Mon cher petit chéri. Toujours rien de toi et je commence à être inquiet. Demain je te téléphonerai. Pour moi je n’ai encore rien reçu au sujet de ma mutation et je commence à trouver le temps long.

Samedi 15, après demain je vais cependant te voir à Safi, en mission avec Lévesque et mon aspirant si nous pourrons avoir une voiture militaire, seul dans le cas contraire avec le car. De toutes façons Lévesque et l’aspirant reviendront le même soir et moi je reviendrai lundi après midi avec le car : retiens moi vite une place tu seras gentille. Si Lévesque et l’aspirant viennent tu seras gentille de les garder à déjeuner samedi à midi car ce sont tous des chics copains, et je ne puis faire autrement. Je te le dirai au téléphone demain. De toutes façons et même seul je viens officiellement samedi matin : retiens des places au cinéma.

Je vais pouvoir te faire passer ce mot car toute la police de Safi est ici aujourd’hui. De Gaulle et Churchill nous ont passé en revue C’était formidable et le souvenir que j’en garderai sera inoubliable. Bien entendu j’ai défilé fièrement en tête de l’IPM et,-attention!- le général De Gaulle lui même m’en a félicité en me serrant la main. Après la revue De Gaulle a réuni tous les officiers à la Bahia et nous a fait un speech qui m’a ému jusqu’aux larmes. C’est un homme super épatant et qui mérite qu’on l’admire. Je te raconterai cela samedi.

Je ne t’écris pas longuement car je vais monter à la Police pour voir si je trouve une occasion de te faire passer ce mot.

A demain matin au téléphone et à samedi de toute façon.

Je suis plus qu’impatient de te revoir, je t’aime bien et t’embrasse bien bien affectueusement.

Marrakech, mardi à 14 h.
Mon petit chéri, hier au téléphone, j’aurais voulu te raconter un tas de petites histoires, et puis, comme toujours, j’ai oublié la moitié. J’aurais voulu te dire que j’aimais bien mon pyjama fait par ma petite femme, que je trouvais le temps bien long sans toi et que j’étais ennuyé de te savoir toujours un peu fatiguée.

Mais je crois que tout cela, tu le sais bien, et toi aussi tu as beaucoup de ces petites choses à me raconter. Laisse-toi bien soigner par le docteur Méténier, et tu verras que bientôt tu seras la petite femme que tu as toujours été, et tu en seras bien contente.

As-tu encore beaucoup de piqures à encaisser ? J’espère que bientôt tu seras débarassée de ces soucis et que dimanche prochain je pourrai te ramener avec moi. Car j’ai décidé, et vendredi au téléphone tu me donneras ta réponse de partir samedi soir et te ramener avec moi dimanche après-midi, avec notre petit Jacquou.

Paulette et Lulu resteront avec Mme de Johannis si cela est possible deux ou trois jours, et mercredi tu reviendras avec le car ou je tâcherai de te ramener. Cela te sortra un peu et te fera du bien, je l’espère.

Quant à moi, inutile de te dire que j’en serais très heureux. Vendredi matin, à 7 h, je dois faire le laïus au Salut aux Couleurs du lycée. Aussi je crois bien que je serai un peu en retard pour te téléphoner mais je tâcherai de te téléphoner, ou du bureau, avant 11 h.

Rien de nouveau pour moi sinon ceci : Jaillard est revenu ce matin de Rabat. Il a vu là-bas le capitaine Delaye, qui était submergé de travail et de soucis pour l’incorporation de la classe 44. Il lui a dit de me demander de patienter encore quelques jours, et qu’il s’occuperait de moi après. Cela m’ennuie un peu, car je crains de rester longtemps ici, mais enfin j’espère tout de même ne pas m’éterniser à Marrakech et participer moi aussi enfin à la lutte contre les Boches. Je te tiendrai au courant s’il y a du nouveau.

J’ai acheté ce matin trois cartes de la Croix-Rouge pour écrire en France. Je les enverrai ce soir ou demain, à Vals, à Privas et à La Voulte. Cela leur fera plaisir.

As-tu pensé toi à envoyer un mot à ta belle-sœur de Casa? Ce matin je n’ai pas eu ta lettre de dimanche ; ce sera peut-être pour ce soir, à moins qu’elle ne traîne encore vingt-quatre heures. Je suis d’une impatience folle de lire les lettres de mon petit poulet. As-tu reçu la mienne de dimanche ? Écris-moi encore souvent tu me feras plaisir, car quelque chose m’empêchait d’aller te voir samedi au moins je pourrai avoir de tes nouvelles par lettre.

Embrasse bien les trois grandes filles pour leur papa et dis-leur de bien travailler en classe.

Au revoir, petite chérie. À vendredi matin au téléphone, et sauf contre ordre à samedi soir vers 7h ½ 8 heures, grosses caresses du ton grand moi…