Privas – 01 aout 1942

Période :

Résumé

Le 1er aout, il écrit de Vals, et on apprend dans sa lettre ce qui se passe à Safi, avec une petite plaisanterie pour rendre Yvonne jalouse, mais aussi le changement probable pour son retour et son programme des deux ou trois jours qui viennent.

Ma petite femme chérie,

Je viens d’arriver de Vals, et j’ai eu le grand plaisir de trouver ta lettre de mardi dernier, celle où tu me racontes vos journées de samedi et dimanche.

Je vois que vous avez passé de nombreuses heures agréables sur la plage, et j’en suis heureux pour toi et les petites. Mais comment as-tu fait pour te mettre en maillot, sans ton mari te servant de mur ? Attention aux curieux ! Y retournerez-vous ce soir ou demain ?Passez toujours d’agréables moments, mais sois toujours bien raisonnable, pour toujours faire plaisir au petit bonhomme qui t’aime bien. J’écris avec une plume de ta maman (tu les connais !) car j’ai oublié ma veste avec mon stylo à Vals. 

En même temps que ta lettre, j’en avais une de Marseille m’annonçant un départ probable pour Casa direct de Marseille pour le 7 août. Cela me fait partir deux jours plus tôt, mais ce sera plus commode pour moi, et en prenant une seconde avec une réduction, cela reviendra à peu près au même prix qu’à l’aller. J’ai donc télégraphié il y a une demi-heure pour tâcher d’avoir une place, et j’attends maintenant la réponse. J’espère que ce sera entendu, et ainsi j’arriverai à Casa par le bateau le 14 ou le 15, où vous viendrez m’attendre, en vous renseignant sur l’heure d’arrivée à la Cie Paquet (le téléphone de M. le surveillant chef pourra heureusement être utilisé à cet effet). Dans ma prochaine lettre, je te confirmerai ou non ce moyen de retour. Dès que j’en serai sûr, je t’enverrai d’ailleurs, mon télégramme pour que tu ne m’écrives plus. Si tu savais comme il me tarde d’être avec toi maintenant ! Bien entendu je suis gâté tant et plus ici par tous. Voici d’ailleurs mon programme de réjouissances :

– aujourd’hui midi : repas en tête à tête avec ta maman.
– à 4 h nous partons tous les deux à La Voulte où nous soupons et couchons ce soir.
– demain dimanche, avec le gazogène Rodrigues, visite à Meysse et au Teil et retour à Privas.
– lundi à midi je mange chez Élise avec ta maman qui ne me quitte pas depuis que je te fais des infidélités je crois (elle n’a peut-être pas tout à fait tort car mon jeûne est bien long ! !) mais ne t’en fais pas car je t’aime trop.
– lundi après-midi je vais en vélo à Vals (pas de car l’après-midi avant 8 h du soir) j’y couche, j’y mange le mardi à midi et à 16 h je m’en vais définitivement.
– mardi soir vers 6 h j’arrive à Privas : souper chez Tante Emma.
– mercredi midi dîner aux Mines je crois. J’irai un de ces matins au Ruissol.
– mercredi soir à 5 h départ de Privas pour La Voulte où je souperai et coucherai pour en repartir le lendemain jeudi à 5 h du matin afin de prendre le train Valence–Marseille à 6 h du matin. Je ne sais encore si Marguerite m’accompagnera ou non à Marseille, cela me ferait en tout cas plaisir car c’est une bien brave petite femme… Jusqu’à maintenant impossible absolument de te trouver une veste en laine. Peut-être aurai-je plus de chance avec Marguerite !

Demain dimanche avec notre visite au Teil et à Meysse, je ne crois pas pouvoir t’écrire, mais je me rattraperai lundi matin avant d’aller dîner chez Élise. Tu vois en tout cas que je ne t’oublie pas et j’espère t’avoir fait plaisir en te racontant en détail tout ce grand voyage fait sans toi et dans des conditions bien différentes de celles d’autrefois.

Toi aussi tes lettres me font plaisir et tu es bien gentille de m’écrire en détail ce que vous faites, comme cela on vit mieux les uns avec les autres par la pensée. Je pense bien d’ailleurs avoir encore la joie d’avoir deux ou trois lettres de ma petite Yvonne avant mon départ.

Soigne bien énergiquement la toux des petites et méfie-toi pour elles des courants d’air et de la plage. Je voudrais bien ne plus les entendre tousser à mon retour.

[dans la marge : au revoir petite vonvon, un gros bisou de ton petit mari (vivement mon retour à Casa !) caresses aux petites et bonnes choses aux Bénais. Ge]

Eh bien, mon vieux petit bout de fafemme, tu te rends compte : écrire aussi fin que je le fais aujourd’hui (j’ai changé la plume de ta mère) et trouver moyen de ne pas avoir assez de ma feuille pour finir ma lettre, n’est-ce pas chérie, cela ? Tandis que je connais quelqu’un qui oublie de remplir certaines lignes du fond ! Le facteur ne m’a rien apporté ce matin, mais j’espère bien qu’il est en retard, ou que j’aurai quelque chose de ma vonvon à Vals. En attendant, tu n’oublieras pas d’ajouter à la note que tu devras me payer le jour de mon arrivée, cette longue lettre qui, j’espère, te fera plaisir. Et peut-être que ce petit garçon… (qu’est-ce que j’allais dire, et qu’est-ce que je vais prendre ?).

Dis donc petit poulet, et ce samedi et ce dimanche se sont bien passés ? Et êtes-vous allés encore deux jours de suite à la plage, comme la semaine dernière ? J’espère que la lettre que je trouverai à Marseille me racontera tout cela en détail. Vous avez raison de bien profiter du soleil et de la mer, et cela me fait envie, tu peux me croire. Dimanche prochain 8 et 9 août cependant il vaudra certainement mieux ne pas y aller tu sais pourquoi et je ne voudrais pas que tu en sois fatiguée. As-tu vu Madame Magelane et les petites sont elles allées au cinéma ? Et toi, y es-tu allée, où ? Voir quoi ? Il faudra le vois-tu que tu me racontes tout cela à mon arrivée. Sois bien toujours raisonnable, et sage plus encore quand tu n’as pas ton méchant mari avec toi, et pense bien beaucoup à moi, quant à moi, je ne fais à peu près que ça, et vois-tu, c’est parce que je t’aime autant, et même bien davantage que lorsqu’on était à Privas il y a douze ou treize ans. Et n’est-ce pas qu’il en est de même pour toi ? Comme je serais heureux de te l’entendre dire !

Je viens d’envoyer une carte à Pillot, Roussel, Jung et de Johannis, et une à Maurice. Demain, je t’écrirai encore un peu de Vals, et après-demain de Privas. Et puis, en route pour le Maroc, où je sais que quelqu’un m’attendra avec impatience.

Ne mangez pas tous les poulets et canards et à bientôt à tous. Il faudra bien vous renseigner à la Cie Paquet pour l’arrivée du bateau de Marseille (je ne suis pas sûr que ce soit le Maréchal Lyautey) et pour l’heure, car la durée du trajet est, paraît-il, à peu près la même pour chaque bateau. Et, si c’est possible avec précision, viens m’attendre, au quai avec une autorisation de rentrer au port, bien entendu. Sinon, vous m’attendrez sagement à la maison. Au revoir, poulet, amitiés aux Bénais, une grosse bise à chaque fille, et pour toi toujours la plus grosse et la meilleure. Je t’aime bien, tu sais, et je suis bien sage à tout point de vue ici, pendant que je suis seul, car je sais qu’ainsi je te fais plaisir

Encore une bise… Ge