Saint-Lager-Bressac – Mardi

Période :

Résumé

Le 21 mai, ses invités se défilent les un après les autres, il pleut, des petites choses. On apprend qu’Yvonne se déplaçait à moto avec lui, et surtout qu’il a connu d’autres femmes, après la mort de Paulette, dont une qui le voulait pour mari.

Photos liées aux lettres

Petit poulet, il pleut beaucoup aujourd’hui et heureusement que je n’ai pas décidé d’aller te voir ce soir, sans quoi je serais bien ennuyé, tu sais.

Mais mes invités viendront-ils seulement ? J’ai reçu une carte de Maurin de La Voulte m’indiquant qu’il ne pouvait pas venir.

Il n’y a donc plus que M. et Mme Amand de Freyssenet et leur gosse. Mais pourvu que le mauvais temps ne les empêche pas de descendre. Si encore ils avaient la bonne idée de me prévenir assez tôt je prendrais le train de 5 h ½ et je coucherais à Privas ce soir, puisque demain c’est jeudi. Mais je ne peux pas le faire, car tu ne vois pas qu’ils se radinent, si je n’étais pas là.

Demain s’il pleut, je ne sais pas trop ce que je ferai. Ou plutôt, si, je prendrai le train de midi qui arrive à Privas à 1 h moins le quart, et je repartirai à 6 h ½ (*).

Tu viendrais donc m’attendre à la gare, pas c’est promis ? Mais seulement s’il pleut, car s’il fait beau je n’irai pas à la pêche et j’irai prendre le café chez toi à 1 heure. Tu m’attendras alors, pas poulet? Je t’aime beaucoup, ma petite mignonne, et il me tarde bien que nous soyons réunis pour toujours. Et à toi, dis, ma chérie? Vois-tu, si tu veux, nous nous marierons au mois de juillet, mais alors il faudra supporter une petite séparation de vingt jours pendant ma période militaire. C’est pourquoi je crois qu’il vaut mieux attendre qu’on soit libéré de ce petit souci.

Quand même, dis, je pense que j’avais promis à Escouffier d’aider à vendanger en septembre à ses parents et qu’à cause de toi… je n’irai pas !

Ce matin j’ai écrit à maman. Sans doute ne tardera-t-elle pas à écrire chez toi car dès qu’elle reçoit une lettre, il faut qu’elle y réponde. Tu me diras ce qu’elle raconte, dis?

Dis petit diable, sais-tu que tu étais jolie toute plein à ton réveil ce matin et que je t’aurais dévorée de minous. Il me tarde bien de te voir dormir à côté de moi tu sais ma mignonne. Je passerai mon bras sur ton petit cou, comme lorsque nous sommes revenus de Largentière et tu verras si nous serons bien.

As-tu écrit à Simone ce matin ? Dis donc je pense que dimanche cela ne me sera pas bien commode de dîner au Ruissol à cause de la réunion du conseil municipal qu’on finira pas avant midi. À moins que nous ne mangions pas avant midi et demi ou 1 heure et alors je monterai là-haut en moto directement. Je te prendrai même si tu le veux en passant pour que tu puisses me montrer la maison, car je ne sais pas où elle se trouve. Évidemment, tout ça dans le cas seulement où Simone et Tatave viendront. Dans le cas contraire, réunion à St-Lager, tu peux en parler déjà aux petites Raphanel. C’est encore, je crois, la solution qui me plairait le plus. et à toi, dis, ma chérie ?

À moins que nous partions tous les deux seuls après midi en moto et que nous venions passer l’après-midi chez moi, tous les deux seuls. Dis qu’en penses tu mignonne de moi ? Ne crois-tu pas que ce serait la meilleure solution de toutes ?

Tu sais, ma chérie, je veux que tu m’aimes toujours beaucoup, beaucoup, tu verras si nous serons heureux tous les deux, va. Moi, je t’aime et même, il faut que je te dise que j’ai connu quelques jeunes filles depuis que je n’ai plus Paulette. Une en particulier, que je croyais aimer et qui, j’en suis certain, m’aimait beaucoup, du moins à sa façon. Je l’ai laissée bien de côté, et je sais qu’elle est bien ennuyée de me voir aller vers toi car elle m’aurait voulu pour mari. Mais moi, je veux être tout à ma petite Vonvon, et si c’est elle que j’ai choisie, c’est que je l’aime bien beaucoup, et que je suis certain que nous serons heureux tous deux malgré quelques petits soucis de début. Aie confiance en ton Georges, ma mienne, je suis certain que je t’aimerai comme j’ai aimé Paulette.

Et demain, mon petit poulet de moi, à 1 h moins le quart, avec le train s’il pleut, en moto s’il fait beau, évidemment sauf imprévu.

Dis, m’as-tu entendu partir ce matin ? J’ai bien couiné un petit peu devant la Trésorerie mais la fenêtre était fermée et je crois bien que le poulet n’a rien entendu.

Que je serai content si j’avais une lettre demain !

Mille baisers bien affectueux de ton grand de toi qui t’aimera toujours beaucoup.

Notes

À cette époque, les déplacements dans la région se font essentiellement par train. La gare de Valence constitue le principal nœud ferroviaire pour les habitants de Privas et de la vallée de l’Eyrieux.