Marrakech – 24 janvier

Période :

Résumé

Le 24 janvier, c’est la lettre où il demande la permission de s’acheter un stylo à plume américain très cher (300F), avec une plume en or, pour son anniversaire, et finit en disant qu’il écrit avec ce même stylo déjà acheté. Un peu manipulateur…

Ma petite chérie. 

Avant hier j’étais heureux de pouvoir te faire porter un mot par Pandelé qui allait à Safi hier avec la camionnette du poisson. Mais celle-ci n’ayant pu partir, Pandelé m’a rendu ce matin ma lettre et je te l’envoie quand même. 

Grande joie ce matin pour moi : j’ai reçu ta bien gentille lettre de mercredi dernier et ton petit mot de samedi avec la lettre du cousin (!) comme tu dis… Si tu savais comme ta petite lettre m’a fait plaisir. Je suis si content de savoir que tu veux être raisonnable. Et tu verras si je ne saurais pas te rendre ta gentillesse car je t’aime trop pour te voir avec de la peine. Oh je sais bien que ce ne sera pas toujours rose pour toi car il est évident que le moment n’est pas très bien choisi, mais peut-on faire autrement ? Comme tu le dis aussi, tu verras que je saurais te redonner du courage et de la patience. D’abord je ne prends plus de permission avant l’été prochain et je suis sûr que quoi qu’il arrive je m’arrangerai pour être à Safi en permission au moment où tu auras besoin de ton petit mari. Il le faut bien puisque tu veux être « bichonnée » par un petit mari qui ne t’aime plus… 

J’ai confiance en ma bonne étoile et en somme je suis sûr d’avance que tu ne regretteras rien et que même tu seras contente d’avoir fait plaisir à ce méchant Georges, qui est si exigeant envers son petit poulet. Et puisque je suis quand même bien gâté par ma vonvon j’ai un petit cadeau à te demander. Tu sais que j’ai bien envie d’un stylo. Or je viens d’en trouver un à acheter. C’est un stylo américain au poil et il ne coûte que… 600F. Mais tu sais il est bien joli et sa plume en or me permettra d’écrire tout un tas de jolies choses à celle que j’aime bien. Me donnes-tu la permission, ce sera mon cadeau d’anniversaire ?… 

Je suis tellement sûr que tu me diras « oui » que je… l’ai déjà acheté et que c’est de lui dont je me sers en ce moment. Qu’est-ce que je vais prendre ??! 

Je suis content qu’on t’ait apporté un peu de bois car au moins tu ne te gèleras plus. Mais il ne faut pas trop l’économiser pour cela et dans ce but vite commandes-en encore. Il fait à nouveau froid ici mais je me suis acclimaté et n’ai pas besoin d’emprunter une couverture aux Gabanelle. Mes démangeaisons m’ont repris et mon bras gauche en particulier m’énerve beaucoup mais il faudra bien que cela passe. 

Hier dimanche j’ai passé la journée évidemment avec les Gabanelle. On n’a pas bougé de chez eux et on a joué, M Gabanelle et moi, au ballon dans la rue. On avait l’air intelligent et bien entendu mon Colonel m’a vu et m’a dit ce matin que j’avais raison de rester jeune… Aujourd’hui ils m’ont fait manger un coq au riz. On a mal aux bras tous les deux. En ce moment je n’ai rien à faire et je t’écris de mon bureau pendant que mon ami Both.. raconte des histoires aux dactylos. Après j’irai au coiffeur et je relirai encore une fois (ce sera la 3è) ta lettre dans ma chambre. Écris-moi bien souvent tu me feras plaisir. 

Samedi je m’en vais en montagne comme je te l’ai dit et on ne rentrera que lundi soir. J’en suis heureux car je m’ennuie ici et heureusement pourtant que les Gabanelle, sont si gentils pour moi. Je vais aussi écrire au cousin (!) et répondre à la demande de l’Echo du Maroc. Félicite Lulu de sa mention Bien et dis à Paulette que je serais bien content si elle aussi avait une mention semblable un peu plus souvent. Amitiés à Mme Videau et une grosse caresse à mon petit Jackou. Qu’avez vous fait tous hier dimanche? 

A demain matin au téléphone. Toujours rien de nouveau pour moi et je commence à en prendre mon parti. Au revoir petit poulet. J’espère que tu auras ma lettre jeudi matin. Je t’écrirai encore mercredi sans doute. Sois bien raisonnable toujours et pense bien à moi qui t’aime beaucoup. Je t’embrasse bien bien affectueusement.

[en marge : il me tarde d’aller te voir je te promets à l’avance d’être bien gentil. Une grosse bise] 

[je ne retrouve plus la lettre que j’avais donnée à Pandelé. J’ai dû la laisser dans ma chambre. Je te l’enverrai ce soir dans une autre enveloppe. Bises.]