en Alsace – 28 janvier 1945

Période :

Résumé

Georges écrit brièvement depuis un secteur actif, évoquant un bombardement et la mort d’officiers rencontrés peu avant. Entre fatigue, neige et missions, il attend des nouvelles et sa permission, tout en pensant aux siens avec inquiétude et tendresse.

Mon cher petit chéri, un petit mot en vitesse ce soir, je me rattrape par le nombre de lettres puisque je ne peux pas t’écrire longuement en ce moment. Il paraît que c’est encore dimanche aujourd’hui : qu’avez-vous fait tous les cinq et quel temps fait-il à Safi ? Pour moi toujours la même chose, le soir je suis dans un pays calme d’où l’on entend seulement le bruit du canon, mais dans la journée, et quelquefois la nuit, c’est autre chose.

Ce matin nous étions au front même au moment d’un bombardement d’artillerie et la jeep a tout de même réussi à passer entre deux volées d’obus. À midi j’ai déjeuné là-bas dans une maison aux trois quarts démolie avec plusieurs personnes dont un commandant et un colonel dont je viens d’apprendre ce soir avec stupéfaction qu’ils avaient été tués l’un et l’autre à 13 h 30, sitôt après notre départ. Et cela c’est la guerre et nous n’y pouvons rien. Si tous ceux de l’arrière pouvaient voir et endurer ce que les soldats endurent au front, cela ne leur ferait pas toujours du mal, n’es-tu pas de mon avis ?

Ces deux officiers, dont je ne puis te dire le nom, apprenant que je partirai bientôt au Maroc m’avaient chargé de les voir avant de partir pour que je passe donner des nouvelles à leur famille qui habite le Maroc, Rabat… Je suis rentré assez tard ce soir et demain matin départ de bonne heure encore. Et la neige continue à tomber ! Je ne serai fixé pour ma permission qu’au cours de cette semaine je pense, rien de nouveau pour l’instant.

Toujours pas de nouvelles de toi et je traîne lamentablement l’unique lettre de toi du 11, la seule reçue de janvier. J’espère toujours en avoir un paquet l’un de ces jours car si tu étais fatiguée, Lulu ou Paulette m’auraient bien envoyé un petit mot. Je ne suis donc pas trop ennuyé à votre sujet, moi cela me donne tout de même un peu le cafard.

Guy a reçu un saucisson de sa maman et un gâteau que nous mangerons demain tous les deux. Sa mère lui écrit qu’elle nous tricote des chaussettes pour l’un et pour l’autre et elle m’a envoyé le mot que je te joins. Si tu veux leur écrire leur adresse est M. Mme Nicole Durif, 3 rue Régale, Nîmes.

Et voilà mes nouvelles de ce jour. Bonsoir petit chéri et bonsoir aussi à mes grandes filles, à Jacquou et à mon fils. Une grosse caresse à tous. Je parie que je dormirai avant vous ce soir, encore une bise. As-tu reçu enfin une lettre de Privas ? Henri reçoit des nouvelles de sa sœur où elle lui dit qu’ils vont tous bien.

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