Résumé
Georges annonce à Vonvon sa nomination au grade de capitaine, qui le réjouit et accroît ses responsabilités. Il évoque la solde, la vie quotidienne au camp, ses repas et son travail, tout en commentant les lettres reçues de sa femme et en prenant des nouvelles de la famille.
Ma petite chérie. C’est la première lettre du Capitaine Blanchard à sa femme. Tu te rends compte, comme dit Claudia. J’ai appris hier à midi ma nomination au grade de capitaine, comptant du 25 décembre dernier, et à laquelle je ne pensais vraiment plus. J’étais si heureux que j’ai bondi à la poste de Témara pour t’envoyer la nouvelle par télégramme. Du coup le Colonel chef d’État Major du Général et le chef de Bataillon, qui est mon chef, m’ont invité à déjeuner lundi avec eux à leur popote.
Je conserve mon emploi actuel mais mon autorité est terriblement agrandie et j’en suis heureux. Inutile d’ajouter que ma nomination m’a fait bien plaisir et je suis sûr qu’à toi aussi. Du coup je vais faire augmenter ma délégation de solde mais j’ignore encore quelle différence il y aura avec mon ancienne solde. Pour les charges de famille, c’est toujours l’Instruction publique qui continuera à me les payer car celles versées par l’armée ne sont dues qu’aux militaires des ex F.F.L. C’est bien malheureux car cela m’aurait fait recevoir près de 2000 francs de plus par mois. Il n’empêche que c’est bizarre de voir que trois enfants de fonctionnaire civil mais militaire à la 2e DB depuis avant le 31 juillet donnent comme indemnité familiale mensuelle environ 4000 francs par mois alors que celui qui n’y est venu qu’en août ou qu’en février, ou même celui qui est en Italie et qui a trois enfants aussi ne touche que 1850 francs par mois. Alors qu’il serait tellement plus simple et plus juste de faire une commune mesure… Merci mon cher petit poulet de tes deux lettres reçues avant-hier. Ta première, longue de quatre pages (un record chez toi) m’a bien fait plaisir surtout car il y en aurait des nouvelles ! Quand je pense que tu me reprochais de ne pas t’écrire plus longuement en arrivant ici !Tu m’as bien fait rire en me disant que ta lettre allait risquer de devenir un vrai journal et aussi au sujet du vote bien inutile pour savoir si vous deviez manger ou non toute la quiche ! !
Ta deuxième lettre n’a mis que deux jours pour me parvenir et j’espère en avoir encore une de toi demain lundi.
Je n’ai toujours pas ta crème mais j’ai un tout petit peu de bon savon que je t’apporterai quand j’irai à Safi si toutefois cela m’est possible car je ne sais pas, mais j’ai une vague impression qu’un départ possible n’est pas loin mais cela n’est qu’une impression. Et cette robe comment va-t-elle à la petite poule ?
Aujourd’hui dimanche je me suis levé à 8 h ½, une vraie grasse matinée, puis je me suis occupé de ma popote. Le menu de la journée est ainsi fait : midi, hors d’oeuvre, tomates farcies, couscous, salade, oranges. Le soir, soupe, frites, bifteck, oranges. Tu vois que je ne me débrouille pas trop mal et qu’après la guerre je pourrai être le popotier de la famille Blanchard. Les repas nous reviennent à environ 25 à 27 F soit 50 à 60 F par jour plus bien entendu les apéros dans les grands bistros du bled, les digestifs et les femmes… Méchant mari va ! Maintenant il est environ 11 h.
Je vais finir cette lettre et faire aussi un peu de courrier en retard car je suis bien au calme. Après-midi je tâcherai de faire porter le tout à Rabat à moins que j’y aille moi-même d’un coup de jeep. J’ai toujours autant d’occupation ici et je n’ai chaque jour pas beaucoup de temps à moi. Après midi même j’en profiterai pour travailler un peu à mettre de l’ordre dans le désordre de mes papiers de l’escadron.
Je n’ai vu ici aucune figure de connaissance mais je sais que Philippe est dans la même Division au Régiment d’Infanterie du Tchad à environ 30 km d’où je suis. J’ai eu ici encore la visite du mari d’Yvette mais je n’ai plus revu. Il est resté une heure environ l’après-midi et est reparti à Salé en faisant de l’auto-stop. Je crois d’ailleurs qu’il doit rejoindre un régiment d’Algérie un de ces jours.
Embrasse bien les trois filles pour leur papa et bonjour à Madame Videau. Sois toujours bien calme et prépare bien les affaires du fils. As-tu pensé à demander les meubles ? Si non et s’il ne les a pas encore commencés dis-lui de ne faire que la commode car il y a ici des lits d’enfants bien beaux. Oh puis non car pour l’envoyer à Safi ce serait …
Notes
étonnamment la fin de la lettre manque, c’est la seule de la série qui ne soit pas au moins signée Ge avec un mot affectueux, le feuillet doit être perdu.

