Résumé
Georges, très fatigué par des missions incessantes dans la neige, exprime son impatience grandissante face à une permission incertaine. Privé de courrier, il s’inquiète, évoque la dureté de la guerre et réaffirme son désir de retrouver les siens.
Mon cher petit chéri, la fin du mois approche et je ne sais pas encore si oui ou non je partirai au début de février pour le Maroc. J’y compte toujours un peu mais en attendant notre guerre continue et je crains que les opérations actuelles soient encore un empêchement à mon départ. Enfin je serai fixé bientôt et je t’écrirai vite pour te prévenir. Je n’ai que bien peu de temps à moi en ce moment mais je pense beaucoup à cette permission, trop peut-être, car si je ne l’avais pas bientôt j’en ferai presque une maladie.
En attendant nous continuons à rouler, à tel point qu’avec Guy à midi on disait qu’on en avait bien soupé de la jeep, à se geler aussi car la neige tombe encore et atteint bien une moyenne de 50 cm, et à voir de belles et aussi de bien tristes choses comme c’est toujours en pareil cas. Un soir nous couchons dans un village, un autre soir ailleurs, et nous mangeons de même au hasard de nos missions qui, fatigantes, font que nous roupillons comme des bienheureux partout où l’on se trouve. J’ai tout de même conservé ma chambre à notre patelin principal où de temps à autre nous y revenons, comme c’est le cas ce soir. C’est encore là que je suis le mieux, chez des gens très sympas avec une chambre bien chaude et bien gentille. Ce soir je ne vais pas rouler de nuit et j’en profiterai pour me coucher de bonne heure et prendre une bonne provision de repos.
Pendant que je te fais cette lettre, Guy est allé voir si j’avais des lettres, il revient à l’instant et ne me rapporte rien : depuis le début janvier, je n’ai que celle de toi du 11 et je commence à être bien ennuyé. Je sais que nos courriers marchent mal en ce moment, je suis sûr que tu m’écris souvent mais cela me contrarie quand même.
J’espère que vous allez tous les cinq très bien, que mon petit Jean-François continue à être gracieux au possible et qu’il est toujours bien gâté par sa maman, que Paulette, Lulu et Jacquie toujours bien sages, travaillent bien en classe et que leur petite maman n’oublie pas trop son vilain mari qui lui en a marre de faire la guerre, surtout avec ce temps, et qui considère une fois de plus que rien ne vaut une petite vie bien calme même avec un petit chameau de femme qui ne veut pas vous changer d’assiette, qui veut se coucher tard etc. etc… Et voilà.
Au revoir petit chéri, je vais manger ce soir avec le capitaine Lebec, mon meilleur ami, qui commande ici une compagnie administrative, et après je me coucherai de bonne heure, en pensant peut-être un petit peu ( ?) au petit poulet que j’ai hâte de revoir. Grosses caresses aux filles et à Jean-François et à toi aussi quand même, à bientôt petite chérie.
Ge
As-tu reçu mandat de 3000 francs et mes paquets et la poupée ?

