Résumé
Sous sa tente près de Témara, Georges raconte la vie du camp, le froid des nuits et son travail pour remettre de l’ordre dans l’unité. Il espère obtenir une permission pour aller voir Vonvon à Safi et lui demande des nouvelles de la famille.
Mon cher petit chéri. Je t’écris ce matin sous ma tente, profitant de ce que j’ai quelques minutes de libre. Il fait un temps splendide et cela devient agréable de camper. Mais la nuit il fait terriblement froid surtout le matin. Lorsque tu vois le jour apparaître chaque matin à l’ouverture de ta fenêtre, tu peux penser que je suis déjà au boulot après avoir fait ma toilette en plein air. Nous avons installé des douches en plein air avec un superbe appareil de chauffage et je vais profiter de ce beau temps d’aujourd’hui pour en prendre une et me laver bien à fond.
C’est jeudi aujourd’hui et il se pourrait bien que tu me vois arriver avant cette lettre. On est en train de me monter une nouvelle Jeep et je vais essayer de pouvoir aller te dire bonjour samedi pour revenir lundi matin. Sinon je tâcherai de remettre cela à la semaine prochaine. Je vais demander demain l’autorisation et si le patron est d’accord je te télégraphierai aussitôt. J’ai déjà préparé une valise et je bous un peu d’impatience. Il vaut mieux n’est-ce pas que j’en profite une fois ou deux avant notre départ, dont nous ignorons tout encore. Je rapporterai de Safi, avec ta permission bien entendu, une paire de petits draps et mes shorts dont nous aurons certainement besoin bientôt et je rapporterai mes culottes et ma veste de drap que je n’aurai sans doute pas souvent l’occasion de remettre maintenant. Je m’arrêterai en passant chez Lucien pour voir ce qu’ils ont pu me trouver. Rien à faire pour l’instant pour ta crème et cela m’ennuie bien. J’ai pourtant lancé pas mal de types là-dessus. Je fais des projets tu vois comme si cela était sûr mais tu sais bien que lorsque je décide quelque chose il est rare que cela échoue. Quelle prétention ?
Comment va notre petit garçon ? Est-ce qu’il ne fait pas trop de misères à sa maman ? J’espère qu’aujourd’hui j’aurai une longue lettre de mon petit poulet car la dernière porte le N°3. J’ai reçu de Maurice les 3000 francs du vélo et je t’en enverrai ta grosse part (2000 francs) un de ces jours. Je laisserai le reste à mon CC de Rabat au cas où j’aurais un jour l’occasion de te faire un petit cadeau.
J’ai toujours beaucoup d’occupation d’autant plus que je suis chargé de remettre de l’ordre dans la marche de notre unité au point de vue de l’habillement, de l’armement et de la comptabilité. Dans l’ensemble c’est un beau désordre à tous ces points de vue et je m’embrouille souvent moi-même en essayant d’y voir clair.
Le capitaine qui me commande est un chic type de 39 ans (il a eu 39 ans le jour où j’en ai eu 38). Avec nous deux il y a deux sous-lieutenants dont un est à notre détachement de Rabat, et deux aspirants. Presque tous, trois sur quatre, viennent des FFL. Il se crée peu à peu une certaine camaraderie entre nous mais qui est loin encore d’être de l’amitié. Hier j’étais à Rabat pour faire certains travaux auprès du peloton des chars en réparations. J’en ai profité pour me faire tondre mais je suis revenu presque aussitôt. Dommage que nous n’habitions pas Rabat comme le sous-lieutenant qui couche sous ma tente et dont la femme habite Rabat. Il y va au moins trois fois par semaine plus le dimanche.
J’espère que vous êtes toutes les quatre en très bonne santé et que ton petit Jean-François est bien sage. As-tu reçu les meubles de Soarès ? As-tu aussi une réponse au sujet de la voiture ? Si non dis-le-moi vite pour que je cherche à en acheter une à Rabat. Toujours rien de Clifford ? Cela commence à devenir inquiétant. J’ai entendu parler de Philippe qui est par ici mais je ne l’ai jamais vu. Il n’est pas passé capitaine et je crois savoir qu’il n’y a eu que très peu de nominations cette fois-ci et cela me fait plaisir.
Une caresse à mes trois filles dont j’attends la première lettre. Au revoir petite chérie, je suis un peu pressé je vais faire porter ta lettre à la boîte par le vaguemestre car je n’aurai pas d’autres occasions ce matin.
Je t’embrasse bien bien affectueusement et je t’aime toujours bien beaucoup.
Ge

