Résumé
Le 25 avril, l’attente s’éternise, et Georges, égal à lui même, organise une excursion à la plage avec deux lieutenants et une partie de ses soldats.
Mon cher petit chéri, j’ai passé aujourd’hui une excellente journée et je souhaite que tu puisses en passer la pareille le plus tôt possible, et tu verras que cela viendra bientôt. Voyant que notre situation se prolonge sur place contre tout pronostic, j’ai demandé ce matin et obtenu l’autorisation d’aller passer l’après-midi à la plage avec une partie de mes soldats. On est donc partis à une heure après déjeuner, à 15 km d’ici, et en short dans ma jeep par un beau soleil, on a fait une excellente promenade, avec deux lieutenants de mon escadron, suivis de trois camions chargés de soldats.
La plage si petite mais située dans une petite baie, l’eau y est limpide et aussi calme que celle que nous avions à Cavalaire. J’ai pris moi-même un long bain au poil et j’ai maintenant les muscles en marmelade. Mais nous avons la veine, ce n’est pas comme à Safi, d’aller et revenir en auto. J’ai bien pensé à toi et j’aurais tant voulu que tu sois avec moi.
Mon capitaine est allé en ville aujourd’hui exceptionnellement pour faire des provisions pour la popote, et ce soir il a invité les commandants de deux bateaux américains à manger avec nous : ce sont des relations qu’il est bon d’avoir… En attendant, nous commençons à prendre racine ici et l’impatience commence à nous gagner, mais enfin notre certitude n’est pas diminuée, et peu à peu tout se passe comme il était prévu.
Je n’ai pas eu de nouvelles de toi, ni hier ni aujourd’hui, mais je suis sûr que cela ne tardera pas, et je compte bien que tu m’annonceras de meilleures nouvelles pour mon Jacquou. Et toi, mon petit poulet, tu dois être fatiguée de tous ces soucis, dis-moi vite comment vas-tu toi-même. Hier soir, j’ai passé une heure dans mon lit à relire tes sept ou huit dernières lettres et celles de mes grandes filles. Comme je comprends les soucis que tu dois avoir et ta fatigue, et comme je suis content et ému de savoir que tu restes une femme forte quand il le faut.
Je suis bien tranquille avec une petite femme comme toi : mes filles seront bien soignées, bien élevées aussi, et ma confiance est immense en toi. Je sais que tu m’aimeras toujours, et tu verras comme je saurai te remercier plus tard, le plus tôt possible, n’est-ce pas, et te redonner une vie plus douce et plus gentille encore que celle que tu as pu avoir avant mon départ. Donne-moi aussi vite notre petit garçon bien beau et bien blond comme toi, et reste en toutes circonstances le gentil poulet que j’aime tant.
Moi aussi je t’annonce que tu peux compter sur ton grand Georges en toutes circonstances. Je saurai faire mon devoir pour rester digne de toi et rester toujours le mari sérieux que tu mérites d’avoir. Pourrais-tu me faire un petit paquet avec mon short neuf, deux ou trois paires de chaussettes (les miennes sont déchirées). La poste te le prendra et je sais qu’il me parviendra (recommandé). Merci d’avance.
Au revoir petit poulet, bon courage toujours et vite de tes nouvelles. Je t’embrasse bien affectueusement, ainsi que mes grandes filles.
Ton mari qui t’aime beaucoup.
[en marge : je t’écrirai encore demain s’il n’y a rien de nouveau]

