Résumé
Le 19 janvier, la lettre est du même ordre, Georges annonce juste une tournée dans l’Atlas avec un autre officier, à la recherche d’un emplacement pour un camp d’entrainement, il fait du tourisme !
Mon cher petit poulet.
Je suis de permanence aujourd’hui et puisque je suis un peu au calme, j’en profite pour venir bavarder avec toi. Tu as dû recevoir la lettre que je t’ai fait porter par Madame Tixier : ne faut-il pas profiter de toutes les occasions pour giberner avec sa petite femme qu’on aime bien un tout petit peu. Moi aussi j’espère recevoir bientôt de tes nouvelles, mais attention les jours de départ des cars ont paraît-il été changés et tu ferais bien de te renseigner à ce sujet car je n’ai pu avoir le renseignement ici aujourd’hui. Et n’oublie pas que je dois te téléphoner vendredi matin…
Je viens d’envoyer une grande lettre à l’ami Clifford où je lui parle de nous tous, de sa blessure et de la joie que nous avons eue en recevant la lettre et les cartes de nouvel an d’Amérique. Pense toi aussi à faire une longue lettre à sa cousine et dis-lui qu’après la guerre et dès qu’on le pourra, on ira les voir à Worcester, Inch Allah ! Je t’ai acheté un petit agenda pour tes comptes puisque tu préfères garder l’autre comme papier à lettre, et aussi un dictionnaire English-French et Français-anglais pour Paulette qui je l’espère travaillera de mieux en mieux à l’école pour faire plaisir à son papa et à sa maman qui l’aiment bien Toujours rien de nouveau pour moi ici : je prends mon mal en patience et je fais le mort.
Cette semaine j’ai heureusement un peu de travail et je préfère qu’il en soit ainsi. Nous venons de projeter avec un capitaine du 3e Bureau, le lieutenant Lévesque et moi une grande tournée de trois jours pour rechercher des emplacements pour camps d’IPM. Nous partirons sans doute dimanche matin pour revenir mardi soir et nous irons à Aliouine, Tizi N’ Test, Taroudant, Ouarzazate et Taliouine. Cela nous fera une agréable sortie et je crois que c’est inutile de dire que c’est moi qui ai poussé à la roue pour que cette sortie se fasse le plus tôt possible, afin que j’en profite avant mon départ. Que cela surtout ne t’empêche pas de m’écrire car mon plus grand bonheur sera de trouver des lettres de ma petite Vonvon à mon retour.
Depuis lundi j’ai toujours mangé chez les Gabanelle et je crois bien que cela va continuer. M. Gabanelle te remercie bien de la cuillère à café mais me prie de te dire qu’il lui manque encore une fourchette et une grande cuillère, ce qui est une blague bien entendu. Les Maurice toujours les mêmes mais les apparences sont sauves… Pense, tu seras gentille, à me nettoyer et à coudre ma veste de drap, au cas où mon passage à Safi serait trop rapide. Merci d’avance et excuse-moi de te donner toujours du travail : je suis un méchant mari.
As-tu reçu du bois ? Ici il n’y en a plus du tout et il faut la carte maintenant pour en acheter. Si tu ne l’as pas encore, secoue un peu ta bonne femme et au besoin parles-en à M. de Johannis pour que tu ne sois pas trop en panne dans ta grande maison surtout avec tes trois filles et la petite frileuse que tu es. Comment va Mme Videau ? Et le Pierre Videau ? Tâche de la garder quelque temps encore avec toi. Cela ne pourra que lui faire plaisir et te distraira en même temps. Donne-moi aussi exactement de tes nouvelles sans me dire que tu vas parfaitement bien si ce n’est pas vrai. Soigne ton rhume par de bons vins chauds si tu tousses encore et fais bien tout ce que t’a dit le médecin pour toi. Et surtout n’oublie pas ce que je t’ai dit hier dans ma lettre : je veux que ton moral soit le meilleur possible et tu es une petite femme trop gentille pour ne pas vouloir faire plaisir à ton Georges.
Ce soir dans la chambre de l’officier de service, si je ne suis pas trop dérangé par des télégrammes, j’écouterai un peu Radio Toulouse pour entendre les mêmes airs que tu écouteras certainement. Inutile d’ajouter que je penserai bien à toi. Dans un moment je vais quitter ma permanence pour aller souper chez les Gabanelle mais tu peux être sûre que je préférerais de beaucoup manger avec toi et les trois petites la bonne cuisine que tu nous fais… même dans la cuisine… et même si elle est trop salée…
Quel homme je deviens en fréquentant le mari épouvantable qu’est M. Gabanelle, n’est-ce pas petite Yvonne? N’oublie pas si on joue un film qui te plaise d’aller le voir mais fai- toi accompagner tu seras bien mignonne. Et surtout ne languis pas trop. Tu verras que notre séparation sera malgré tout de courte durée et qu’après je te donnerai tout le bonheur qu’il me sera possible de te donner, sans jamais te faire la moindre misère, car tu es bien trop gentille et je n’aime pas te voir triste ou pleurer.
Au revoir mon petit chéri je t’aime toujours bien beaucoup et je crois bien que ce n’est pas encore que je me déciderai à divorcer. Je t’embrasse bien bien affectueusement.
Une caresse aux filles et deux au Jacquou.
ill… on illon maillon !.. ill… a illa maille…



