Résumé
Georges raconte son retour difficile de Safi à Témara à cause des pannes de voiture, mais se dit heureux d’avoir revu Vonvon et les enfants. Il évoque son travail, des nouvelles administratives et lui renouvelle son affection en attendant une prochaine visite.
Mon cher petit chéri. Tu vois que je ne tarde pas à t’écrire puisque je t’écris le jour même de mon départ de Safi. D’abord je t’envoie un télégramme reçu de Gabanelle reçu ce jour : tu vois qu’il est toujours marrant et je vais lui envoyer un mandat de 3F pour arroser mon troisième galon. Ce matin, ma bagnole est partie après un quart d’heure d’efforts grâce à l’eau chaude… ( ! ?) mais je ne t’ai pas trop usé de courant va. À 20 km de Safi nous sommes restés en panne et dans la nuit nous avons bataillé plus d’une heure pour y remédier. Enfin après bien des jurons nous y sommes arrivés et je puis dire que mon mécanicien a bien eu besoin de mes conseils. Après nous avons roulé sans arrêt pour éviter le pire jusqu’à Casa où nous sommes arrivés vers 10 h. On s’est payé le luxe de s’arrêter chez Lucien qui m’a donné — je n’en reviens pas et je n’ai pas encore compris pourquoi — une bouteille de marc. J’en ai d’ailleurs fait cadeau à notre popote pour arroser mes galons et je suis débarrassé de cette petite corvée. Lucien nous a fait casser la croûte et nous sommes arrivés ici juste à midi pour se mettre à table, un peu fatigués de cette randonnée que je ne referai qu’avec une jeep au poil ne me causant plus d’ennuis. Dès cet après-midi on l’a d’ailleurs mise à l’atelier. Déjà le radiateur est remplacé par un neuf ainsi que la batterie et je crois que dès demain tout sera moujoud. Son nom sera « capricieuse » et elle l’aura bien mérité.
Faut-il que je te dise mon petit poulet comme je suis content de t’avoir revue un peu ainsi que les petites. Cela m’a fait du bien et si je suis fatigué ce soir, j’ai le cœur content. Mes trois petites filles se sont montrées bien gentilles et tu peux leur dire que je n’oublierai pas mon cadeau dès que j’irai à Rabat, demain ou après-demain, et à toi non plus bien sûr. Toi mon petit chéri, tu es toujours ma petite femme que j’aime bien et je voudrais tant être près de toi pour te permettre de te reposer un peu. Ne te fatigue pas trop et fais toi bien seconder par Paulette et Lulu qui sont de grandes filles et qui aiment bien leur maman.
Je pense à Jackie disant au revoir à son papa à quatre heures du matin…
J’ai reçu aujourd’hui ta dernière lettre N°7 et j’espère que celle-là te parviendra bien vite puisque j’ai ce soir une occasion pour te la faire porter à Rabat. J’ai eu aussi une lettre de la Direction de l’Instruction Publique m’annonçant que ce n’était que par bienveillance que ma situation m’était conservée, que cela ne durerait pas après le 1° octobre et que tout cela était la conséquence de ce que je n’avais rien demandé au dernier mouvement.
Il est d’ailleurs ajouté qu’on étudierait avec bienveillance toute demande que je pourrais formuler. Dès mon prochain voyage à Rabat je vais aller dire ce que je pense à ce sujet et après seulement je t’enverrai et la réponse et la lettre reçue ce matin.
Pas d’autre nouvelle à t’annoncer sinon qu’un gros boulot m’attendait ce matin et que je n’ai pas eu ce soir une minute à moi. Aussi je vais bien dormir cette nuit, surtout avec les draps que tu m’as prêtés et que je te rendrai bientôt.
Je m’arrête car le lieutenant qui me porte ma lettre attend à la porte ( ?) de ma tente. Au revoir petit poulet chéri, je t’aime bien et je suis bien bien content de t’avoir vu un peu
Mille grosses caresses de ton petit mari.
Excuse-moi pour le réchaud électrique mais j’avais vraiment besoin d’eau chaude. Une caresse aux filles. Je t’écrirai bientôt car je veux te dépasser dans le nombre de lettres. Veux-tu que nous fassions un concours ??
Encore une bise et sois bien calme et repose-toi pour que toi et ton petit Jean-François (avec un trait d’union) alliez bien
Au revoir poulet…
Ge

