Mon cher petit chéri. C’est certainement le dernier mot que je t’envoie d’Allemagne et même de France.
Car tu comprends et mon énervement et mes occupations de maintenant jusqu’au moment de mon arrivée au Maroc. Je te tiendrai au courant quand même de mes tribulations par quelques télégrammes.

Voici en tout cas ce que je compte faire, si d’ici là mes projets ne sont pas arrêtés par quelque ennui.

Demain matin mercredi 23, à 3 h : départ de Diessen et d’Allemagne via le lac de Constance et Colmar, coucher le soir dans la région de Gérardmer ou Mirecourt.
Jeudi 24 : Paris.
Vendredi 25 : Paris encore, où je dois prendre des missions dont je serai chargé au Maroc pour notre division.
Samedi : Paris – Privas si possible en jeep.
Dimanche et lundi : Privas et Vals.
Mardi : Marseille où j’attendrai un bateau pour Casablanca de préférence, ou Oran. Voilà mes projets, mais cela représente de nombreux kilomètres et peut-être quelques empêchements. De toute façon j’ai hâte de rentrer et je ferai tout pour prendre le bateau le plus rapidement possible.

J’espère bien être arrivé vers la mi-juin à Safi et après on verra.

J’ai fait mes adieux hier au général Leclerc et j’étais un peu ému. Il m’a chargé de m’occuper à Casa de lancer un service social pour les soldats de notre division, et c’est pour cela que je passe 24 heures à Paris.

Avant hier Clifford est venu dîner avec moi. Il doit revenir ce soir me faire ses adieux. Quand le reverrons-nous ! ? Je lui ai encore promis qu’on irait le voir en Amérique. Lui aussi viendra, mais m’a-t-il dit un ou deux ans après la guerre. Dans deux ou trois mois il compte rentrer aux États-Unis et se fera démobiliser.

À bientôt petit chéri. Embrasse bien mes trois grandes filles et le coquin de Jean-François pour moi. Soyez tous bien sages et bientôt enfin enfin j’aurai le plaisir de vous embrasser pour de bon. Il pleut à torrent aujourd’hui et on dirait que cela est bien fait pour ne pas regretter l’Allemagne.
Au revoir petit chéri à bientôt. Je t’embrasse mille fois bien tendrement.
Georges

J’ai encore deux paquets de biscuits et bonbons (5 et 6) que je mettrai à la poste dès mon arrivée en France.

Bonjour petit chéri. Une bonne nouvelle aujourd’hui : je viens de recevoir ma mutation pour le Maroc et, en attendant ma démobilisation, je suis affecté au 11e TRS à Casablanca. Je rejoindrai bien entendu le plus tôt possible et sans doute dès mon arrivée en France. Donc tu vois que tout va bien et je pense bien arriver au Maroc avant la fin du mois de juin.
Je télégraphierai de France dès que mon départ sera fixé. En attendant, et dès réception de ma lettre, arrête-toi de m’écrire car tu recevras ce mot le 28 mai, ta réponse me parviendrait vers le 5 juin et il se pourrait bien que je sois parti d’ici là.

Télégraphie-moi si tu veux pour me dire comment vous allez dès que vous avez reçu ce mot.

Hier grande revue, défilé formidable sur un terrain d’aviation boche avec De Gaulle, Patch, etc. etc., souvenir inoubliable que ce défilé en Allemagne. Ce soir j’attends la visite du copain Tim, mais je ne pourrai pas aller me promener demain comme prévu car notre départ s’approche et on a besoin de moi. Je m’arrête car je suis pressé. Ce mot est pour t’annoncer la bonne nouvelle et t’envoyer les photos.

Passe un bon dimanche de Pentecôte et soignez-vous bien.
Avant de partir au Maroc il faudrait que je m’arrange pour aller faire un tour dans l’Ardèche, ne serait-ce que pour y prendre des affaires.

Je vous embrasse tous les cinq mille fois bien affectueusement.

Georges

Mon cher petit chéri.
Je reçois ce matin deux lettres de Safi : celle de Lulu du 6 et de Paulette du 8 mai, lettres auxquelles tu as ajouté un petit mot où je lis surtout ta joie de voir la fin de ce cauchemar. Je pense que depuis tu as reçu de mes nouvelles et que tu es complètement rassurée sur mon sort maintenant. Je me porte toujours parfaitement bien et je n’ai plus qu’une hâte, celle de rentrer à Safi auprès de vous le plus vite possible. Je n’ai encore rien de nouveau à ce sujet mais je compte bien passer l’été avec vous tous en prenant moi aussi des bains au Club.

En attendant, mon petit chéri, reste bien calme et bien patiente. Je suis ennuyé en ce moment au sujet des événements d’Afrique du Nord mais j’espère que Safi reste calme et que, grâce à l’autorité bienveillante de Monsieur le Maire, il n’y a là-bas rien d’anormal. En somme, tu as appris le sort de la 2e DB au fur et à mesure par la Radio et ce n’était guère la peine qu’on nous interdise de dire là où on est. Par exemple, méfie-toi du dernier bobard annonçant que la 2e DB irait faire de l’occupation en Italie. Nous ne savons rien nous-mêmes sauf que nous rentrons en France ces jours-ci et que j’espère bien que là on s’occupera des réservistes à renvoyer chez eux.

