Marrakech – 1er février 1944

Période :

Résumé

Première lettre de février. Il parle d’un cadeau fait à un jeune homme, peut-être Jean-Pierre Galanelle, fils de la famille qui le reçoit à Marrrakech. Sa demande de mutation a été signée et ne saurait tarder.

Ma petite chérie. Tu as dû trouver ta maison vide bien après le départ de madame Videau et le mien. Profites-en pour te reposer malgré ton travail et être bien calme malgré tes soucis? J’ai été un peu ennuyé d’apprendre que tu avais eu un peu de fièvre hier matin. Si ton ventre t’ennuie trop va vite voir le docteur Méténier. D’ailleurs il y a bien à peu près un mois de passé depuis que tu l’avais vu et tu ferais bien d’y retourner le plus tôt possible. Dis moi ce qu’il t’a dit dans ta prochaine lettre et fais bien tout ce qu’il te conseille car une gentille petite femme comme toi ne devrait plus avoir de misères.

Hier au car j’ai eu une très bonne place à côté du chauffeur et le voyage s’est passé très rapidement jusqu’à Marrakech puisqu’on était ici à 5h. Le car rempli d’Arabes j’étais le seul français. Bien entendu mon absence lundi a passé inaperçue et Lévesque a su me remplacer au moment où l’on avait besoin de moi et où l’on me cherchait. J’ai soupé hier chez Gabanelle et aujourd’hui à midi encore. Ils m’ont demandé de tes nouvelles et sont toujours très chics.

Pendant mon absence Delaye a téléphoné au capitaine Bothero pour lui dire que ma mutation avait été signée à Rabat et envoyée à Alger pour approbation. D’après lui elle ne saurait guère tarder maintenant et en tout cas, elle est absolument sûre. Je te préviendrai dès que je saurais qq chose.

Vendredi Delaye vient ici pour monter à l’Oukaïmeden. Il m’emmènera certainement avec lui en montagne et je prendrai ma capote américaine, mes culottes et mes bottes pour ne pas avoir froid. Le retour se fera le lendemain soir. Si je ne te téléphone pas vendredi matin, c’est que je serai déjà parti et je te téléphonerai lundi prochain à la place, à moins qu’il y ait qq chose de nouveau d’ici là.

Je suis de service souvent cette semaine : aujourd’hui demain mercredi et dimanche toute la journée. Je ne pourrai donc pas aller te voir samedi et il ne faudra pas m’en vouloir car moi je n’ai qu’une envie, celle de te voir le plus souvent possible car il n’y a que chez moi auprès de ma petite femme, que je me trouve bien.

Pense à Jackie si elle a été mignonne avec son papa : fais-lui une grosse bise pour moi et rappelle lui qu’elle m’a promis de bien manger sa soupe. Hier soir j’ai acheté un cadeau pour Jean-Pierre. J’ai trouvé une montre bracelet américaine pour 950F achetée à un arabe après de nombreux marchandages. Je lui ai fait choisir entre celle là et la mienne et c’est la mienne qu’il a préférée parce qu’elle était plus petite. Comme moi je préférais l’autre tout allait pour le mieux j’en ai fait un grand heureux. Ses parents du contre-coup ont été ravis et ne savaient comment me remercier. Quant à moi je suis doublement heureux de cela car cela m’a permis d’avoir une montre neuve et de rendre un peu les gentillesses qu’ils nous font, surtout à moi, depuis le mois de novembre. Ai-je bien fait, petit poulet? je crois d’ailleurs que je lui ai encore plus fait plaisir qu’avec un stylo, et je saurai toujours en trouver un s’il le faut et si mon séjour dure encore quelque temps ici.

Mme Gabanelle va te chercher du petit salé demain et le salera pour le conserver avant que je puisse te l’apporter. J’ai trouvé pas mal de travail à faire et cela me plaît car je suis sûr au moins d’être occupé cette semaine. Ton réchaud marche-t-il toujours ? Fais boucher le trou près du garage dès que possible car s’il pleut cela n’arrangera pas les choses. Pense aussi à me faire laver mes 2 caleçons. Pense bien à ton petit homme qui t’aime beaucoup et écris moi souvent si tu veux me faire plaisir. Dès que je le pourrai je viendrai faire un tour à Safi mais je te préciserai par un coup de téléphone. Essaie de remplir un peu ton poulailler à cause de la fermeture des boucheries : tu as dans une valise une vieille culotte en toile de moi, celle qui venait de ton frère je crois, que tu pourrais utiliser.

Au revoir mon petit poulet. Embrasse bien les trois filles bien mignonnes et donne moi vite de tes nouvelles. Je t’embrasse bien bien affectueusement et bien gentiment, comme je t’aime.