Casablanca – Vendredi 15 juin

Période :

Résumé

Georges est arrivé à Casablanca chez la famille de Lucien. Il rend visite au camp d’Aïn Borja où son colonel l’informe d’une prochaine démobilisation. Il reçoit enfin de nombreuses lettres de sa famille, se baigne pour la première fois de l’année et attend une permission pour rejoindre Safi très bientôt.

Mon cher petit chéri,

Deux jours que je suis à Casablanca et je ne t’ai pas encore écrit. Quel méchant mari ! Enfin je vais me rattraper maintenant et te raconter ce que je deviens. En ce moment je suis assis dans la salle à manger de Lucien, et Elvire trie à côté de moi des fayots pour le dîner pendant que ton charmant beau-frère fait des discours aux clients. Il est 9 heures du matin et il fait déjà chaud. J’ai remarqué d’ailleurs en lisant Le Petit Marocain que c’est encore à Safi qu’il fait le moins chaud de tout le Maroc, et cela me fait une raison de plus d’y retourner bien vite.

Mercredi je suis arrivé ici à midi et quart juste pour me mettre à table avec la famille qui était en train de déguster un plat de nouilles et un gros rôti de veau. L’après-midi je suis allé au camp d’Aïn Borja au 11e RTS (une heure aller-retour de marche à pied avec ma tenue de drap). J’y ai vu mon colonel assez sympa qui m’a fort bien reçu et qui m’a dit qu’il ne pouvait rien me faire faire puisque j’allais bientôt être démobilisé. Il m’a donné en attendant l’autorisation d’aller à Rabat voir les grandes huiles, et j’y vais ce soir avec une auto militaire.

Lundi je dois aller le revoir et je pense qu’il me donnera une permission de quelques jours pour aller à Safi voir ma famille, en attendant ma démobilisation. S’il en est ainsi, tu me verras arriver sans doute mercredi matin. Sinon je ferai activer ma démobilisation, car je ne tiens pas du tout à rester ici sans rien faire. Je cours au grand hôtel rue Védrines, mais l’eau coule en mince filet et cela n’a rien de très agréable.

Au 11e RTS j’ai eu à mon arrivée un véritable courrier de ministre que l’on m’avait fait suivre ici au lieu de l’expédier à Safi : deux lettres de Lulu, trois de Paulette et cinq de toi, tu parles si je me suis régalé ces deux soirs avant de m’endormir. J’ai eu ainsi toutes vos nouvelles du 8 mai au 25 mai et j’ai compris la peine que tu avais de ne pas recevoir de mes nouvelles. J’ai lu encore entre les lignes combien tu m’aimais et ce que tu représentais pour moi. Mais maintenant c’est terminé, et dans quelques jours je t’aurai rejoint, cette fois pour toujours.

Hier Lucien nous a payé à déjeuner à la piscine et j’en ai profité pour prendre mon premier bain de cette année, mais on sentait que j’avais perdu l’habitude et j’étais essoufflé après une traversée en large de la piscine. Aujourd’hui j’ai mal à tous mes muscles et il faudra que je m’entraîne sérieusement au Club Nautique de Safi. Je m’occupe de trouver ton aspirateur : affiches chez Lucien, j’en parle à droite et à gauche, malheureusement pour les journaux il faut attendre trois semaines au moins pour les petites annonces. Pour l’instant, en tout cas, je n’ai encore rien trouvé. Inch’ Allah !

Comment allez-vous tous les cinq ? Je pense que mon petit Jean François est toujours aussi coquin et mignon. Bientôt nous pourrons aller nous promener au Club tous ensemble et je n’aurai plus besoin de t’écrire, ce qui sera préférable pour nous tous.

Au revoir petit chéri, fais une bien grosse bise à Paulette, Lulu et Jacquie, et mille caresses à mon fils « câlin ». Je t’embrasse mille fois bien affectueusement.
Georges

Mange un peu mieux toi et repose-toi bien en faisant la sieste par exemple l’après-midi.