En attendant, voici deux grandes nouvelles :

1° Je l’ai vu, je l’ai enfin revu, qui ? Devine ! Clifford pardi qui, de retour de France et apprenant mon adresse, est venu hier matin vers 11 h pour repartir à 2 h. Nous avons déjeuné ensemble, bavardé tant et plus de lui, de vous, de Jean-François, des trois filles, de moi. Je lui ai donné des photos, doubles de celles que je t’ai envoyées, et il m’a apporté : une cartouche de cigarettes, une bouteille de Whisky, et un cigare. Moi je lui ai fait cadeau d’une bouteille de champagne. Il doit revenir demain après-midi et on tâchera de décider ensemble une balade pour le lundi de Pentecôte si nos grands chefs le permettent. On retournerait sans doute faire un tour à Berchtesgaden et à Phalsbourg mais je ne sais pas si ce sera possible pour moi en raison de notre prochain départ. Il m’a annoncé qu’il comptait rentrer en Amérique dans deux ou trois-mois et s’y faire démobiliser car il n’irait pas au Japon lui. Il ne pourra pas passer par le Maroc mais compte partir par Cherbourg en bateau. Bien entendu, il nous attend un jour en Amérique et il faudra bientôt penser à combiner notre voyage.

2° nouvelle : aujourd’hui nous avons la visite du grand Charles qui vient de Paris exprès pour visite à notre division, défilé, revue, décorations, et tout le coulchi (*). Patch et tous les grands chefs sont là et tout est en émoi ici aujourd’hui, à l’ahurissement des boches qui se demandent ce qui peut bien nous arriver.

Et voilà pour mes nouvelles. Je t’envoie quelques doubles des photos prises à Safi et demain, je t’en enverrai d’autres prises sur le lac ou au cours de ma promenade à Innsbruck et le Brenner. Continues-tu à recevoir mes colis ? Je t’ai dit que je t’en avais fait partir quatre numérotés pour être envoyés de Paris et je t’en expédierai bien encore dès mon arrivée en France. Remercie beaucoup Paulette et Lulu pour leur bien gentille lettre. Elles m’ont fait toutes deux un bien grand plaisir. Veinardes qui ont eu deux jours de congé pour la capitulation des boches ! Et mon Jacquou est-elle toujours bien gentille et bien sage à la maison et en classe ? Quant à monsieur mon fils, dépêche-toi de le mater avant mon retour car je veux qu’il soit bien dressé… !

Ce soir j’attends Guy et Henri qui viennent manger avec moi. À cette occasion, j’ai acheté ce matin un gros coq pour 5 marks c’est-à-dire 25 francs, pas cher comme tu vois. Tous les deux viennent d’être nommés caporaux et tu peux croire qu’ils arborent fièrement leurs deux sardines.

Voilà mes nouvelles pour aujourd’hui : je m’en vais déjeuner en vitesse car la revue a lieu à 50 km d’ici, entre trois et quatre heures, et je ne veux pas la manquer. Une grosse caresse à mon petit brigand et à ses trois grandes sœurs.

Au revoir petit poulet chéri, je t’embrasse mille fois bien tendrement.

Je suis en colère après mon photographe boche qui m’a perdu le rouleau de pellicules le plus intéressant : celui pris sur la vedette avec le général Leclerc. Je râle tant et plus et je lui ai donné jusqu’à demain pour le retrouver. Je n’irai tout de même pas jusqu’à le faire fusiller…

Petit poulet chéri.
Je viens du coiffeur. C’est un militaire français de chez nous, coiffeur de métier, qui a réquisitionné la boutique d’un figaro du patelin et qui nous rase gratis. Avant je suis allé prendre mon petit déjeuner à la popote : café au lait, pain blanc américain, beurre, confiture. Tu vois que je me soigne bien et que tes soucis pour moi doivent complètement disparaître.

J’attends maintenant la classe et il me tarde bien de voguer vers l’AFN à la rencontre de mon poulet et de ses poussins. Ce matin le lieutenant Müller, officier de liaison comme moi, est parti pour Paris. Je lui ai confié une lettre pour poster par la voie civile par avion ainsi que deux autres enveloppes contenant au total une vingtaine de photos prises depuis que je suis en Allemagne. Je t’en enverrai d’autres d’ailleurs bientôt car j’en ai pris pas mal depuis que j’ai traversé le Rhin.

J’ai envoyé également deux lettres à deux officiers supérieurs à Paris, et que je connais, pour essayer de hâter mon retour au Maroc car je commence à m’impatienter au sujet de ma demande de mutation. Je lui ai encore donné pour t’envoyer quatre petits colis de biscuits ou friandises, numérotés de 1 à 4. J’espère que le tout arrivera vite à Paris et te parviendra bientôt.

