Témara – 29 février

Période :

Résumé

Sous la tente par mauvais temps, Georges décrit la vie de camp, ses nombreuses responsabilités et les difficultés de ravitaillement. Il évoque une visite d’amis, un déplacement prévu à Casablanca et demande des nouvelles de Vonvon et des enfants, dont l’absence lui pèse.

Mon cher petit chéri. Mon bloc de papier est tout humide avec le temps mauvais qu’il fait depuis huit jours et il en est de même pour tout ce qui est sous ma tente, même moi. Décidément ça commence à devenir la barbe de faire du camping et vite le soleil. La nuit je me réveille dix fois et ma lampe électrique à la main, car on nous coupe la lumière à 10 h je cherche à consolider mes mâts qui penchent sous le vent ou à tendre mes ficelles. Mais dans mon lit je m’y suis assez habitué et je n’ai pas froid.

Ce matin on n’a pas eu de jus, car le vent de la nuit avait emporté la cuisine, et il a fallu jusqu’à 10 h pour la faire remettre d’aplomb. J’ai pas mal et toujours beaucoup de boulot ici car il faut que je m’occupe constamment de nos 200 bonshommes : nourriture, travail, propreté, gardes, marche, comptabilité etc… Cela me plaît dans l’ensemble mais ne ressemble en rien à ce que j’ai fait jusqu’à présent dans la vie militaire. Vivement la fin.

J’ai appris que Philippe était Lieutenant au Régiment du Tchad mais je ne l’ai pas vu. Chacun vit ici avec son unité et si tu penses que la Division s’étend sur plus de 50 km avec des intervalles entre tous parfois assez grands, tu comprendras bien qu’on puisse ne pas se rencontrer. Nous-mêmes on va se séparer en deux morceaux, dont un ira à Rabat peut-être, mais moi je reste avec le gros de notre troupe, c’est-à-dire ici.

Hier j’ai eu des visites. Après une heure de recherches et de demandes de renseignements de partout, Lucien, le mari d’Yvette et un type qui les conduisait sont venus me voir vers midi. J’ai pris aussitôt une jeep et on est allé manger à Rabat. Si tu avais vu la figure de Lucien au courant d’air dans la jeep, lui qui aime bien ses aises ! C’était marrant. Je suis rentré à 14 h au boulot.

Le mari d’Yvette est sympathique mais n’a qu’un désir : celui de reprendre une unité du genre de la mienne, car lui qui sort de St-Cyr et qui a 29 ans est avec des infirmiers…

Demain je vais le matin à Casa pour essayer d’obtenir des possibilités pour ravitailler un peu mieux nos soldats, car ici il est difficile de trouver tout ce qu’il faut. Je reviendrai sans doute au début de l’après-midi. Je me ferai d’ailleurs aider par Lucien pour obtenir un peu ce que je voudrais acheter. Demande toi aussi à Safi à M. Le Maire s’il ne pourrait pas débloquer en faveur de la 2e D.B. 50 ou 75 kilos de pâtes alimentaires et une caisse de sardines. Cela me donnerait l’occasion d’aller les chercher…

Enfin tu vois que je suis pas mal occupé. Mon rhume va peut-être un peu mieux mais j’aurais quand même besoin d’un petit vin chaud le soir et aussi de « ma bouillotte » dans mon lit.

À toi maintenant de vite me donner de tes nouvelles car je n’ai encore rien de toi et je commence à languir. Écris-moi vite : peut-être demain j’aurai quelque chose à mon retour de Casa. J’espère cependant que ton petit ventre ne te fait pas trop de misères et que ton moral reste bon. Il le faut bien mon petit chéri, et si séparé de toi, il me faut bien être sûr que la maison de Safi fonctionne normalement avec une petite Yvonne bien calme et bien sage, pour que je puisse supporter toutes mes petites misères, et j’en ai crois le bien.

Je m’arrête. Fais une grosse bise aux filles et dis-leur d’être bien sages et de bien travailler à l’école. Au revoir petite chérie, mille caresses de ton petit mari qui t’aime bien beaucoup et qui voudrait vite te revoir et t’embrasser.

Ge…