Résumé
Le 21 janvier, c’est une lettre où Georges parle d’organisation, et attend des nouvelles de sa demande de mutation dans la 2eDB. Il précise qu’il l’a faite, mais qu’il ne fera rien de plus pour l’accélérer, quitte à rester au Maroc près d’Yvonne.
Mon cher petit chéri.
Je suis un peu déçu ce soir. Après t’avoir parlé au téléphone ce matin j’attendais une lettre de ma petite femme et contrairement à ce qui se passait d’habitude je ne l’ai pas eue ce matin, ni ce soir. Cela doit encore être un coup de dame censure et j’espère bien que demain matin j’aurai le grand plaisir de lire ta lettre.
Ecris-moi souvent petit poulet car vrai, je languis ici et d’autant plus que je suis toujours dans une attente bête, n’ayant guère de goût à mon boulot en ce moment, et que veux-tu qui me tienne mieux compagnie qu’une lettre de la petite femme que j’aime bien, surtout si elle me permet de la suivre, ainsi que les petites, dans les détails de sa vie bien calme à Safi.
Je voudrais aussi vite savoir si ton moral est meilleur et si malgré les soucis que je comprends très bien, tu prends ton état en patience, puisqu’il ne peut pas y avoir moyen de faire autrement et puisque ton mari qui t’aime bien veut te voir calme et sans gros ennuis. Ne le feras-tu pas pour me faire plaisir? Si pas vrai mon joli petit chéri ? Dis-le moi vite dans une lettre et prouve-le moi lorsque je viendrais te voir. Je n’ai toujours rien reçu concernant ma mutation et je commence à me demander si elle finira par venir. Mais comme je te l’ai dit, et pour toi seule, je ne ferai rien de plus pour la hâter. Si elle ne vient pas tant pis j’aurai au moins le plaisir, et toi aussi, de rester plus près de toi et de pouvoir plus facilement te rejoindre lorsque ce sera nécessaire. Et si je pars je te chercherai moi-même une femme européenne, tant pis pour la dépense, qui t’aidera le mieux possible et te sera d’un bien grand secours pour toi et pour les gosses si le besoin s’en fait sentir.
Ne te souviens-tu pas, petit poulet, lorsque tu étais à l’hôpital à Méknes pendant 21 jours et moi à Ifrane avec les deux filles si petites ? Grâce à Madame Souquet on avait pu s’arranger cependant et on pourra bien faire de même cette année si vraiment il en est besoin. Donc un peu de courage petite Vonvon…. J’ai cherché aujourd’hui l’amie de Mme Videau, Madame Maltere. Elle est absolument inconnue à l’État-Major et je ne sais guère où la trouver. Comment va Madame Videau maintenant, et le Pierre Videau devient-il déjà un grand garçon? Je pense que les filles sont allées le voir et qu’elles ont dû être heureuses.
Tâchez de vous arranger pour le baptiser un jour que son père et moi aussi si c’est possible serons là. Je ne suis pas le parrain mais en tant que « mari de la marraine » j’en serais bien heureux. Dans la lettre que je t’ai envoyée mercredi, je te disais que nous devions aller en montagne ces jours-ci, mais pour certaines raisons que je ne puis dire par lettre cette sortie est en principe remise à samedi prochain 29 janvier. Je ne pourrai donc pas aller te voir dimanche prochain comme je l’espérais bien malgré les difficultés dues au manque de bagnole mais il sera sûr pour le samedi suivant, c’est-à-dire le premier samedi de février, à moins que je puisse avoir une occasion plus tôt. D’ici là écris-moi souvent tu me feras bien bien plaisir et surtout n’oublie pas de me raconter même tes peines car je t’aime trop pour qu’il en soit autrement.
Ce soir je suis invité à dîner chez Lévesque. Les Gabanelle sont toujours très chics avec moi. Ils ont mis de côté du café et un peu de savon pour toi que je t’apporterai à la première occasion. As-tu besoin d’autre chose? Claudia m’a rendu aussi la ceinture que tu m’as demandée. Claudia ne va pas très fort en ce moment. Le docteur lui a formellement interdit de quitter le lit à cause des risques pour son cœur et Maurice s’occupe des gosses et de la cuisine car bien entendu ils n’ont pas de fatma au moment où il leur en faudrait tant une. Mais inutile d’ajouter que Madame Gabanelle est très chic avec eux et a bien entendu en oubliant qu’il n’en a pas toujours été de même de l’autre côté.
Maurice a reçu ces jours-ci une carte de Taza, de Lucien, qui d’après ce que tu m’as dit au téléphone ce matin avait dû aller voir son cousin le mari d’Yvette. Est-ce que je t’ai dit que j’avais envoyé une longue lettre à Clifford? Garde-moi les lettres que tu reçois mais à part les miennes tu ne dois pas en avoir beaucoup surtout si les Bénais t’oublient aussi un peu. Hier soir, on a fait un bridge chez les Gabanelle. Lui a gagné 0F75 et bien entendu il en était très fier et m’a prié de te dire qu’il était devenu un as, hum ! hum !
Au revoir petit poulet, comme je préférerais être près de toi ! Je pense bien souvent à toi va et je te répète encore que je t’aime beaucoup et toujours peut-être un peu plus. Embrasse bien les filles pour moi, surveille bien le travail de ta grande Paulette.
Mille caresses bien affectueuses de ton petit mari