Hier j’ai été stupéfait par la nouvelle que tu m’apprends de la mort du frère de Madame Bénais. Encore un, comme tu dis, que c’est moche la guerre, bon Dieu ! Je vais envoyer un mot pour Madame Bénais et sa belle-sœur car cette nouvelle me peine vraiment. Il est exact que les gars du génie ont pas mal trinqué au cours de cette guerre car il fallait souvent construire des ponts et vite, sous le feu de l’ennemi.

La lettre reçue hier est celle N°25 du 4 mai. Dis donc, à propos de numéros, je te bats moi puisque j’en « suitais » au numéro 34 sans compter les colis et les petits mots non numérotés. Hier je t’ai écrit, je t’écris encore aujourd’hui, il me semble que j’exagère un peu et il faudra me freiner… Mlle et Mme Colomb ont enfin daigné vous parler ! Au fond on s’en f. n’est-ce pas, et je te promets de ne plus t’emmener chez eux.

Quant à mon petit Jean-François, il faudra lui tirer sérieusement les oreilles pour démolir le réveil de sa maman. Ou alors s’il ne veut pas t’obéir, attache-le par les pieds et par les mains au sommier de son lit ! ! ! Il doit être marrant dans sa barboteuse et j’ai hâte aussi de revoir mon petit phénomène. Est-il toujours aussi blond qu’au cours de ma permission ? Et mon Jacquou, dans sa robe neuve, elle doit être belle aussi. Que de toilettes, à mettre bien entendu sur le dos le jour de l’arrivée du papa. Ce jour-là il faudra m’envoyer à la CTM une douzaine de nègres pour porter mes bagages.

Que se passe-t-il encore au Maroc ? J’ai entendu répéter ce matin que la radio annonçait qu’il y avait eu des bagarres en Afrique du Nord ? Raconte-moi cela car je ne suis pour ainsi dire au courant de rien du tout, perdu dans cette bochie où les gens me dégoûtent. Hier soir j’ai fait enfermer pour quelques jours un officier boche qui avait le culot de passer près de moi, en me regardant, et sans me saluer. On en voit tout de même de moins en moins car on les ramasse dans des camps de prisonniers.

Quant à nous, notre retour au pays natal est toujours fixé aux environs du 25 de ce mois-ci et dans la région du pays de Bombardier, région dont je commence d’ailleurs à avoir soupé. Au revoir petit chéri, je m’en vais faire un tour au bureau et partir ensuite voir mon colonel au patelin où je déjeune chaque jour à midi.
Embrasse bien mes gentilles grandes filles Paulette, Lulu et Jacquie pour leur papa ainsi que mon petit bonhomme. Écris-moi quand même souvent tant que je ne sais rien sur mon retour.
Je t’embrasse mille fois bien tendrement.

Georges

[dans la marge : Ce n’est pas deux paquets que je t’envoie par Paris mais quatre tous numérotés de un à quatre. Merci beaucoup de ton colis de cigarettes reçu hier matin : il est le bienvenu, on nous donne 8 cigarettes par jour maintenant.]

Bonjour petit poulet.
Cette lettre t’arrivera sans doute avant les numéros précédents car je crois avoir une occasion pour la faire porter et poster demain à Paris, car notre courrier, depuis qu’on est en Allemagne, marche fort mal et tu dois certainement t’en apercevoir toi aussi. J’en profite pour t’envoyer également par le même moyen deux petits colis de biscuits et friandises. À partir de maintenant d’ailleurs je numéroterai sur le paquet même mes colis et je commence donc par les deux N°1 et 2.

Je ne t’envoie pas les pellicules que tu me demandes, photos de nous deux prises à Safi ensemble, car j’ai dégoté ici un photographe boche qui travaille vite et bien. Je vais donc les lui porter ce matin et je t’enverrai les épreuves dès que cela sera terminé. OK ? Je pense t’envoyer également demain des photos prises depuis que je suis en Allemagne (ponts de bateaux sur le Rhin, paysages, prisonniers, etc. etc.). Hier et avant-hier j’ai bien roulé en jeep. Avant-hier d’abord et pour une fois en simple touriste, je suis allé avec un camarade, le lieutenant Muller, et nos deux chauffeurs à Garmisch, Innsbruck et le Brenner. Allemagne, Autriche, Italie, voilà ce que l’on a fait dans la même journée. En plein Tyrol, les paysages de montagne et tu sais combien j’aime la montagne, sont magnifiques. Les gens aussi plus affables qu’ici et habillés curieusement : femmes à corsages blancs, jupes de couleur et tablier, hommes à short de cuir décoré et chapeau à plume. Il ne manquait que la chanson « La Tyrolienne » que je suis bien incapable de pousser moi-même.

À Garmisch j’ai vu le sautoir olympique de ski, et je ne suis pas prêt d’essayer d’y faire des sauts. Innsbruck, grande ville autrichienne en partie détruite, est assez curieuse et merveilleusement située au milieu de sommets enneigés. Quant au Brenner c’est un col comme tant de cols frontière. J’ai pénétré de quelques mètres en Italie, surveillé de près par les sentinelles américaines, et je pourrai dire au moins que je connais l’Italie ( ? ! ?).

