Résumé
Lettre écrite en hâte avant départ du courrier. Il exprime sa joie d’avoir reçu de nombreuses lettres, évoque son amour et l’espoir de rentrer bientôt. Il parle de travail, d’un déplacement vers le nord-est, de finances et de sa famille.
Mon cher petit poulet. Je voulais te faire ce soir une longue lettre, mais le vaguemestre m’apprend qu’il part dans une demi-heure porter le courrier à 180 km d’ici et je ne veux pas te faire languir encore sans nouvelles : je t’envoie donc ce petit mot écrit à la hâte et au crayon, car j’ai perdu mon stylo. Ce matin, j’ai eu la grande joie de recevoir sept lettres de vous, dont une de Paulette, une de Lulu et la dernière de toi du 17 septembre, ce qui est un record. J’ai eu aussi, quand même, les autres, ta lettre si sympathique du 3 septembre, jour de la kermesse : j’ai versé une petite larme en la lisant et cela seul doit te prouver combien je t’aime et que je ne t’oublie pas. Aie confiance, ma petite femme chérie, tout sera bientôt fini malgré les derniers sursauts des boches et je compte toujours faire mon réveillon avec toi et mes filles et mon petit J-F. Comme il doit être beau, ce fils que tu adores et qui est si gâté par ses grandes sœurs ! Fais-lui, veux-tu, de bien grosses caresses pour son papa. Tout le monde aura repris la classe lorsque tu recevras cette lettre et tu vas retrouver ta petite vie tranquille, bien occupée d’ailleurs par la présence du grand monsieur. As-tu eu la visite d’Yves et celle d’Elvire annoncées par tes dernières lettres ? Vivement que ce soit la mienne que je t’annonce, et que je ne reparte plus…
Ma vie ici ressemble bien à celle que j’avais à St-Germain, mais avec la différence que j’ai encore plus de travail et de soucis et que nous préparons encore un prochain, très prochain départ vers le N-est, peut-être le pays de Mme Ruelle. Cela n’empêche pas que j’espère partir après-demain dans l’Ardèche pour trois jours avec Gilles qui va à …
[manque un feuillet]
…par un commandant qui arrive demain ici. La ville dans laquelle nous sommes en ce moment n’est pas très folichonne : petites rues, gens froids, magasins vides, mais elle n’a pas souffert de la guerre et c’est peut-être là la vraie raison. Je n’ai d’ailleurs guère le temps de m’en occuper et on n’y restera pas longtemps.
Dans ta lettre du début septembre tu me dis que tu n’as eu encore que 3000 francs de délégation. Cela m’étonne et je vais rouspéter, car depuis juillet compris on me retient 5200 francs de délégation de solde ; cela te permettra de toucher un rappel… As-tu remboursé à la DIP ce qu’il fallait ? Je t’ai envoyé les feuilles de remboursement et j’espère que tu les as reçues.
Au revoir mon petit chéri, bon courage toujours et écris-moi souvent. Ce soir je t’écrirai encore, ou demain et une longue lettre à l’encre cette fois-ci. Mille bien gros baisers à tous du papa capitaine, et pour toi les meilleures caresses de…

