Témara – 1er avril

Période :

Résumé

Georges explique qu’il ne peut finalement pas venir à Safi à cause de ses responsabilités au camp et d’une réunion imprévue. Déçu comme Yvonne, il promet de demander bientôt sa permission et lui donne des nouvelles du déménagement du camp, tout en lui renouvelant son affection.

Mon cher petit chéri. Je suis tellement ennuyé aujourd’hui en pensant que Safi est si loin. J’avais toujours décidé de passer ce dimanche avec toi et mes petites filles, et le fait de l’absence de mon patron, au lieu de me rendre plus libre, me gêne un peu. C’est ainsi que je ne puis guère quitter mon camp avant le samedi soir et rentrer le lundi avant 8 heures. Ce matin j’avais décidé, et cela malgré mon télégramme, de partir ce soir à 6 h pour rentrer dans la nuit de dimanche à lundi. Et puis une réunion des grands chefs, dont je suis (!), a eu lieu à 2 h et j’ai compris qu’il valait mieux que je ne fasse pas de gaffe en ce moment.

Ma valise était prête et cela va me faire mal au cœur de la défaire dans un moment. Mais ce n’est que partie remise, et dès que mon patron rentre, je demande ma perm et je pense ainsi l’avoir bientôt pour aller te voir. Il me reste 10 jours à prendre et je les prendrai tous car on ne peut pas partager les 15 jours en plus de deux fois, et d’autre part où serais-je au mois de juin ?

Par contre je ne puis pas encore te fixer la date exacte car d’abord il me faut attendre le retour de mon capitaine qui sera là, je pense, avant la fin de la semaine, et d’autre part nous déménageons le 10 et peut-être qu’on va exiger ma présence à ce moment-là, ce qui serait un peu naturel car j’ai pas mal de responsabilités ici. Crois bien que je ferai ce qui sera possible et je te préviendrai à temps. J’attends le retour du patron pour voir cela avec lui. Nous changeons donc de quartier et nous abandonnons hélas le bord de la mer, pour aller dans la forêt de Mamora, route de Meknès, où je crois qu’il fera certainement plus chaud qu’ici.

Ce soir à 6 h ½ je partirai à Casa avec le camion des permissionnaires et coucherai chez Lucien car sa chambre est vide, Yvette ayant quitté Casa pour Taza. Je reviendrai demain soir et je tâcherai de bavarder un peu avec toi au téléphone chez madame de Johannis. Ce qui m’ennuie surtout dans cette promenade loupée à Safi, c’est que je pense que tu m’attendais à peu près sûr et que tu as dû être bien déçue de mon télégramme. Ne m’en veux pas trop et surtout sois bien raisonnable pour chasser ton cafard, que je comprends très bien, et qu’il ne faut pas avoir, n’est-ce pas petit poulet ?

As-tu reçu ma grosse caisse envoyée par CTM ? J’ai été obligé de couper en deux le pain américain, faute de place et j’espère que Paulette n’aura pas eu l’idée de porter le colis toute seule. As-tu reçu aussi mon mandat de 2000 francs et non plus de 1000 comme je t’avais annoncé ? Tu vois que ton méchant mari pense quand même à sa petite femme, et comment pourrait-il faire autrement ?

Merci, petit poulet, de toutes tes nombreuses et si gentilles lettres. Continue à le faire aussi souvent, car tu sais que tu me fais bien plaisir. J’espère bien que Lulu est plus sage au catéchisme et qu’après les vacances de Pâques ce sera une gentille et bonne élève en tout, ainsi que Paulette d’ailleurs.

Aujourd’hui il fait terriblement chaud et je crois bien qu’on ne va pas tarder à se mettre en short. Aussi tu peux t’attendre à ce que je t’apporte ma tenue française d’hiver qui ne me sert plus à rien puisque je ne la mets pas. Il m’a été impossible de te trouver de la pommade boratée.

Je regarderai demain à la pharmacie de service à Casa s’il y en a. Quant à la crème américaine, il vaut mieux ne pas en parler.

Si je vois qu’il m’est impossible de prendre une perm, je ferai tout pour venir samedi prochain jusqu’à mardi matin en amenant le fils Ruelle que j’irai voir un de ces jours, mais il vaut mieux ne pas trop y compter car si je ne viens pas cela te fait — et à moi donc ! — une grosse peine.

Au revoir petite chérie, je vais faire mon travail, me changer un peu et je mettrai ma lettre à la poste ce soir à Casa. Tu as bien fait de donner les pellicules à Mme Videau et pensez à moi pour les épreuves. Ici, il y a un lieutenant qui m’a promis de me photographier devant ma tente avec le dernier rouleau qui lui reste.

Je t’embrasse mille fois bien bien affectueusement. Au revoir,

Ton grand Ge…

Une caresse aux filles et deux au Jacquou !