J’ai conduit les bras nus, manches de chemise relevées et depuis j’ai la peau rouge et pelante, car il y a bien longtemps qu’elle n’avait pas été ainsi au soleil.

Hier j’ai enfin eu l’adresse du copain Tim, à trente kilomètres au nord de Füssen, qui est une ville située sur la frontière autrichienne, à l’ouest de Garmisch (je te donne ces détails parce que j’ai mis dans un de mes colis une carte de l’Allemagne pour te permettre de situer tout cela). J’ai donc pris ma jeep et j’ai bondi chez lui. Manque de chance, un autre capitaine, son copain qui me connait, m’a dit qu’il était parti il y a deux jours à Mirecourt et qu’il ne rentrerait que jeudi ou vendredi, c’est-à-dire demain ou après-demain. Mais comme notre départ vient d’être retardé aux environs du 25 mai, j’irai le revoir samedi si lui-même n’a pas trouvé moyen de me rejoindre d’ici là, car je lui ai laissé mon adresse. Donc je pense le revoir très bientôt et je vous parlerai de lui.

Je viens de te dire que notre départ était retardé au 25 environ. Les projets en cours sont les suivants : se retirer pour un mois environ dans la région de Metz-Nancy et nous reviendrons après faire de l’occupation. Moi j’espère bien que j’apprendrai en France ma mutation au Maroc. Même si ma démobilisation ne se fait pas vite, au moins aurai-je le grand plaisir d’être près de vous tous et de ne plus me morfondre à des milliers de kilomètres de ma petite femme et de mes gosses.

Voilà donc pour l’instant nos nouvelles. Je pense que ma lettre vous arrivera bientôt et que vous êtes tous en parfaite santé, y compris cette maman à qui je demande de bien se soigner si elle veut que je sois content. Jean-François est un petit démon d’après ce que tu me dis et il faut déjà faire attention qu’il ne tombe pas du plumard ou des escaliers.

Plus qu’un mois de classe et ce sera les grandes vacances. Je compte bien en passer une grande partie près de vous et si j’ai un peu de chance reprendre ma classe au mois d’octobre, mais où ? Je vais écrire à la DIP pour me rappeler à leur bon souvenir en cas de démobilisation. Videau, est-il rentré ?

Au revoir petit poulet chéri, fais de grosses caresses au fiston et à ses trois grandes soeurs pour leur papa, et dis à Jacquie qu’elle me fera plaisir si ses cahiers sont bien écrits et bien propres. Qu’elle m’envoie son prochain cahier fini pour que je le voie et, s’il est beau je la récompenserai. Je t’embrasse bien tendrement.

Georges

Petit chéri

Avant de partir en promenade au Brenner je t’envoie le dernier ordre du jour de guerre du Général Leclerc. Il est beau comme tu le vois.
As-tu passé un bon dimanche hier ? Moi j’ai relu tes lettres hier soir et j’ai bien pensé à toi. T’ai-je dit que lors de l’apéritif que l’on avait bu sur le bateau du Capitaine Lebec avec le général Leclerc, on est allé après tous ensemble, sur un grand canot automobile faire le tour du lac ? De nombreuses photos officielles ont été prises et je tâcherai d’en avoir au moins une en souvenir. On a aussi été filmés pour les actualités et j’espère qu’on le verra bientôt ensemble au cinéma. Au revoir petite femme chérie, une grosse bise de ton…
Georges

Mon gentil petit chéri,
C’est un bien chic dimanche pour moi aujourd’hui puisque, rentrant de mission, j’ai trouvé avec joie trois lettres de vous : celle de Paulette du 29 avril et les tiennes N°23 et 24 du 30 avril et du 2 mai. Toutes m’ont fait un immense plaisir et je les relirai encore ce soir dans mon lit.

Je suis très content que Jackie ait avancé d’une place en avril, mais je serai encore très heureux si elle arrive à avoir des cahiers bien propres, avec une jolie écriture bien soignée. Je suis sûr d’ailleurs qu’elle va nous montrer que c’est une grande fille maintenant. Quant à monsieur Jean-François, je comprends bien que la photo de son papa puisse lui plaise, mais ses transports amoureux dépassent la normale en ce sens que ce n’est pas une raison pour essayer de casser le cadre : au fait, c’est déjà peut-être une chose déjà faite et il faudra lui tirer les oreilles bien fort… méchant papa !

De Paulette et Lulu, je ne parle pas car je suis sûr qu’elles sont toujours bien sérieuses en classe et gentilles avec toi.

