Résumé
Toujours pas de date, mais la lettre semble venir se placer ici. Il y a toujours des difficultés avec Mme Lacroix mère, mais cela semble sérieux puisque le mot mariage est maintenant écrit.
Petit poulet, votre Georges est bien bien ennuyé parce que sa petite a du chagrin… Il vous envoie ce petit mot pour vous dire qu’il vous aime beaucoup et que, pour ne pas être ennuyée, il faut bien penser à lui. Et puis, si votre maman vous gronde encore, dites-lui que nous cherchons tous deux « le bon but », le mariage, n’est-ce pas vrai, petite chérie ? En tout cas, voyez-vous, je crois fermement qu’il ne vous faut rien changer de vos habitudes, car votre maman serait contente de cette victoire et en abuserait certainement. Montrez-lui que malgré tout vous m’aimez bien, et je suis persuadé qu’elle s’inclinera.
Vous me demandez de vous voir seulement sur l’esplanade en passant. Mais, petite mignonne, cela m’est impossible : le pouvez-vous vous-même, vous qui m’aimez bien un tout petit peu, pas vrai ?
Je veux toujours causer un peu avec vous, je veux toujours regarder de bien près vos jolis yeux que j’aime tant et serrer dans les miennes vos petites mignonnes mains qui se font bien aimer. Petite chérie, je vous aime voyez-vous et tout est là. Si vous m’aimez vraiment, passez sur bien d’autres choses et ayez foi en votre grand qui ne veut que votre bonheur. Je sais qu’à cause de votre maman votre peine est quelquefois un peu trop grande. Mais ayez du courage ma chérie et songez que votre bonheur n’en sera que plus grand lorsque pour toujours, je vous tiendrai bien serrée et que vous vous blottirez dans mes bras.
Je vous aime, mon petit, et, puisque vous m’aimez aussi, ayez du courage et ne soyez pas ennuyée. Votre Georges vous veut bien heureuse.
Si, par hasard, je ne pouvais pas vous rendre heureuse dès maintenant, je préférerais quitter Privas, comme je vous le disais ce matin.
Petite mignonne, ce soir, pendant que je surveillerai mon étude, écrivez-moi un mot et dites-moi que vous m’aimez beaucoup. J’attendrai votre lettre demain matin, au premier courrier, avec beaucoup d’impatience. Ou écrivez-moi un mot à 1 h aujourd’hui : vous pourrez me le remettre à 2 h moins 5 sur l’Esplanade.
[dans la marge : je préfèrerais]
Je vous aime beaucoup et vous embrasse.
Votre Georges
« Il y a pour tout le monde un moment difficile pendant lequel on doute de soi, quand ce n’est pas des autres. Le tout est d’éclaircir ses doutes et de les résoudre. Le cœur a quelquefois besoin de dire : je veux ! »
« Et que ceux qui aiment ne se laissent persuader par rien ! Qu’ils ne s’attardent pas à discuter ! Qu’ils ne laissent pas apprivoiser leur tendresse ! Qu’ils ne se laissent point gagner par la fadeur des raisonnements ! Qu’ils s’inscrivent dans le bon sens de l’amour !» — Rostand (*)

