Résumé
Au repos en Bavière après la victoire, Georges reçoit plusieurs lettres de sa famille. Il espère une mutation vers le Maroc, évoque un possible départ vers la France ou l’Autriche et prépare une excursion à Innsbruck.
Mon gentil petit chéri,
C’est un bien chic dimanche pour moi aujourd’hui puisque, rentrant de mission, j’ai trouvé avec joie trois lettres de vous : celle de Paulette du 29 avril et les tiennes N°23 et 24 du 30 avril et du 2 mai. Toutes m’ont fait un immense plaisir et je les relirai encore ce soir dans mon lit.
Je suis très content que Jackie ait avancé d’une place en avril, mais je serai encore très heureux si elle arrive à avoir des cahiers bien propres, avec une jolie écriture bien soignée. Je suis sûr d’ailleurs qu’elle va nous montrer que c’est une grande fille maintenant. Quant à monsieur Jean-François, je comprends bien que la photo de son papa puisse lui plaise, mais ses transports amoureux dépassent la normale en ce sens que ce n’est pas une raison pour essayer de casser le cadre : au fait, c’est déjà peut-être une chose déjà faite et il faudra lui tirer les oreilles bien fort… méchant papa !
De Paulette et Lulu, je ne parle pas car je suis sûr qu’elles sont toujours bien sérieuses en classe et gentilles avec toi.
N’avez-vous pas encore reçu des morceaux de musique de madame Devoy ? J’en suis un peu étonné et ennuyé car elle m’avait promis de faire vite le nécessaire, au moins en partie. Quant à toi, petit poulet, je pense que la fin de la guerre t’aura enlevé ton cafard et tes soucis à mon sujet. Je ne crains plus rien du tout maintenant, sois-en bien sûre et tu verras que je reviendrai bientôt. Malheureusement dans l’armée les mutations ne vont jamais bien vite, rappelle-toi mes demandes d’il y a un an ou deux, mais j’espère cependant que cela ne saurait tarder et que nous passerons ensemble les prochaines grandes vacances. Peut-être ne serai-je pas encore démobilisé, mais au moins je serai près de toi et je te promets d’avance que j’en profiterai : tu me connais d’ailleurs à ce sujet, n’est-ce pas ?
Merci quand même d’avoir demandé à Pillot les tuyaux que je désirais connaître. J’espère bien que Thabault reviendra au Maroc car il le mérite bien et j’aimerais autant l’avoir pour chef que n’importe quel autre. Je ne sais toujours pas où j’ai bien pu laisser mon maillot de bain et mes costumes de toile. Ce n’est pas chez Ivanski où j’ai tout pris ce qu’il y avait, ni chez Lebec, je pense que cela doit être à Privas et que je les trouverai au passage. Ce que c’est que d’avoir une petite tête ! Tu me demandes si l’autre moitié de la poire est avec nous : bien sûr, et cela a été un véritable tour de force que de rassembler tout notre monde si loin du point de départ et dans un temps record.
Et maintenant on pense partir un de ces jours très prochains, au milieu ou à la fin de cette semaine. Deux hypothèses se font jour, ou la région parisienne ou l’Autriche. Je te le dirai dès qu’on sera fixé, mais j’aimerais mieux rentrer pour être plus près du Maroc et pouvoir m’occuper plus efficacement de ma mutation. Pierre Bourdan n’est plus avec nous ni l’artiste de ciné. Quant au Tim, je ne puis arriver à mettre la main sur lui.
Demain je suis autorisé à aller avec un copain me promener en jeep jusqu’à Innsbruck et au Brenner. Nous partirons à 7 h du matin pour rentrer en fin d’après-midi si d’ici là il n’y a pas du nouveau. Peut-être qu’en cours de route je trouverai la piste du copain Tim.
J’ai reçu aujourd’hui deux télégrammes : un de toi me souhaitant ma fête (il a été long à venir) et un de Laffitte me donnant son adresse à Bordeaux. Je lui enverrai peut-être un mot un de ces jours. En ce moment je vais très bien et je voudrais bien qu’il en soit de même pour vous tous.
J’ai toujours devant moi quelques paquets prêts à être expédiés mais il me faudra attendre sans doute de rentrer en France. Notre vie d’occupants nous fait tout de même plaisir car maintenant les boches, quel que soit leur grade, doivent nous saluer, le couvre-feu existe pour eux, les queues devant les magasins, les papiers à extirper etc. etc. chacun son tour, n’est-ce pas ? Que de changements depuis un an ! On a vraiment peine à croire que ce soit fini !
Peu importe que Mlle Colomb ne te salue pas, nous savons ce qui nous reste à faire et il ne faut pas te frapper, petit chéri. Soigne-toi bien, toi et les gosses, peu importent vos dépenses, la guerre est finie et cela seul compte.
Le mandat de 500 francs de Lulu m’est revenu, car les mandats non plus ne peuvent pas être envoyés. Ma Lulucké n’a pas de chance mais je les lui mets de côté pour elle. Fais une grosse bise à tout ton petit monde pour moi et pour toi grosses caresses de ton Georges qui t’aime bien beaucoup et qui te…
[dans la marge : …gâtera bien beaucoup bientôt. Sois toujours bien patiente petite femme chérie et garde-toi en bonne santé pour tes petites, ton fils et aussi pour moi. Encore une bise. Georges]
[Je suis heureux d’apprendre par l’article que tu m’envoies que le Commandant Faure a été nommé Lieutenant-Colonel. Il l’a bien mérité. Une grosse bise.]