N’avez-vous pas encore reçu des morceaux de musique de madame Devoy ? J’en suis un peu étonné et ennuyé car elle m’avait promis de faire vite le nécessaire, au moins en partie. Quant à toi, petit poulet, je pense que la fin de la guerre t’aura enlevé ton cafard et tes soucis à mon sujet. Je ne crains plus rien du tout maintenant, sois-en bien sûre et tu verras que je reviendrai bientôt. Malheureusement dans l’armée les mutations ne vont jamais bien vite, rappelle-toi mes demandes d’il y a un an ou deux, mais j’espère cependant que cela ne saurait tarder et que nous passerons ensemble les prochaines grandes vacances. Peut-être ne serai-je pas encore démobilisé, mais au moins je serai près de toi et je te promets d’avance que j’en profiterai : tu me connais d’ailleurs à ce sujet, n’est-ce pas ?

Merci quand même d’avoir demandé à Pillot les tuyaux que je désirais connaître. J’espère bien que Thabault reviendra au Maroc car il le mérite bien et j’aimerais autant l’avoir pour chef que n’importe quel autre. Je ne sais toujours pas où j’ai bien pu laisser mon maillot de bain et mes costumes de toile. Ce n’est pas chez Ivanski où j’ai tout pris ce qu’il y avait, ni chez Lebec, je pense que cela doit être à Privas et que je les trouverai au passage. Ce que c’est que d’avoir une petite tête ! Tu me demandes si l’autre moitié de la poire est avec nous : bien sûr, et cela a été un véritable tour de force que de rassembler tout notre monde si loin du point de départ et dans un temps record.

Et maintenant on pense partir un de ces jours très prochains, au milieu ou à la fin de cette semaine. Deux hypothèses se font jour, ou la région parisienne ou l’Autriche. Je te le dirai dès qu’on sera fixé, mais j’aimerais mieux rentrer pour être plus près du Maroc et pouvoir m’occuper plus efficacement de ma mutation. Pierre Bourdan n’est plus avec nous ni l’artiste de ciné. Quant au Tim, je ne puis arriver à mettre la main sur lui.

Demain je suis autorisé à aller avec un copain me promener en jeep jusqu’à Innsbruck et au Brenner. Nous partirons à 7 h du matin pour rentrer en fin d’après-midi si d’ici là il n’y a pas du nouveau. Peut-être qu’en cours de route je trouverai la piste du copain Tim.

J’ai reçu aujourd’hui deux télégrammes : un de toi me souhaitant ma fête (il a été long à venir) et un de Laffitte me donnant son adresse à Bordeaux. Je lui enverrai peut-être un mot un de ces jours. En ce moment je vais très bien et je voudrais bien qu’il en soit de même pour vous tous.

J’ai toujours devant moi quelques paquets prêts à être expédiés mais il me faudra attendre sans doute de rentrer en France. Notre vie d’occupants nous fait tout de même plaisir car maintenant les boches, quel que soit leur grade, doivent nous saluer, le couvre-feu existe pour eux, les queues devant les magasins, les papiers à extirper etc. etc. chacun son tour, n’est-ce pas ? Que de changements depuis un an ! On a vraiment peine à croire que ce soit fini !

Peu importe que Mlle Colomb ne te salue pas, nous savons ce qui nous reste à faire et il ne faut pas te frapper, petit chéri. Soigne-toi bien, toi et les gosses, peu importent vos dépenses, la guerre est finie et cela seul compte.

Le mandat de 500 francs de Lulu m’est revenu, car les mandats non plus ne peuvent pas être envoyés. Ma Lulucké n’a pas de chance mais je les lui mets de côté pour elle. Fais une grosse bise à tout ton petit monde pour moi et pour toi grosses caresses de ton Georges qui t’aime bien beaucoup et qui te…

[dans la marge : …gâtera bien beaucoup bientôt. Sois toujours bien patiente petite femme chérie et garde-toi en bonne santé pour tes petites, ton fils et aussi pour moi. Encore une bise. Georges]

[Je suis heureux d’apprendre par l’article que tu m’envoies que le Commandant Faure a été nommé Lieutenant-Colonel. Il l’a bien mérité. Une grosse bise.]

Bonjour petit poulet chéri.
Je suis bien content aujourd’hui, d’abord parce qu’il fait très beau et que la guerre est finie, et ensuite parce que j’ai eu ce matin une très gentille lettre de ma petite femme, celle du 27 avril portant le numéro 21. J’ai eu aussi un mot du copain Clifford, que je te joins. Sa lettre a été bien longue à me parvenir et j’espère qu’il a depuis reçu de mes nouvelles.

Je suis heureux que tu aies reçu enfin des lettres de moi, mais c’est long et bien irrégulier. J’en suis d’autant plus heureux que deux télégrammes que je t’avais envoyés me sont revenus l’un et l’autre, car notre BPM 6 ne prend plus de télégrammes ni de colis depuis notre départ de Châteauroux. Si des gens ont bien mérité de la patrie, je ne crois pas que ce soit le cas pour cette branche de l’armée qui, malgré son gros travail, aurait pu faire les sacrifices nécessaires pour que le courrier marche bien avant tout et en toutes circonstances. Je ne leur jette pas trop la pierre, car je sais qu’ils sont surchargés de travail, mais il me semble qu’en certaines circonstances ils auraient pu mieux faire.

