Diessen – Samedi 19 mai 1945 11h

Période :

Résumé

Georges reçoit des lettres de Safi, retrouve Clifford et assiste à une visite du général de Gaulle à sa division en Bavière. Il attend son retour vers la France puis le Maroc.

Photos liées aux lettres

Mon cher petit chéri.
Je reçois ce matin deux lettres de Safi : celle de Lulu du 6 et de Paulette du 8 mai, lettres auxquelles tu as ajouté un petit mot où je lis surtout ta joie de voir la fin de ce cauchemar. Je pense que depuis tu as reçu de mes nouvelles et que tu es complètement rassurée sur mon sort maintenant. Je me porte toujours parfaitement bien et je n’ai plus qu’une hâte, celle de rentrer à Safi auprès de vous le plus vite possible. Je n’ai encore rien de nouveau à ce sujet mais je compte bien passer l’été avec vous tous en prenant moi aussi des bains au Club.

En attendant, mon petit chéri, reste bien calme et bien patiente. Je suis ennuyé en ce moment au sujet des événements d’Afrique du Nord mais j’espère que Safi reste calme et que, grâce à l’autorité bienveillante de Monsieur le Maire, il n’y a là-bas rien d’anormal. En somme, tu as appris le sort de la 2e DB au fur et à mesure par la Radio et ce n’était guère la peine qu’on nous interdise de dire là où on est. Par exemple, méfie-toi du dernier bobard annonçant que la 2e DB irait faire de l’occupation en Italie. Nous ne savons rien nous-mêmes sauf que nous rentrons en France ces jours-ci et que j’espère bien que là on s’occupera des réservistes à renvoyer chez eux.

En attendant, voici deux grandes nouvelles :

1° Je l’ai vu, je l’ai enfin revu, qui ? Devine ! Clifford pardi qui, de retour de France et apprenant mon adresse, est venu hier matin vers 11 h pour repartir à 2 h. Nous avons déjeuné ensemble, bavardé tant et plus de lui, de vous, de Jean-François, des trois filles, de moi. Je lui ai donné des photos, doubles de celles que je t’ai envoyées, et il m’a apporté : une cartouche de cigarettes, une bouteille de Whisky, et un cigare. Moi je lui ai fait cadeau d’une bouteille de champagne. Il doit revenir demain après-midi et on tâchera de décider ensemble une balade pour le lundi de Pentecôte si nos grands chefs le permettent. On retournerait sans doute faire un tour à Berchtesgaden et à Phalsbourg mais je ne sais pas si ce sera possible pour moi en raison de notre prochain départ. Il m’a annoncé qu’il comptait rentrer en Amérique dans deux ou trois-mois et s’y faire démobiliser car il n’irait pas au Japon lui. Il ne pourra pas passer par le Maroc mais compte partir par Cherbourg en bateau. Bien entendu, il nous attend un jour en Amérique et il faudra bientôt penser à combiner notre voyage.

2° nouvelle : aujourd’hui nous avons la visite du grand Charles qui vient de Paris exprès pour visite à notre division, défilé, revue, décorations, et tout le coulchi (*). Patch et tous les grands chefs sont là et tout est en émoi ici aujourd’hui, à l’ahurissement des boches qui se demandent ce qui peut bien nous arriver.

Et voilà pour mes nouvelles. Je t’envoie quelques doubles des photos prises à Safi et demain, je t’en enverrai d’autres prises sur le lac ou au cours de ma promenade à Innsbruck et le Brenner. Continues-tu à recevoir mes colis ? Je t’ai dit que je t’en avais fait partir quatre numérotés pour être envoyés de Paris et je t’en expédierai bien encore dès mon arrivée en France. Remercie beaucoup Paulette et Lulu pour leur bien gentille lettre. Elles m’ont fait toutes deux un bien grand plaisir. Veinardes qui ont eu deux jours de congé pour la capitulation des boches ! Et mon Jacquou est-elle toujours bien gentille et bien sage à la maison et en classe ? Quant à monsieur mon fils, dépêche-toi de le mater avant mon retour car je veux qu’il soit bien dressé… !

Ce soir j’attends Guy et Henri qui viennent manger avec moi. À cette occasion, j’ai acheté ce matin un gros coq pour 5 marks c’est-à-dire 25 francs, pas cher comme tu vois. Tous les deux viennent d’être nommés caporaux et tu peux croire qu’ils arborent fièrement leurs deux sardines.

Voilà mes nouvelles pour aujourd’hui : je m’en vais déjeuner en vitesse car la revue a lieu à 50 km d’ici, entre trois et quatre heures, et je ne veux pas la manquer. Une grosse caresse à mon petit brigand et à ses trois grandes sœurs.

Au revoir petit poulet chéri, je t’embrasse mille fois bien tendrement.

Je suis en colère après mon photographe boche qui m’a perdu le rouleau de pellicules le plus intéressant : celui pris sur la vedette avec le général Leclerc. Je râle tant et plus et je lui ai donné jusqu’à demain pour le retrouver. Je n’irai tout de même pas jusqu’à le faire fusiller…

Notes

tout l’apparat, tout le cérémonial, de l’arabe dialectal kull šayʾ / kolchi