Casa – 29 juin

Période :

Résumé

Georges est à Casablanca où il se dispute avec son colonel au sujet de son affectation. Il refuse de commander une compagnie et invoque sa situation familiale pour obtenir sa démobilisation rapide. Il espère rentrer avant le 14 juillet, règle des questions d’aspirateur et évoque une possible réorganisation des postes civils. Il pense surtout à rentrer auprès de sa famille.

Bonjour petit poulet chéri, et bon anniversaire à mon grand petit garçon qui aura un an demain : fais-lui vite une grosse grosse bise pour son papa. Je suis à Casa depuis ce matin et jusqu’à lundi pour compter du matériel. J’ai vu mon colonel ce matin et j’ai eu une véritable prise de bec maison au sujet de l’emploi qu’il me confie (commandant de compagnie), et que je ne veux pas. Car aujourd’hui j’ai appris que les officiers pères de trois enfants (donc à plus forte raison pour moi qui en ai quatre) devaient être démobilisés avant le 31 juillet.

Je me suis fait copieusement engueuler, mais sans me laisser faire et je viens d’envoyer une lettre soignée au général Dessé. Car moi j’ai hâte de revenir chez moi et, sachant qu’avec un peu de bonne volonté de la part de mes chefs, je peux être démobilisé dès maintenant, je n’ai aucun courage pour commander une compagnie de Sénégalais avec une grosse responsabilité matérielle. J’en ai plus que marre et c’est parce que je connais bien tes sentiments et tes soucis toute seule que je veux vite venir te retrouver et pour toujours.

Enfin le moment approche quand même et je ne désespère pas venir avant le 14 juillet en disant adieu à l’armée. Elvire ne t’a pas encore envoyé ton aspirateur et je vais m’en occuper moi-même, mais ce n’est pas sa faute, M Gallot lui ayant promis de venir le prendre. Demain c’est les vacances et je voudrais que mes deux grandes filles en profitent pour bien seconder leur brave maman. Je suis sûre qu’elles le feront et que cela te reposera un peu, car je sais comme tu en as besoin. J’ai appris aussi du côté civil que tous les postes pourvus depuis 1939 allaient être remis en compétition. Cela va faire un mouvement formidable et je pense qu’on pourra choisir quelque chose qui nous plaira et surtout l’obtenir. Il est quatre heures et je t’écris de l’hôtel où j’ai gardé ma chambre. Je vais aller à sept kilomètres d’ici dans un camp pour compter du matériel encore et ton vélo me rend bien service. Demain je bavarderai un peu avec toi au téléphone et j’espère que tu me donneras de bonnes nouvelles de vous tous. Quel est le classement de mes trois grandes filles ?

Au revoir petit poulet, une grosse bise à tous les mômes et pour toi bien grosses caresses de ton méchant mari qui a grand hâte de revenir près de toi.