Je suis content que tu reçoives aussi mes colis. Je crois t’en avoir expédié dix-huit en tout et j’espère bien que tu les recevras tous. Aujourd’hui je t’en ai préparé trois autres : biscuits, chocolat, fromage, bonbons, fil blanc, fil noir, et cinq ou six rouleaux de pellicules pour Paulette, car il est entendu que je lui fais cadeau de mon appareil et en attendant que je l’apporte moi-même, elle aura toujours une petite réserve de rouleaux de pellicules.

Es-tu contente de la bouilloire électrique ? J’en ai « récupéré » une autre en Allemagne et je te l’apporterai quand je viendrai. Il faudra que je pense, en passant en France, à chercher des pièces de rechange pour ton réchaud électrique, afin qu’on soit bien parés de ce côté.

Au point de vue argent, nous sommes presque quittes, me dis-tu… Bandit va ! Mais d’ici quelques jours, et si je continue à ne rien dépenser ou presque, je t’enverrai trois ou cinq mille francs, O.K. ? J’ai eu également un mot de ta maman aujourd’hui et cela m’a fait plaisir, surtout de savoir que tante Amélie était rétablie, mais comme tu vas retrouver tout ton monde bien changé quand tu les verras… Quand ?

Très bien pour la chanson de Jean-François. Elle me plaît et il faudra la lui apprendre quand il parlera pour qu’il puisse la chanter à son papa. J’espère aussi qu’il ne va pas toujours marcher à quatre pattes comme un petit chat et qu’il pourra bientôt se promener en donnant la main à son papa…

Vous devez avoir chaud en ce moment à Safi, car ici il fait presque trop chaud et je vais un de ces jours me décider à prendre un bain dans le lac, car je crois t’avoir dit que nous sommes au repos au bord d’un lac qui s’appelle Ammersee. Nous n’allons pas rester ici longtemps et il est probable que la semaine prochaine, donc dans quatre ou cinq jours, nous nous dirigerons vers la France et moi, Inch Allah, vers le Maroc mais pour l’instant, ma mutation n’est pas encore arrivée.

Notre général a gagné sa quatrième étoile et il ne l’a pas volée. Ce soir, nous avons un apéritif pour les officiers de l’Etat-Major chez le capitaine Lebec, qui a installé son poste de commandement sur un bateau de plaisance boche. C’est marrant et c’est bien pour un ancien marin.

Je t’envoie quelques vieilles photos reçues aujourd’hui de Châteauroux. J’en avais demandé trois exemplaires mais je n’en ai reçu qu’un de chaque. Envoie celle des Bénais ou la pellicule, car ici il n’est pas question de développer quoi que ce soit. Depuis que la guerre est finie, les boches nous regardent complaisamment, mais on n’y prend guère garde car on n’oublie pas le mal qu’ils ont fait et moi je n’oublierai jamais la vision que j’ai eue d’un camp de déportés près de Munich, avec les horreurs dont je n’ai pas le courage de te parler par lettre mais qui resteront gravées dans ma mémoire.

Nous nous sommes remis aux rations américaines car il nous est défendu de vivre sur le pays. C’est bien dommage car la vie ici, avec le change, est d’un bon marché inouï : poulets à 5 francs pièce, repas au restaurant à 5 francs, etc. Tant pis, je préfère malgré tout rentrer chez moi.

Garde-moi précieusement les journaux depuis la fin de la guerre car ici je n’ai aucune nouvelle et même à retardement je serai heureux de les lire quand je rentrerai.

Au revoir petit chéri, fais de grosses bises à mes trois grandes filles et au petit Poussy, et reçois les meilleurs baisers de ton vilain mari qui t’aime beaucoup. 

Demain, si j’ai le temps comme je l’espère, je partirai à la recherche du copain Tim. J’ai une superbe mitraillette boche que j’espère amener pour aller à la chasse au sanglier…
Encore une grosse bise

Georges

Mon cher petit chéri. C’est fini ! Depuis hier soir minuit la guerre est arrêtée en Europe, les boches orgueilleux ont capitulé et ce moment pourtant si attendu, je n’arrive pas à le réaliser. Il y aura bientôt six ans que les larmes aux yeux je te quittais à Ifrane pour rejoindre la légion. Six ans ont passé, six ans pendant lesquels le monde entier a vécu anormalement, avec des deuils, des ruines, l’occupation de la France, l’économie toute dirigée vers la guerre aux dépens des produits essentiels ou de plaisir des civils, six ans sans vraies vacances, six ans d’une vie tourmentée et surtout pleine d’inquiétude. Te rappelles-tu ce que l’on pensait tous deux en juin 40 quand je venais te rapporter chaque soir les tristes nouvelles écoutées à la radio ? Et maintenant c’est fini ! Est-ce vrai ? Je ne puis arriver à le concevoir et je regrette terriblement de ne pas être avec toi pour vivre ensemble ces moments uniques et si attendus.

