Selestat – Mercredi 24 janvier 1945

Période :

Résumé

Georges reçoit enfin une lettre et regrette les retards du courrier. Pris par un travail éprouvant dans la neige, il évoque une guerre plus dure, maintient l’espoir d’une permission début février et rassure les siens en partageant son quotidien et ses projets.

Mon cher petit chéri, j’ai reçu enfin une lettre de toi ce matin, celle N°42 du 11 janvier. Il me manque encore toutes celles du début du mois mais cela m’a fait plaisir d’avoir de tes nouvelles. J’espère par contre que mes lettres te sont quand même parvenues car je t’écris toujours aussi régulièrement, quoique en ce moment mon temps est très pris par le boulot assez dur que nous avons en ce moment, quoique les communiqués ne disent pour ainsi dire rien de nous.

Pour ma permission je compte toujours partir au début de février mais cela ne sera sûr que lorsque j’aurai mon papier en poche et ma valise à la main. Tout à fait d’accord pour tes projets de baptême. Invite qui tu voudras et fais ce que tu as envie de faire, je te donne à l’avance tout mon accord et je serai trop content d’être près de toi, le reste me fera plaisir si cela t’est agréable à toi. Dis à Jean François de se préparer à recevoir monsieur son père avec un beau sourire.

Merci du certificat de vie collectif des gosses. C’est un papier que me demande l’armée pour continuer à me payer les charges de famille. Merci pour l’offre des chaussettes, j’en ai assez pour cet hiver et je compte bien l’année prochaine passer les mois froids à Safi avec une paire seulement et non pas trois à la fois comme j’en porte en ce moment. Alors Yves est venu te voir un peu ? Je n’ai pas ta lettre qui m’en parle et je suis en colère après les courriers en ce moment car il m’arrive encore de me mettre en colère.

Je ne puis pas voir Henri en ce moment au sujet de la poussette de sa sœur mais de toute façon je ne crois pas pouvoir m’arrêter dans l’Ardèche car si nous partons en permission, nous voyagerons en camions ou en trains spéciaux qui ne nous permettent pas de nous arrêter en cours de route. Attends quand même pour en acheter une car si j’en trouvais une à Marseille ou ailleurs, je te l’apporterai. Je te joins une lettre du forestier Richard que j’ai reçue et un mot de Collet qui prouve que sa blessure était sérieuse.

En ce moment notre vie est un peu pénible car la guerre est dure par ici et nous rentrons souvent éreintés de nos courses en jeep sur des mauvaises routes avec 40 à 50 cm de neige. J’ai vu ce matin des journaux qui m’ont appris que le Tabor de Videau était parti ou allait partir pour le Maroc. J’ai dîné avant-hier soir à la popote du Commandant Faure, toujours aussi aimable et sympa. Il est maintenant trois heures après-midi, Guy écrit à côté de moi dans ma chambre et nous nous préparons à repartir à 30 km au sud pour revenir avant la nuit. Une grosse caresse à mes trois grandes filles et à Jean François et pour toi bien affectueusement de ton méchant capitaine qui t’aime bien.

Ge

Le Lieutenant Lamy vient d’être nommé capitaine, mais je ne le vois pour ainsi dire plus. Ne m’en veux pas de cette lettre rapide : je voulais t’écrire hier mais nous sommes rentrés à onze heures du soir et je crois bien qu’il va en être de même ce soir. La jeep ne vaut pas une bonne conduite intérieure tu sais.