Témara – 23 mars

Période :

Résumé

Georges remercie Yvonne pour ses lettres et celles des enfants, qui lui apportent du réconfort. Il l’encourage à ménager sa santé, évoque la monotonie de la vie au camp et annonce qu’il viendra la voir à Safi le 2 avril, tout en donnant quelques nouvelles du quotidien.

Mon cher petit poulet. Une fois de plus je m’arrache à mes papiers et à mes moteurs pour venir t’écrire un peu, car hier et aujourd’hui j’ai eu 3 lettres de Safi : celle de samedi matin, celle de ma Lulu avec celle de Clifford, et celle de lundi qui est allée bien vite. J’ai été bien gâté comme tu le vois et tu ne peux pas me faire plus plaisir. Comme toi j’ai été heureux d’avoir des bonnes nouvelles de Clifford et la lettre de ma petite Lulu, si bien écrite et avec un beau dessin, m’a fait un grand plaisir.

Il ne faut pas, mon petit chéri, t’énerver au sujet de la demande de madame Bénais ou de l’attitude de Pillot. Je comprends très bien qu’une gentille femme aussi droite que toi, soit vexée de certaines choses, mais essaye de prendre les gens comme ils sont, sans plus, car j’imagine ton énervement à travers tes mots et tu dois penser à toi avant tout : le moindre énervement te fatigue, tu le sais bien, et cela me fait beaucoup de peine de te voir ainsi.

Je suis sûr d’ailleurs que ton mal au ventre de dimanche vient de là. Sois donc un peu plus égoïste : vis pour toi, et pour nos petites filles, et n’accorde pas tant d’importance aux petites choses des autres, Bénais ou Pillot, ou d’autres. Moi je veux avant tout ta santé, et c’est pour cela que je me permets de te dire d’éviter absolument toutes occasions de t’énerver.

Pense à toi d’abord, à moi aussi, à tes filles qui t’aiment beaucoup et à ton petit Jean-François (avec un trait d’union pour te faire plaisir) et passe sur tout ce qui peut te contrarier. Continue surtout à me dire toutes tes petites misères. Que t’importe également l’opinion que peuvent avoir de toi certaines personnes de la poste ou d’ailleurs ! Tu verras que, quand je reviendrai, je serai là pour t’enlever la plupart de tes soucis et je te promets la meilleure vie possible, que tu auras bien méritée après tous tes sacrifices et tes gentillesses pour ton petit homme qui t’aime bien.

Je pense que mes lettres maintenant t’arrivent plus régulièrement et que tu me traiteras plus de méchant mari parce que je ne t’écris pas. Quand la mer sera entre nous, je te promets toujours d’avance des nouvelles aussi nombreuses, même si je dois te crayonner quelques mots au crayon, car tu sais je ne fais pas toujours tout ce que je veux et j’ai mon temps bien occupé.

En attendant je te promets de venir samedi à Safi, 2 avril, à peu près tout ce qu’il y a de plus sûr, car mon capitaine partant demain en permission je serai mon maître jusqu’au 8 ou 10 avril. Et après nous parlerons ensemble d’une permission car je crois que tu as raison, je ferai comme tu voudras, mais il vaudrait mieux que je tienne sûrement quelques jours de repos avec toi à Safi au lieu de se séparer pour un temps bien indéterminé et peut-être assez long. De toute façon, il faudra que j’attende le retour de mon patron avant de prendre une décision quelconque. Je te joins à ma lettre une photo pour Paulette. As-tu reçu mon colis par CTM ?

Je vais t’acheter une croix de Lorraine en argent sans V et tu me rendras l’autre quand je viendrai ou tu les garderas toutes les deux, comme cela tu seras bien gâtée une fois de plus. Et ce baptême s’est-il bien passé ? J’espère, mon petit chéri, que tes misères de dimanche n’ont pas trop duré et que dès lundi tu allais mieux. Soigne-toi le mieux possible, surtout en te reposant bien, et tu verras que tout passera vite. J’espère que ta prochaine lettre me dira que tu vas mieux et que ce petit Jean-Pierre devient plus sage avec sa gentille maman.

En proposant encore à Clifford d’être parrain j’ai complètement oublié M. de Johannis. Ne m’en veux pas trop et tâche…  d’avoir 2 jumeaux… pour arranger l’affaire ! Attention que tes filles n’attrapent pas la rougeole avec Claude : il ne manquerait plus que cela dans la maison.

Tu me fais envie en me parlant de saucisses américaines fumées, petite gourmande. Quand je viendrai je t’apporterai beaucoup de petites choses et aussi de la farine pour que tu puisses souvent faire de tes bons gâteaux. Et les rillettes sont-elles bonnes ?

Pour moi, ma vie commence à devenir un peu monotone sous une tente, et il nous tarde à tous de partir d’ici. J’ai toujours mon même travail mais attention mon adresse est maintenant changée. Le secteur postal devient SP 84275 BPM6 au lieu de l’autre. N’oublie pas d’y penser dans tes prochaines lettres. Il m’arrive souvent d’avoir un peu le cafard loin de toi surtout, et heureusement que j’ai tes gentilles lettres et celles de mes filles pour vivre un peu plus par la pensée avec vous toutes.

Dimanche prochain nous allons à Ifrane. Nous serons environ 50 à 60. Départ 5 h du matin en camions américains, retour dans la nuit. Je te raconterai cette promenade qui me plaît dans ma lettre de lundi prochain. Ce sera encore un dimanche de passé et qui me rappellera de bien bons souvenirs.

Demain j’écrirai à Paulette, Lulu et à toi sans doute une fois avant lundi, tu le sais bien petit poulet chéri. Fais une grosse caresse à tes filles pour leur papa.

Au revoir petite vonvon, reste bien calme pour faire plaisir à ton Georges qui t’aime bien et écris-moi souvent en me racontant bien tes joies et tes peines.

Je t’embrasse bien tendrement et je te dis encore une fois que je t’aime bien et que je serai toujours pour toi le plus gentil mari.

Ton Georges.