Que fais-tu en ce moment ? Tu dois être pendue toute la journée à ton poste et j’aimerais en faire autant, et chez nous à Safi. Ici et si bizarre que cela puisse paraître, je ne suis au courant que de très peu de choses. D’ailleurs l’ambiance n’y est pas et cela se comprend dans ce pays où les gens sont sidérés alors que chez nous tout doit vibrer d’enthousiasme. Et puis je ne reçois pas de journaux et mon poste radio est détraqué. En général les nouvelles nous sont actuellement répétées de bouche en bouche, cela n’a peu d’importance au fond, ce qui compte c’est ça : la guerre est finie ! Soyons donc heureux puisque les hommes ne s’entretuent plus et que tu ne craindras plus pour moi.

Malheureusement ta famille a encore souffert de cette lutte : ton frère à qui je ne puis m’empêcher de penser n’est plus et il ne reverra pas sa petite fille, ton cousin Roger, qu’est-il devenu ? Il y a tellement eu de choses épouvantables dans ce sale pays qu’on peut envisager le pire. Mais pour moi maintenant je bous d’impatience de rentrer, de retrouver et mon petit poulet et mes gosses que j’aime tant. Ma mutation n’est pas encore là. Que va-t-on faire de nous, nous l’ignorons encore.

Nous nous sommes retirés à l’ouest et nous sommes au repos maintenant à Dießen au bord d’un lac situé au sud-ouest de Munich et ici tout est calme. Bien entendu on n’entend plus ni canons, ni fusils, ni avions, et cela nous manque un peu… Il fait très bon en ce moment, un peu chaud même, et le paysage est beau, quoique moins magnifique que celui de Berchtesgaden. Je suis installé dans une chambre très confortable et je suis là depuis hier soir. On restera sur place sans doute quelques jours et après je ne sais pas.

Toujours aucune nouvelle de Clifford ni aucune indication du lieu où il peut se trouver malgré mes recherches, je serai peut-être plus heureux ces jours-ci. J’espère aussi maintenant que je recevrai plus régulièrement tes lettres et que les miennes te parviendront aussi plus vite car notre folle course vers l’avant est terminée puisque « la guerre est finie ». J’ai ce soir l’occasion de te faire porter cette lettre à Paris par un camarade qui y va en mission. Elle te parviendra sans doute avant mes dernières et plus sûrement.

Je pense que vous êtes tous en bonne santé et que mon petit coquin est toujours bien mignon et costaud. J’ai hâte de le revoir lui aussi et de l’entendre dire papa. As-tu des nouvelles de ta maman ? Les Bénais ont-ils reçu la lettre que je leur ai envoyée après mon voyage dans la région de Saumur ? Ont-ils leur mutation à Casa ?

Écris-moi toujours souvent et donne-moi beaucoup de détails sur votre petite vie, et sur celle de nos connaissances. Maintenant plus que jamais j’ai hâte de recevoir tes gentilles lettres : ne m’en prive donc pas. Mlle Colomb est-elle repartie de Safi ? Je garde toujours précieusement ma petite caisse de champagne en espérant pouvoir l’amener jusqu’au Maroc et boire le soir de mon retour, avec toi, les six bouteilles qu’elle contient. Hum ! Hum ! J’ai aussi mes souvenirs de ce copain Hitler et de son ami Göring et quoique encombrants je les amènerai à bon port au Maroc.

Et voilà pour aujourd’hui. Au revoir petit chéri, fais de bien grosses bises à mon petit Poussy, à Jacquou et à mes grandes filles, et pour toi les meilleures caresses de ton petit homme qui t’aime bien.

Ma lettre est très mal écrite mais je t’écris debout dans la rue, mon papier à lettres posé sur le capot de ma jeep car dans le bureau il y a des gens qui discutent et je ne puis pas être vraiment seul avec toi. Encore une bise, bonjour aux de Johannis et aux Ruelle.

Georges

Mon cher petit chéri. J’ai un peu plus de temps qu’hier pour t’écrire, et devine d’où je t’écris ? De Berchtesgaden même où je viens de visiter le fameux repaire d’Hitler. Le pays est magnifique, avec ses cimes enneigées, ses pentes abruptes et ses torrents tumultueux dont l’eau est verte. Les maisons de style savoyard, ou à peu près, rivalisent d’esthétique. C’est vraiment dommage que ce beau pays soit habité par des boches, et pour moi qui aime la montagne, je suis vraiment bien servi.

Je t’envoie d’ailleurs sous une autre enveloppe une ou deux cartes postales de cette région où nous sommes arrivés hier soir après avoir fait des centaines et des centaines de prisonniers. J’ai visité aujourd’hui le repaire de ce fou furieux. Par une route montant en lacets aigus au-dessus de la ville, où les jeeps elles-mêmes peinent et chauffent terriblement, les officiers français et américains ainsi que les soldats se rendent en foule comme à un pèlerinage, et bien sûr j’y suis allé. Les maisons érigées là-haut sont démolies par les bombardements, la forêt elle-même est parsemée d’immenses trous de bombes des forteresses.

