Résumé
Le 30 juillet, c’est le récit des difficulté à se déplacer, bus complets, gazogènes, horaires, et le récit de la visite à sa belle soeur, veuve de Léon Lacroix
Mon petit poulet chéri,
Les voyages forment la jeunesse, dit-on, et c’est bien possible mais moi cela me fiche en rogne et vous allez voir qu’il y a de quoi. Ce matin, réveil avec ta maman à 6h (5h du Maroc) pour prendre le car de Vals de 7h30. J’étais donc un des premiers au guichet du car où l’on donne les billets avec des numéros d’ordre pour monter. Nous avions le N° 7 et 8 mais 19 ou 20 personnes qui attendaient le car Valence–Vals. Celui-ci arrive, bondé bien entendu et l’on fait monter juste cinq personnes, donc pas nous. Et nous voilà donc obligés d’attendre gentiment celui de deux heures, que nous aurons sans doute avec nos numéros avancés de cinq places. Tu vois comme c’est gai de voyager !
Par exemple, au moment où je rouspétais un peu et par habitude je m’entends appeler « André » ! C’était Jeanne, Auguste et leur petit Bob qui se rendaient à Vals pour 8 jours, et qui étaient dans le car que nous devions prendre. Nous avons bavardé quelques minutes et je vais les retrouver à Vals pour dîner Inch’Allah ! Et maintenant j’espère que ce retard forcé de plus de 2h me permettra d’avoir la visite du facteur vers 9h, avec une longue lettre de mon petit poulet qui m’a oublié pendant deux ou trois jours et à qui je donnerai une bonne fessée en arrivant.
Hier à 5h, j’ai pu, quand même prendre le car pour La Voulte. J’y suis resté exactement 1h ½. J’y ai vu Cricri, Marguerite et son père, la maman Rodrigues et Henri étant à un marché des environs. Cricri est mignonne, avec des longs cheveux ondulés, des beaux yeux noirs et bien bavarde. Elle était malade hier d’une rechute de coqueluche qui lui avait causé une hémorragie nasale. Malgré sa fièvre, elle m’a dit des tonton Georges tant et plus m’a parlé de Jackie Paulette et Lulu et de tata Yvonne. On voit bien que nous ne sommes pas oubliés par Marguerite. J’ai apporté à Cricri non pas un beau jouet, n’en ayant pas trouvé, mais une série de jouets différents les uns des autres, et qui l’ont rendue heureuse dans son petit lit.
Marguerite a bien changé. La mort de ton frère l’a touchée énormément et elle ne vit que dans son souvenir, parlant de lui sans cesse, écrivant de tous côtés pour savoir comment il était mort. Ma visite lui a fait plaisir car elle lui a rappelé les bons moments que nous avions passés tous ensemble, te souviens-tu, petite vonvon ? Et puis je suis un peu pour elle un grand frère et elle nous aime beaucoup l’un et l’autre. Pauvre petite femme, sa santé s’en ressent un peu, mais elle reprend peu à peu le dessus car le travail qu’elle fait chez elle pendant que ses parents sont dans les marchés, et Cricri aussi, lui donnent de nombreuses occupations. Nous avons parlé longtemps de tout et de tous. Le papa Rodrigues a ouvert une vieille bouteille de vin blanc et ils m’ont obligé à emporter au moins 8 ou 10kg de pêches et de poires.
Dimanche prochain ils viendront me chercher à Privas avec leur gazogène pour me conduire avec la maman au Teil et à Meysse. Marguerite devant aller bientôt à Marseille pour faire des achats (genre de ceux que je fais quand je vais voir Maurice) profitera peut-être de mon départ pour m’accompagner et assister au départ du bateau. Elle me guidera en tout cas pour choisir ce que je pourrais bien t’apporter puisque tu ne veux pas me dire par lettre ce qui pourrait te faire plaisir.
Elle tâchera aussi de se procurer des bons pour me permettre de vous acheter quelques vêtements ou sous-vêtements mais rien de certain encore. Je suis revenu le soir vers 9h et ta maman m’attendait pour souper car à cette heure-là en France il fait encore grand jour. Après nous avons bu – comme nos vieilles coutumes – le café chez tante Emma, suivi d’une bouteille de mousseux offerte par Fernand et qui a un autre goût que le mousseux marocain. Je vois bien qu’ils font tout leur possible pour bien me gâter et ils sont vraiment tous plus braves les uns que les autres pour moi. Il me tarde maintenant d’être à Vals et j’y serais déjà si ce n’avait été la difficulté de trouver des cars dont l’horaire convienne.
Il fait très chaud en ce moment-ci et les gens voudraient voir venir la pluie, car tout sèche. Vous êtes certainement mieux à Casa à cause de la chaleur. N’oublie pas de présenter à Yves toutes les félicitations de son amiral pour son importante augmentation de salaire, en espérant qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Et toi petitou n’oublie pas d’écrire beaucoup et bien longuement à ton petit mari qui languit sans sa petite femme.
J’ai envie d’expédier au Maroc le matériel de camping qui est là dans la chambre. Qu’en penses-tu ? Est-ce que l’an prochain il ne pourrait presque nous être utile ? Ou alors je vais essayer de l’emballer prêt à être expédié au cas où on le voudrait.
Au revoir ma petite chérie, je te fais bien doucement une longue bise.
Embrasse bien les petites, bonjour à tous les 3 copains, mille caresses de ton Georges
Vite une lettre ! tous les jours !
[en marge : Je t’écrirai demain après-midi de Vals. Tu ne diras pas que je t’oublie. Encore une bise…]



