Safi – 10 octobre sans doute

Période :

Résumé

Une lettre curieuse, à plus d’un titre. Elle a été écrite à Safi, alors que Georges était chez lui. Elle n’a pas été postée mais laissée sur place. C’est une lettre assez tendre, voire intime, et Mamie y a même laissé une remarque amusante. Peut-être faut-il la dater d’une des dernières permissions qu’il aura passé à Safi, donc hiver 1943-1944.

Ma petite chérie. Tu viens de monter dans la chambre des filles pour faire encore des mouchoirs. Et moi je veux vite te faire un petit mot que je te laisserai demain matin avant mon départ. Mais j’ai peur que tu descendes et que tu m’attrapes… Qu’est ce que je prendrais ! Tu viens de me dire petite Yvonne que depuis qq temps lorsque j’étais là tu étais encore plus fatiguée que lorsque tu étais tranquillement seule chez toi.

J’en suis tout marri vois tu mais je te comprends très bien et je n’en veux qu’à moi-même. La seule explication que je me donne et qui doit je l’espère me justifier à tes yeux et que je suis un mari amoureux de sa femme et que mes longues journées de solitude loin de toi font que malgré moi je suis trop heureux de me retrouver de temps en temps avec toi, en oubliant trop que tu n’est pas encore guérie… Ne m’en veux donc pas petite chérie et pour me faire pardonner, ce soir je resterai un petit mari bien sage sans faire aucune misère à sa petite femme. Ce sera dur tu sais mais à la place tu m’enverras une longue lettre et cela me fera plaisir.

Dimanche prochain je ne viendrai peut-être pas car il y a des chances pour que je sois de service et d’ici quinze jour, qui vont être si longs pour moi je le serai peut-être pas. J’espère que d’ici là tu seras retapée complètement et que c’est toi qui me diras de vite venir te voir. Surtout ne dis pas que ton Georges est un méchant au contraire tu sais bien que je veux toujours être aimé beaucoup de toi et que je ne veux qu’essayer de te faire plaisir.

 Sois gentille pendant mon absence de faire lire toi même ton Jackou tous les soirs et de vérifier que tes grandes filles font bien leurs devoirs et sont très sages. Tu verras que peu à peu tu prendras goût à constater toi même les progrès de ton petit « coeur » comme tu l’as baptisée et que cela t’intéressera en te tenant compagnie.

Quand Yves sera parti la maison te semblera encore plus vide. Aime bien cette maison quand même et quand tu as le cafard écris vite une lettre à ton méchant mari… qui ne pense jamais à toi que pour te faire des misères. Et surtout ne t’occupe pas de la longueur des courriers : les lettres arrivent et cela est l’essentiel pour moi. Quand je serai bien loin de toi qui sait combien mettront-elles de temps à parvenir les lettres que nous nous enverrons. Et pourtant ne sera-t-on pas heureux d’en avoir souvent ?

Je t’entends bouger en haut et j’ai une sainte frousse que tu viennes me surprendre

Adieu mon chéri

Une grosse bise

Georges

[de mamie, écrit en marge : Gros navet qui croit que je te veux des misères. Une grosse bise]