Résumé
Yvonne est au frais à Casa avec Paulette, Georges la dissuade de le rejoindre à Marrakech où il fait très chaud.
Mon cher petit poulet,
Je pars de chez Maurice et je veux vite répondre à ta gentille lettre que j’ai reçue ce soir. Ta lettre m’a fait un peu de peine et je suis parti à la poste pour t’envoyer un télégramme te demandant de revenir demain matin. J’ai réfléchi en cours de route et, en papa raisonnable, je te réponds ceci : je suis aussi malheureux de ne pas t’avoir avec moi ; j’erre un peu comme une âme en peine ici. Tu me manques, petite chérie, et je comprends que je te manque aussi, car tu es une petite fille bien gentille qui aime tant son mari.
Mais il faut penser à notre petite Paulette que nous adorons. Il fait bien chaud ici, et si la nuit dernière tu as mis un édredon à Casa, moi je ne pouvais pas m’endormir tellement j’avais chaud. Il vaut, par conséquent, mieux rester à Casa que de venir ici. Voici ce que je te propose : si lundi soir tu es toujours ennuyée — mais il faut que tu le sois beaucoup — prends le train de 6 heures mardi matin et reviens à Marrakech. Mais réfléchis bien avant. Je crois qu’il vaut mieux que tu restes à Casa ; j’irai bientôt te voir et nous serons bien heureux. Dans quinze jours, c’est la fin du mois et ta fille et toi êtes au bon air. Je te laisse libre et, quoi que tu choisisses, je ne te gronderai pas. Si tu restes, je t’enverrai mardi à une heure et demie le Puritan. Préviens Maurice Gonnet de se trouver à l’arrivée du car mardi soir à cinq heures et demie, et s’il y a quelque chose d’abîmé, refuse-le carrément et écris-moi ici, car je l’assurerai. Si tu viens mardi, envoie-moi lundi un télégramme. Mais je te le répète encore : réfléchis bien et pense à notre Paulette.
J’ai reçu ce soir la lettre que je te joins et je te demande — je sais bien que tu n’as pas beaucoup de courage — mais tu la feras pour me faire plaisir : d’aller à l’adresse indiquée en portant la lettre. Regarde ce que c’est, et si c’est intéressant, arrête la place à partir du 1er juillet. Dis qu’il te faut retourner à Marrakech. Vas-y avec M. Compagnon ou Mme, mais lundi sans faute, car il pourrait être trop tard après. Je compte sur toi, pas, petite chérie ?
As-tu pensé d’écrire à Vals et à Privas ? Sinon fais-le vite, car il fait trop chaud ici et je n’ai guère de courage.
Soigne toujours bien ta petite fille et ne la laisse jamais seule chez Carignon. Ne monte pas dans l’autobus avec elle et sois toujours bien sage.
Moi aussi il me tarde de te revoir, et si j’osais, je sais bien ce que je te dirais… mais va, il faut être raisonnable. Donne un bien gros bonjour à René, à Lucienne et à Galbani de ma part. Peut-être rentrerai-je jeudi ; je t’écrirai lundi pour te le dire. Sinon ce sera dimanche.
Rien de neuf ici. Toujours chaud et je n’ai pas encore préparé les malles. Les marrons glacés diminuent et je crains qu’ils n’arrivent pas à jeudi, pourtant je me retiens. J’ai sommeil, petit poulet. Je vais porter ma lettre à la poste et puis au lit, en pensant bien à toi.
Fais une grosse bise au petit phénomène de la part de son papa, et ne t’énerve pas avec elle, pas poulet.
Pour toi mille bien grosses caresses,
de ton grand, qui doit les yeux ouverts.
Vite une longue lettre de toi et dis-moi bien tout ce que tu fais. Encore des caresses à toutes deux.

