Marrakech – 4 mai 1943

Période :

Résumé

Comme dans le courrier précédent parle de ses frères, cette fois c'est Lucien qui est égratigné.

Mon cher petit poulet. Etant de service cette nuit je voulais t’écrire hier soir de mon bureau mais un télégramme chiffré m’est arrivé vers 8 heures et je suis resté plus de 2 heures à le mettre au clair. Si bien que je me suis couché à minuit, alors que levé depuis 6 heures et n’ayant pas eu le temps de faire la sieste j’étais littéralement crevé. Aujourd’hui t’écris donc un peu après avoir déjeuné au mess et je ne ferai pas encore de sieste car j’ai beaucoup de travail après midi

Hier je suis arrivé à 8 heures moins le 1/4 sans aucun incident en marchant à 30 à l’heure et sous une pluie battante qui n’a pas cessé tout le long du chemin. Le plateau de Chémmaia était couvert de brouillard et j’avais peine à avancer. Mais tout s’est bien passé quand même. Je pense aller à Safi samedi soir encore mais je ne crois pas possible de partir avant 8 ou 6 heures et je reviendrai de bonne heure et de la même façon lundi matin.

J’espère que tu recevras qqs bons d’essence et tout ira bien. Ce soir je soupe chez Maurice et te téléphonerai à 8 heures comme convenu Cette semaine je ne bougerai certainement pas de Marrakech car mon travail s’accumule et je ne suis pas très bien secondé.

Et toi comment vas-tu ? En ce moment c’est surtout ce qui m’intéresse et je voudrais bien que toutes tes misères finissent bientôt. Dès que tu en verras la fin téléphone-le moi et tu peux croire que je serai bien bien heureux, et toi encore plus sans doute Et ces rhumes, où en sont-ils. Moi aussi j’ai toussé pas mal cette nuit et je crois qu’il sera bientôt nécessaire que je prenne une petite infirmière brune pour venir me soigner à domicile. Soigne-toi bien en tout cas ainsi que tes petites filles de façon qu’à ma prochaine visite tout soit terminé.

As-tu pensé à écrire à Madame Lelong ? Ne te fais pas de bile pour ces histoires de peu d’importance. Pense bien à ton petit mari qui t’aime beaucoup et qui est bien seul et toujours perdu ici. As-tu toujours la visite de Madame Videau ? Je suis bien heureux que tu l’aies pour amie car elle est certainement très gentille pour toi en même temps que très sérieuse, et tu sais bien que ton méchant jaloux ne serait pas content s’il en était autrement. Ne dis surtout pas trop de mal de ton mari avec elle car je t’aime trop et tu le sais bien. J’ai aperçu aujourd’hui Lucien conduisant une auto amphibie. Un de ses collègues m’a déjà dit qu’il lui faisait l’effet d’un bluffeur (marrant)

Au revoir petite chérie, sois bien gentille, ne t’énerve pas trop et soigne-toi bien. A ce soir au téléphone. Embrasse bien tes grandes et petites filles et dis à Paulette et à Lulu que je compte sur elles… 

{ dans la marge : pour bien travailler à l’école. Dis aussi à Yves de se montrer bien gentil avec toi. J’espère bien que ces 2 derniers mois se passent bien. Une grosse bise de ton mari qui t’aime et qui a envie de vite te retrouver. }