Résumé
Le 28 il est à Valence, attablé à une terrasse de café, en attente du bus pour privas. Il raconte son voyage depuis Marseille
Ma petite femme chérie, voilà donc ma dernière étape avant Privas. Mais ici comme ailleurs, il faut se bousculer un peu pour avoir des places. Et je me suis installé à la terrasse d’un café en attendant le car de Privas qui part à 2 h. Dès que le chauffeur paraîtra, je bondirai pour avoir une place, car j’en ai marre de voyager.
Hier, après une sieste, je suis allé au cinéma à Marseille voir « L’Héritier des Mondésir » avec Fernandel. C’était marrant, et si on le joue à Casa vas-y avec la famille Bénais et les filles, car c’est bien amusant. Après, restaurant et au lit de bonne heure. Tu vois que ton grand Georges a été sage durant son séjour à Marseille, et comment pourrait-il en être autrement, puisque je t’aime beaucoup, beaucoup. Ce matin, départ de Marseille à 7 h (6 h du Maroc) dans un train bondé, mais où j’avais une place retenue, heureusement. Du train, j’ai vu Avignon, Viviers, les usines Lafarge, Le Pouzin et le Rhône. Cela me rappelait nos bons souvenirs sur la route, t’en t’en souviens ? Et j’ai eu le cafard en pensant que tu n’étais pas avec moi et que je ne te trouverai même pas à Privas.
Tu sais petit chéri que je regrette vraiment de ne pas t’avoir emmenée ou de ne pas être resté avec toi. Je suis arrivé à Valence à 11h ½. J’ai mangé dans un restaurant, bien mieux qu’à Marseille. Tout y est meilleur, le pain est moins noir et moins lourd. J’ai mangé une salade de concombres, tête de veau vinaigrette, haricots verts, fromage et une belle et fondante poire de l’Ardèche. Coût : 27F50. C’est donné ! On est tout de même mieux ici qu’à Marseille, et cela me remonte un peu le moral.
Je serai à Privas à 4h cet après-midi et demain soir je partirai pour Vals. Demain matin, je prendrai mes tickets d’alimentation à Privas, et je t’écrirai un peu, car je veux t’envoyer un mot tous les jours et j’espère bien que tu en as fait autant, pas vrai ma petite vonvon ?
Dans les vitrines de Valence j’ai vu de bien belles robes pour toi, mais malheureusement toutes avec tickets. Je tâcherai d’en resquiller un peu à la mairie de Privas, mais je crois que ce sera difficile.
Ta maman et mes parents doivent m’attendre avec impatience et moi il me tarde d’arriver, surtout à Casa… Et aussi il me tarde d’arriver à Privas, surtout pour lire tes longues lettres avec de bonnes nouvelles, je l’espère. Bientôt je te fixerai la date exacte de mon retour et ce sera au plus tard pour le 15 août au train de midi. Il me semble que ce n’est pas vrai de retourner à Privas sans mon petit poulet. Et toi, imagines-tu que je suis à 40 km de ta maman et que j’embrasserai tes parents dans quelques heures pour toi et les petites ? Que devenez-vous à Casa ? As-tu pensé à me dire ce qui pourrait te faire plaisir pour t’apporter.
Je vois le car de Privas qui arrive, excuse-moi de m’arrêter là, mais je veux mettre ma lettre avant de partir à la boîte de la gare, et il y a au moins 30 personnes qui attendent. Ce n’est pas un de mes vieux copains qui conduit, c’est dommage ! Que sont-ils devenus d’ailleurs ?
Au revoir, ma petite femme chérie, écris-moi vite et dis-moi que tu m’aimes bien. Cela me fait plaisir et surtout pense bien à moi.
Mes cigarettes ont bien passé la douane mais il ne m’en reste guère, et je ne sais pas si j’en aurai pour mon retour, car sur le bateau et à Oran, on n’en trouve pas et ici, il paraît que je n’ai pas droit à la carte de tabac, ce qui est un comble.
Caresses aux petites et bonjour à la famille Bénais.
[en marge de la lettre : Dis leur que j’ai donné le bonjour à la France pour eux tous. Mais comme tout a changé ! Au revoir chérie , une grosse bise de ton Georges]

