Marrakech – 29 septembre

Période :

Résumé

Georges se réjouit de la lettre de Vonvon, l’encourage à ne pas se laisser atteindre par les soucis de l’internat et prend de ses nouvelles de santé. Il prépare une visite pour l’emmener quelques jours. Il évoque son travail, une revue militaire, la vente possible de sa voiture et renouvelle son affection pour elle et les enfants.

Ma chère petite vonvon. J’ai reçu hier soir ta lettre dimanche. Quel plaisir pour moi de lire les lettres du petit poulet. Je l’ai lue et relue le soir avant de me coucher. J’espère que ta colère contre les gérants de l’internat t’a complètement passée. Tu as bien fait de ne pas te laisser faire. Là je reconnais bien ma petite femme et tu me fais plaisir d’être ainsi. Ne te rends cependant pas malade à cause de gens et quelquefois de choses qui n’en valent pas la peine et quand tu as le moindre chagrin, écris le moi bien vite : moi je te défendrai. Félicitations aussi pour avoir écrit à ton petit mari d’une écriture bien serrée et sur les deux pages entières. Continue donc ces bonnes traditions. J’ai porté ton stylo à arranger mais c’est sans garantie de casse au cas où le réparateur ne pourrait remettre la plume d’aplomb…

Et tes piqûres ? J’ai pensé à toi lundi à 4 h ½  ? Est-ce que cela ne t’a-t-il pas fait trop de mal et en as tu ressenti des bienfaits très nets ? Tu verras qu’en te laissant bien soigner tu reprendras peu à peu ton calme et ta tranquillité. D’abord dimanche prochain, comme je te l’ai dit je compte t’enlever jusqu’à mercredi ou jeudi. Si tu es d’accord, je viendrai sans doute (de toute façon d’ailleurs même si tu n’es pas d’accord) samedi soir vers 8 heures, et nous reviendrons ensemble dimanche soir en partant vers 17 h pour éviter de faire lever Jacquou trop tôt lundi matin. Demande aux Johannis s’ils veulent te garder Paulette et Lulu et dis-leur qu’ils feront bien plaisir au petit mari de toi. Tu reviendras ou avec le car mercredi mais je tâcherai de te ramener avec ma bagnole.

Profites-en en tout cas maintenant d’abord parce qu’il fait délicieusement bon à Marrakech en ce moment, ensuite parce que si je pars à Casa ou ailleurs ce ne sera peut-être pas aussi commode et ensuite parce que je cherche à vendre ma bagnole. Les Américains veulent me l’acheter mais ils n’ont pas l’air de vouloir m’en donner 50000 francs comme je le désire disant qu’elle est un peu vieille. Si je trouve à la vendre je la bazarde d’ailleurs aussitôt. D’accord ? alors prépare ta valise et tes gentillesses pour ton petit mari chéri…

Il est 7 h je t’écris seul de mon bureau car tout le monde est parti. J’ai un gros travail en ce moment mais tout se tassera. Mes actions sont en train de remonter dans la maison et si je suis ici par force, et par force seulement crois-le bien je crois que je pourrais me réacclimater à mon entourage ! En attendant toujours aucune nouvelle pour moi et je voudrais bien que cela ne tarde pas trop.

Ce matin, grande revue à l’occasion de la visite du Général Commandant les troupes du Maroc. J’ai présenté mes élèves, assez nombreux d’ailleurs et de fort bonne allure, à ce grand chef qui m’a félicité comme il se doit… mais au diable les félicitations !

J’ai en ce moment un gros rhume, mal à la gorge. Je me bourre d’Aspro et de pommade goménolée pour être guéri vendredi car je dois faire un laïus sensationnel à la rentrée du lycée, vendredi à 8 h ½, au cours d’une manifestation pleine de cérémonies et de grands chefs : je me mettrai en drap ce matin-là pour être plus beau. Mais n’aie pas peur, je ne me laisserai pas enlever car c’est toi et toi bien seule que j’aime bien et je ne te le dirai jamais assez, gentille petite vonvon, et si jolie aussi malgré que tu hausses les épaules en lisant cela. Je vais aller au cercle manger et ce soir je me coucherai de très bonne heure en pensant à toi comme toujours.

Dis à Paulette et à Lulu de bien travailler en classe pour faire plaisir à leur papa et aussi d’être bien gentilles avec toi. Si cela est je les gâterai bien à la Noël. Dis aussi à Jacquou de vite apprendre à lire et à écrire et elle aussi sera bien gâtée par son papa chéri.

J’ai vu ce matin au mess l’aspirant aviateur de Mme Ruelle au restaurant au cercle Peut-être viendra-t-il samedi soir avec moi.

Au revoir petite chérie je m’en vais dîner. Bonne nuit et tâche de bien bien dormir en rêvant à ton méchant Georges qui t’aime beaucoup et qui veut toujours t’avoir bien portante et bien gentille. une grosse bise