Résumé
Le 10 août 1943, Georges s’inquiète de partir bientôt, il ne voudrait pas qu’on lui confie un camp de prisonniers ici, au Maroc. Il essaie d’organiser également un séjour à la montagne pour sa femme, qui a été bien malade, et pour ses filles.
Ma chère petite chérie. Je viens de passer la nuit à mon bureau car étant de service, j’ai préféré coucher là où il fait plus frais qu’en haut. Un matelas par terre, le ventilateur à droite, la cruche d’eau à gauche j’ai assez bien dormi malgré la transpiration qui inondait mon traversin.
Quel beau pays en été ! Mais cette nuit de service me permettra d’être libre dimanche prochain et c’est cela qui m’est agréable car tu sais bien que je n’ai qu’un souci, celui de te revoir le plus souvent possible non pas pour te faire des misères mais pour le plaisir de t’avoir avec moi, et parce que maintenant tu fais partie de ma vie habituelle et qu’il est impossible qu’il en soit autrement. Aimons-nous bien maintenant, veux-tu petite Yvonne ! Tu as été bien malade dernièrement et crois bien que cela m’a touché plus que tout autre chose et malgré des apparences peut être froides, je t’aime trop pour ne pas être sensible à tout ce qui te touche et j’ai vu plus d’une fois des larmes.
Maintenant que tu es presque guérie et que toi et moi nous sommes plus contents, soyons les plus copains du monde, comme nous le sommes en réalité, n’est-ce pas petite chérie?
Je voudrais que tu prennes une décision au sujet de ton repos en montagne. Puisque tu ne penses pas pouvoir venir à la maison forestière dont je te parlais j’ai envie de téléphoner au Chalet suisse, hôtel situé près du Tizi N’Test pour t’y envoyer avec Paulette et Lulu et Jackie bien entendu pendant que je serai en montagne moi aussi.
Peu importe la question de dépense : je suis tellement persuadé que cela te ferait tant de bien ! Je te dirai si c’est possible samedi et si d’accord je te ramènerai peut être lundi matin ou mieux j’irai te chercher le jour où on monterait en montagne pour t’éviter de séjourner à Marrakech avec les petites par cette douce température.
Et puis vivement septembre qui nous permettra de passer quelques agréables journées ensemble en attendant mon départ, pour où? Pourvu qu’on ne me laisse pas dans qq coin perdu du Maroc à garder des prisonniers ?!
Je suis en ce moment malheureux à cause de mes bas qui se déchirent rapidement : ceux que tu m’as raccommodés dimanche sont déjà pleins de trous et je me demande comment je vais passer la semaine Je vais faire ce matin, si j’ai le temps, tous les magasins pour essayer de trouver des bas arabes. Veux-tu regarder toi aussi si tu ne peux pas en avoir à Safi. Merci ma petite femme.
Ne t’ennuie pas trop et ne t’énerve pas trop avec tout ton monde à Safi. Quand tu sens que cela ne va pas, pense un peu à ton Georges qui te veut calme et bien portante. Tu verras qu’août sera vite passé et peut être pourrais je te sortir un peu de Safi au cours de la prochaine quinzaine.
Au revoir petite chérie, à demain au téléphone.
Je t’embrasse bien affectueusement.

