Résumé
Séparé de Vonvon, Georges lui écrit son cafard et son espoir de retrouvailles. Il annonce une mission qui doit le mener à Safi et prévoit de la voir au cinéma. Il organise aussi les vacances de la Toussaint avec les enfants, évoque des amis et ses soucis de voiture, tout en lui renouvelant son affection.
Ma petite chérie, tu dois être occupée à écouter Radio Toulouse pendant que je t’écris. Petite veinarde qui est chez toi, si je pouvais moi aussi y être… Je suis de service aujourd’hui mercredi comme la semaine dernière au même jour et je ne fais plus que de m’ennuyer : j’ai le cafard, le cafard d’être séparé de toi alors que je serais si bien à la maison. Mais toi aussi tu dois voir tes petits soucis et je suis sûr que ta maison te semble vide et bien grande sans ton petit mari. Patience ma petite femme je suis sûr que bientôt nous serons réunis comme avant et que nous vivrons heureux comme nous l’avons pu être auparavant. En attendant occupe-toi bien de nos trois petites filles, aime bien ta maison et si tu as trop le cafard écris-moi. Dis-moi alors tout ce que tu voudras, je te comprendrai toujours et cela te fera du bien : je t’aime trop pour qu’il en soit autrement.
Quand recevras-tu cette lettre. Je crois que Pondelé part en permission vendredi matin, je la lui remettrai si cela est exact. Sinon je la porterai au car de 6 h ½ pour trouver quelqu’un qui puisse te la remettre. Et puis je ne tarderai pas à suivre cette lettre puisque j’ai dans la poche un ordre de mission pour Mogador, Safi et Port Lyautey. Je partirai de Marrakech vendredi matin pour Mogador et serai à Safi le soir vers 18 ou 19 heures. J’y resterai jusqu’à lundi matin et officiellement. Tu peux donc retenir deux belles places au cinéma pour samedi soir car j’aurai bien du plaisir à t’accompagner pour voir le film Angelica. Un ennui cependant : j’ai bien mon ordre de mission et ma bagnole mais mes accus sont complètement à plat et détraqués et je cherche de tous les côtés à m’en faire prêter en attendant qu’on me les répare. Sûr de moi j’en trouverai certainement et si tu n’as pas reçu de communication téléphonique avant cette lettre c’est que je serai à Safi vendredi soir. Impossible par ailleurs de me faire prêter une voiture militaire car il n’y en a pas en ce moment mais enfin j’ai confiance, et à bientôt.
Par ailleurs, j’ai décidé que tu viendras passer les vacances de la Toussaint avec moi et avec les trois filles. Madame Gabanelle nous prête une chambre pour Paulette et Lulu et Jackie aura le petit lit de Maurice dans notre chambre chez Garnier. Retiens donc toutes tes places à la CTM et prends tes lainages pour vendredi 29 octobre après-midi. Les filles ne manqueront que la classe du samedi matin et du vendredi après-midi. Cela n’est pas grave et je vous ramènerai le dernier jour des vacances mardi soir en auto. Cela te fera du bien ainsi qu’aux filles et pour moi il vaut mieux ne pas en parler. Le commandant Delage ne viendra pour sa tournée que le 7 novembre. Je prendrai donc ma permission seulement après le 11 novembre et on verra venir par la suite.
Hier soir j’ai fait un bridge chez le docteur Raymond, j’ai gagné 51 francs tu parles d’un grand joueur. Mme Raymond t’envoie ses amitiés et veut un service à café de chez Lamali, le lieutenant Mathieu aussi. Tu me feras penser à ces commandes quand je serai avec toi. Ceux du commandant Delage doivent d’ailleurs être prêts. Et madame Mathieu que je n’ai pas vue, mais que j’ai eu au téléphone au sujet de son mari qui est en Corse nous attend à dîner au cours de ton séjour de la Toussaint. Ne parlons pas des Gabanelle et de Maurice qui nous attendent également. Tout est donc arrangé sans toi, comme un tyran que je suis envers toi et retiens vite tes places à la CTM pour vendredi 29 car les cars sont toujours combles parce que très courus.
Ma voiture n’est pas encore vendue et je me demande si je la vendrai un jour. Au revoir ma petite vonvon chérie, ton Georges va une fois de plus se coucher en pensant à toi. Sois bien contente et ne languis pas trop. À vendredi sans doute embrasse bien les petites pour leur papa.
Je t’aime bien et je t’embrasse mille fois bien affectueusement. Ton méchant mari va encore bientôt te faire revenir tes petites misères, une grosse bise
Ge