Mais Hitler avait tout prévu. Il y a, intacts, des souterrains immenses, avec de beaux salons, des chambres magnifiquement meublées, des salles à manger, des salles pour dentiste, docteur, coiffeur, cinéma, etc. C’est une véritable petite ville souterraine et qui n’a pas souffert. De là les boches sont partis à la hâte hier, n’emportant que l’indispensable. Ainsi les visiteurs s’en donnent-ils à cœur joie pour fouiller partout et emporter des souvenirs d’Hitler.

Un de nos soldats a trouvé la clé en or de la porte d’entrée, et tous de beaux souvenirs. J’ai moi-même ramené une cantine d’officier qui me rendra bien service, une statuette en porcelaine, un livre magnifique portant pour titre : 1914-1918 avec les signatures authentiques de grandes gens comme Hindenburg, des ministres d’Hitler, etc., une photo sous cadre de ce monsieur et un pot à bière. Bien entendu je t’apporterai tout cela à Safi, et si cela continue il faudra que je réquisitionne un gros camion cinq tonnes ou un wagon de marchandises.

J’ai réquisitionné également pour mes déplacements sur bonne route une 11 CV Citroën qui je l’espère ne me sera pas fauchée comme celle que j’avais à mon départ en permission et dont je t’avais raconté l’histoire. Je ne sais pas si je t’ai dit que j’avais récupéré aussi un joli et mignon poste de TSF Philips, pas plus grand que le tien, et qui me permet d’écouter les nouvelles.

Nous attendons d’un moment à l’autre la capitulation de l’armée allemande mais en attendant la bagarre continue, et dans un pays qui n’est guère facile pour les opérations auxquelles nous sommes habitués. Heureusement que tout sent la défaite des boches. Les prisonniers affluent d’heure en heure. Sur les routes, ils se promènent seuls ou en groupes, par centaines souvent, avec un drapeau blanc pour demander où ils doivent se diriger pour se constituer prisonniers. Souvent on ne peut leur répondre et l’on passe sans s’occuper d’eux. Le plus marrant c’est qu’ils sont dociles, paraissent las et épuisés : où est leur morgue d’il y a un an ?

Quand cette lettre te parviendra, la guerre sera certainement terminée et ce ne sera pas trop tôt. Cela paraît si invraisemblable que je n’ose pas y croire. En attendant nous dévorons à des allures records de nombreux kilomètres et je commence à avoir pas mal de sommeil en retard. Je me rattraperai quand je te retrouverai ? ! ?

Assez parlé de moi qui suis d’ailleurs toujours aussi sale et aussi fatigué. Ce matin grosse surprise, j’ai reçu trois lettres de Safi et ton télégramme me demandant des nouvelles. Je vais t’envoyer un télégramme ce soir pour te tranquilliser. Ta dernière lettre est celle N°20 du 25 avril.

Merci des cigarettes que tu m’as envoyées et remercie aussi madame Ruelle. Une fois de plus j’ai eu tort de te demander de me les envoyer car j’en ai maintenant depuis qu’on est réuni à la 7e armée. Elles ne seront tout de même pas perdues et tu es une brave petite fille. D’accord pour expédier ton paquet à Privas si tu me l’envoies et quand je le recevrai.

Mon fils a déjà quatre dents, félicitations, et fais-lui une grosse bise pour son papa. Je suis heureux de savoir qu’il se fait bien costaud et de plus en plus coquin. Tu dois être belle avec tes souliers jojo à talons hauts… Oui petit poulet je vais m’occuper de ton abonnement à Modes et Travaux, et s’ils ne veulent pas marcher comme c’est de l’histoire ancienne je t’y abonnerai à nouveau.

Tant mieux que les Bénais soient nommés à Casa mais je ne crois pas encore aux fiançailles officielles d’Yves. L’histoire Cayel, que tu me racontes, est triste et amusante à la fois : grand spectacle comme tu dis. Merci à tous et à ma Lulu pour les vœux de la St Georges. La lettre de Lulu m’a fait un bien grand plaisir. Je la félicite d’avoir eu le meilleur témoignage de sa classe et j’espère que ce sera souvent ainsi. Elle me fait rire quand elle me dit que Poussy a quatre dents et qu’il mord…

Je voudrais bien lui envoyer une montre mais article introuvable pour le moment. Je lui envoie donc 500 francs et si je trouve une montre, je la lui enverrai quand même puisqu’elle est bien gentille. Je suis content que mes colis arrivent peu à peu. Quant aux lettres ne te fais pas trop de souci car je t’écris souvent quand même et le vaguemestre ne peut pas tous les jours s’occuper de son courrier et cela se comprend en ce moment.

Pour madame Ruelle je lui donnerai un des souvenirs pris dans le repaire d’Hitler mais ne lui dis pas encore quoi car tu choisiras la première. Oui remercie Marguerite pour les combinaisons car elle a été très chic en me les donnant.

Voilà aujourd’hui une bien longue lettre, j’espère quand même qu’elle t’arrivera bientôt. Maintenant je vais aller rendre visite à mon colonel. C’est fait on y est : la guerre est finie 18 h ce jour. Je l’apprends à l’instant et je te quitte vite pour aller l’annoncer au Général.
Mille bises.

Georges