Résumé
Une lettre où il annonce un contretemps, il pensait pouvoir venir à Privas, mais doit aller faire des manoeuvres dans un camp près de Marseille.
Petite mienne de moi, c’est bien mal installé que je te fais cette lettre que je t’ai promise et aussi je suis bien fatigué car aujourd’hui, nous avons commencé à bien bûcher. Et voilà les nouvelles, plutôt mauvaises d’abord.
Samedi matin, nous partons à Carpiagne, c’est un camp de manœuvres situé près de Marseille et nous prenons le train de 4 h du matin. Ce départ, fixé au samedi m’ennuie beaucoup, beaucoup, car je crains de ne pas pouvoir aller à Privas dimanche. Pourvu que les autres dimanches il n’en soit pas ainsi. Non va mignonne je te promets de faire l’impossible pour venir, soit vendredi soir, soit dimanche matin, quitte à rester que quelques heures avec toi que j’aime bien beaucoup. En tous cas ne compte pas sur des télégrammes de ma part car il n’y a pas de télégraphe là-bas et voilà tout de suite mon adresse :
GB sous lieutenant au 8e RTS
Compagnie de réservistes
Camp de Carpiagne, par Cassis, B. du Rh.
Dis petite chérie écris-moi bien longuement et bien souvent car je suis bien malheureux d’être ici va. Et puis raconte-moi bien toute ta petite vie car je veux bien savoir tout ce que tu fais.
Moi je te promets de t’écrire le plus souvent possible seulement il ne faudra pas m’en vouloir si je ne t’écris pas une fois ou deux car je sais que nous aurons beaucoup de travail. Je commande la compagnie de réservistes, c’est-à-dire ceux qui viennent faire période comme moi et ce qui m’ennuie c’est que je suis partagé entre le désir de leur faire le plus possible plaisir et la question de faire un peu mon service car il faut bien moi même que j’obéisse à quelqu’un.
Dis je pense bien souvent à toi ici et puis tiens, maintenant, j’ai envie de pleurer. Je voudrais t’avoir près de moi et puis vois-tu, ce qui me rend malheureux c’est de savoir que tu es ennuyée toi-même de mon départ.
Mais va mon petit poulet de moi je te promets d’être bien sage ici. Tu vois que je me couche de bonne heure et je sais très bien que je ne succomberai pas à la tentation, je ne suis pas tenté d’ailleurs. C’est toi que j’aime et tu peux avoir confiance en moi comme j’ai confiance en toi.
Sois bien sage à Privas, dis, petite mignonne, et que cela ne t’empêche pas de t’amuser va. On peut rire sans me faire de la peine.
Et surtout écris-moi vite. Il me semble que je serais plus heureux lorsque j’aurai de tes nouvelles. Si je pouvais aller te voir dimanche. Attends-moi bien à tous les trains mais ne viens pas à la gare, tu serais trop ennuyée si je n’étais pas là.
À la fin de ma période nous viendrons encore 1 ou 2 jours à Toulon. Tu sais pas ce que j’ai envie de faire : te proposer de venir me voir. Tu diras que tu vas à Vals et tu viendras ici pour revenir avec moi.
Qu’en penses-tu mignonne ? Pense à notre joie à tous deux et accepte.
Je te quitte poulet, en te répétant que je t’aime bien, bien et que je veux absolument te voir bientôt.
Mille baisers de ton grand de toi qui t’adore.
Bonjour chez toi


