je me demande comment je vais passer la semaine Je vais faire ce matin, si j’ai le temps, tous les magasins pour essayer de trouver des bas arabes. Veux-tu regarder toi aussi si tu ne peux pas en avoir à Safi. Merci ma petite femme.

Ne t’ennuie pas trop et ne t’énerve pas trop avec tout ton monde à Safi. Quand tu sens que cela ne va pas, pense un peu à ton Georges qui te veut calme et bien portante. Tu verras qu’août sera vite passé et peut être pourrais je te sortir un peu de Safi au cours de la prochaine quinzaine.

Au revoir petite chérie, à demain au téléphone.

Je t’embrasse bien affectueusement.

Mon cher petit poulet. Etant de service cette nuit je voulais t’écrire hier soir de mon bureau mais un télégramme chiffré m’est arrivé vers 8 heures et je suis resté plus de 2 heures à le mettre au clair. Si bien que je me suis couché à minuit, alors que levé depuis 6 heures et n’ayant pas eu le temps de faire la sieste j’étais littéralement crevé. Aujourd’hui t’écris donc un peu après avoir déjeuné au mess et je ne ferai pas encore de sieste car j’ai beaucoup de travail après midi

Hier je suis arrivé à 8 heures moins le 1/4 sans aucun incident en marchant à 30 à l’heure et sous une pluie battante qui n’a pas cessé tout le long du chemin. Le plateau de Chémmaia était couvert de brouillard et j’avais peine à avancer. Mais tout s’est bien passé quand même. Je pense aller à Safi samedi soir encore mais je ne crois pas possible de partir avant 8 ou 6 heures et je reviendrai de bonne heure et de la même façon lundi matin.

J’espère que tu recevras qqs bons d’essence et tout ira bien. Ce soir je soupe chez Maurice et te téléphonerai à 8 heures comme convenu Cette semaine je ne bougerai certainement pas de Marrakech car mon travail s’accumule et je ne suis pas très bien secondé.

Et toi comment vas-tu ? En ce moment c’est surtout ce qui m’intéresse et je voudrais bien que toutes tes misères finissent bientôt. Dès que tu en verras la fin téléphone-le moi et tu peux croire que je serai bien bien heureux, et toi encore plus sans doute Et ces rhumes, où en sont-ils. Moi aussi j’ai toussé pas mal cette nuit et je crois qu’il sera bientôt nécessaire que je prenne une petite infirmière brune pour venir me soigner à domicile. Soigne-toi bien en tout cas ainsi que tes petites filles de façon qu’à ma prochaine visite tout soit terminé.

As-tu pensé à écrire à Madame Lelong ? Ne te fais pas de bile pour ces histoires de peu d’importance. Pense bien à ton petit mari qui t’aime beaucoup et qui est bien seul et toujours perdu ici. As-tu toujours la visite de Madame Videau ? Je suis bien heureux que tu l’aies pour amie car elle est certainement très gentille pour toi en même temps que très sérieuse, et tu sais bien que ton méchant jaloux ne serait pas content s’il en était autrement. Ne dis surtout pas trop de mal de ton mari avec elle car je t’aime trop et tu le sais bien. J’ai aperçu aujourd’hui Lucien conduisant une auto amphibie. Un de ses collègues m’a déjà dit qu’il lui faisait l’effet d’un bluffeur (marrant)

Au revoir petite chérie, sois bien gentille, ne t’énerve pas trop et soigne-toi bien. A ce soir au téléphone. Embrasse bien tes grandes et petites filles et dis à Paulette et à Lulu que je compte sur elles… 

{ dans la marge : pour bien travailler à l’école. Dis aussi à Yves de se montrer bien gentil avec toi. J’espère bien que ces 2 derniers mois se passent bien. Une grosse bise de ton mari qui t’aime et qui a envie de vite te retrouver. }